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Les Bisounours et la violence des jeunes

Rien n’échappe au réel. La dure réalité rattrape invariablement les plus beaux discours, les plus grandes idéologies et les plus purs principes.

Hier, alors que le système éducatif et les médias ne pouvaient plus faire semblant d’ignorer les lynchages orchestrés par des jeunes violents et sauvages un peu partout dans nos villes, le lycée de Cluny – établissement pourtant réputé – prenait la décision d’annuler sa journée dite de « Cohésion et partage ». Une énième rencontre pédagogique vouée à créer une hypothétique harmonie au sein de cet établissement scolaire gangrené par les haines entre communautés. Car ne nous y trompons pas, au sein de nos établissements scolaires calédoniens, lorsque les communautés sont culturellement trop différentes, elles se scindent, se clivent et vivent ensuite les unes à côtés des autres. Le “vivre ensemble” calédonien a cessé il y a bien longtemps pour peu qu’il n’ait jamais existé. C’était paradoxalement le jour où les bien-pensants ont été obligés d’inventer cette expression. Ironiquement, c’est justement pour pallier l’absence de vivre-ensemble de la réalité que ces mots sont utilisés à tort et à travers, comme pour le faire exister artificiellement, à l’aide de rites incantatoires. Mais le réel méprise les incantations.

Et que font les responsables face à cela ? Pour répondre à cette interrogation il faut lire avec une grande attention le communiqué diffusé par les équipes éducatives du lycée de Cluny. Il résume à lui seul toute l’impuissance, le déni et surtout l’aveuglement d’une génération d’adultes aujourd’hui confrontée à ses propres démons. Le communiqué explique qu’il faut « sensibiliser nos jeunes au partage des valeurs du vivre ensemble, de tenter d’asseoir un socle commun de valeurs telles que chacun, en s’y retrouvant, pourrait exprimer sa diversité ou sa différence sans nuire au respect de la différence de l’autre »

Attention, chaque mot compte ! Et ils sont tous là en rang d’oignon tels des cadavres de poissons hagards sur un étal du marché ne trouvant pas preneur : partage, valeur, vivre ensemble, socle commun, exprimer, diversité, différence.

Pédagogiquement, c’est un strike. Et les Bisounours qui ont écrit ce communiqué, qui l’ont pensé et diffusé, estiment qu’il sert à quelque chose de prononcer tous ces mots. Peut-être – et c’est le plus grave – croient-ils ce qu’ils ont écrit. Peut-être – et on en frémit de peur – espèrent-ils que ce dégueulis de bons sentiments servira à arranger quelque chose, à empêcher que des jeunes fous souvent déscolarisés s’acharnent à quinze contre un autre jeune parce qu’il n’a pas la même couleur de peau qu’eux. Bref, que ces mots creux serviront à changer le réel.

Nos responsables sont des enfants répétant inlassablement chaque soir un vœu à leur marraine la bonne fée : « Je veux, je veux, je veux » avec tout autant de résultat que lorsque nous le faisions dans notre enfance. Nous les regardons prier le ciel du vivre-ensemble et tous les saints de l’humanisme en s’étonnant benoîtement que personne ne réponde à leur appel et que le réel ne soit pas ce qu’ils espèrent.

La vérité est d’une affligeante banalité et mène invariablement à une terrible conclusion. Comme disait Raymond Aron « l’histoire est tragique ». Il n’y a pas d’un côté les bons et les méchants, les généreux et les égoïstes. Il y a simplement des enfants qui n’ont pas été élevés de manière à se supporter les uns les autres. « Un homme ça s’empêche » déclarait Camus, mais encore faudrait-il qu’on le lui ait appris. Or, il y a un système qui – comme le prouve ce pauvre communiqué du lycée Cluny – exacerbe « la différence » au mépris des règles de l’indifférence, celle qui justement protège tous les citoyens en effaçant leurs spécificités propres de la sphère publique. Une société multiculturelle est une société multiconflictuelle. C’est ainsi.

L’apologie des différences, des racines et des diversités conjuguée à la détestation du principe d’autorité partagée par toute une génération entraînent de facto un sentiment de déresponsabilité des adultes et au-delà de toute la société. Il y a une incohérence totale entre le fait de vouloir exacerber les différences et le fait de nier aux individus le droit de se comporter différemment de leurs semblables. Si l’on dit à un jeune océanien qu’il doit être fier simplement parce qu’il est océanien et que cette différence est pour lui une force, pourquoi ensuite lui reprocher de démontrer cette force, cette différence et de prouver la fierté qu’il ressent bien naturellement ? Qu’il démontre cette différence et sa fierté parfois grâce à la violence, quoi de bien surprenant ?

A court terme, la situation actuelle va se calmer lorsque les belligérants seront fatigués ou lorsqu’un drame surviendra. Mais ces conflits ethniques vont perdurer et se multiplier ces prochaines années sur le sol calédonien. Car les Bisounours qui nous gouvernent sont incapables de modifier leur discours, leurs actes et le système actuel. Se serait pour eux renier ce qu’ils sont et l’image qu’ils se font de notre société « multiculturelle ». Ils l’ont voulu, ils l’ont.

Plus tard, un jour, ils seront remplacés, certainement par des individus dont la pensée sera diamétralement différente. Et ce sera bien fait pour eux. Rien n’échappe au réel.

SIRIUS

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Créateur le 18 octobre 2006 du blog Calédosphère, Franck Thériaux est papa à temps plein d'une petite fille née le 1er Juin 2012. Selon son entourage, il passe beaucoup trop de temps sur internet… Membre émérite de la rédaction, il vit aujourd'hui en métropole après 23 belles années passées sur le Caillou. Il est en contact quotidien avec l’équipe et continue à participer à la vie de son « bébé numérique »



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17 Commentaires sur "Les Bisounours et la violence des jeunes"

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Tomatoketchup
Y’as pas de miracle à espérer .. Un gouvernement et un modèle français complètement en retard, dépassé par la vieillesse de nos dirigeants qui ne cherchent qu’à faire du profit avant de faire leur boulot… Cette génération de parents sans valeur à part financière (et encore) n’inculquent rien à ses enfants. Les 3 lois du respect ( autorité, familiale, amical) n’existent plus..ces jeunes et ces jeunes parents ne se respectent plus entre eux , et à fortiori les autres.L’état n’aide pas… la sécurité et l’autorité est tellement problématique pour nos politiques, ne pas faire de vagues… alors que la houle est déjà… Lire la suite »
Article excellent ! Le diagnostique posé par certains esprits éclairés est le suivant : “C’est le résultat du troc de valeurs séculaires contre des idées farfelues…”. Notre société sombre suite à ce que des observateurs avisés nomment “la déconstruction” en annihilant l’autorité du père au sein de la cellule familiale. Ainsi, de peur d’être jugé par les esprits “bien pensant” et d’être qualifié de réac par ses semblables, le laxisme a été légitimé et même porté au pinacle au nom d’une société dite évoluée, plus humaine. Les suédois qui sont précurseurs en la matière, aujourd’hui se posent des questions sur… Lire la suite »

A propos de déconstruction des valeurs,
t’es-tu déjà interrogé sur les conséquences sociales de la dérèglementation libérale et de l’acculturation générale systématique à des fins spéculatives et
consommatoires ??…

[… Écoute les médias commerciaux pendant 1heure pour avoir une idée de la crétinisation délibérée des gosses – et de certains parents – avec comme objectif unique de créer des acheteurs frustrés à perpèt’, bla bla… ]

Clark

“t’es-tu déjà interrogé sur les conséquences sociales de la dérèglementation libérale et de l’acculturation générale systématique à des fins spéculatives etconsommatoires ?”Copyright “Générateur de phrases creuses” 2015

“Rien n’échappe au réel”
(Rire) Pas d’accord :
On a un Congrès bien réel, élu démocratiquement et auquel échappe pourtant toutes notions de responsabilité et de service public…

[ … Du réel, le jean-foutisme s’en tape. Héhé !]

Éduquons les parents et le reste suivra mais on est mal barré surtout avec les faits divers de nos politiques moralisateur et de leurs éthiques et morales discutable ……. les bons exemple on les compte sur une main malgré la bonne volonté de certain (e)

Clark

“Eduquons les parents”: on disait ça il y a 30 ans quand ces même parents étaient jeunes! Voilà le problème! On a “oublié “une génération ou deux, et on paye le prix fort de notre angélisme! Le pire, c’est qu’il y en a qui continuent à penser comme des niais…

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