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L’histoire méconnue de « la dernière révolte »

Le Centre culturel Tjibaou a fait salle comble hier soir, pour la projection du film d’Alan Nogues consacré au chef de guerre Noël de Tiamou et à l’épisode méconnu de la révolte de 1917 dans la région de Koné et Hienghène. Il sera rediffusé le 31 mars sur NC1ere.

Avec l’appui d’une riche documentation écrite et orale collectée par le département Patrimoine et Recherche de l’ADCK, le film documentaire d’une heure dix retrace de belle manière la complexité des évènements tragiques qui se sont déroulés dans cette région durant cette période. L’histoire communément répandue a retenu la figure du chef de guerre Noël de Tiamou comme le leader voir l’instigateur de cette révolte, mais la réalité mise en lumière dans le film se révèle bien plus riche.

Le contexte de l’époque mêlait pression foncière par la colonisation Feillet et pression fiscale voir oppression du statut de l’indigénat. La première guerre mondiale et la mobilisation de la population masculine qui s’en suivit finît de gonfler le mécontentement des indigènes, déclenchant des affrontements qui furent sévèrement réprimés par l’administration. Celle-ci fut aidée en cette tâche par la mobilisation de soldats calédoniens ou tahitiens, et grandement facilitée grâce à l’adjonction « d’auxiliaires indigènes » de Houaïlou, c’est-à-dire de kanaks opportunément qualifiés de « civilisés ».

Ces évènements furent l’occasion d’une répression sanglante contre les populations de la région de Hienghène et notamment de la vallée de la Tipindjé, dont les villages furent rayés de la carte.

De l’utilité de connaitre son histoire

Alors que l’actualité évoque régulièrement l’année 1878 et le chef Ataï, le film d’Alan Nogues apporte un éclairage sur une autre période, moins connue, de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie, et pourtant bien contemporaine puisque les faits remontent à moins d’un siècle. Ainsi, certains protagonistes locaux ont transmis leur témoignage oral à leurs enfants ou petits-enfants, lesquels sont encore vivants aujourd’hui. Il est donc primordial de fixer ces récits et de les transmettre pour enrichir la mémoire collective des calédoniens aujourd’hui. Au-delà de cet aspect pédagogique, historique – voir civique -évident, le film met en lumière la complexité des rapports qui existaient à l’époque entre les différentes populations locales, et les jeux de pouvoirs qu’opéraient en coulisse les missionnaires catholiques d’un côté et protestants de l’autre, pour la conquête de nouvelles ouailles.

En effet, cette révolte fut conclue en 1919 par la tenue d’un procès d’assises à Nouméa, durant lequel des peines d’emprisonnement voir de mort furent prononcées à l’égard de certains protagonistes transformés en désignés coupables malgré des témoignages contradictoires. Il apparut notamment que les instigateurs de la révolte, les chefs Goa, Doui Bwarhat, Kavéat, avaient bénéficié de la protection des missionnaires catholiques, lesquels avaient tenté de faire condamner Néa, chef des Wanash, lui-même protestant.

Vu la qualité du film et la richesse des recherches qu’il met en valeur, on ne peut finalement que regretter la brièveté du débat qui s’en suivit. Le public calédonien étant habituellement timide dans ses questions, d’autant quand le sujet aborde des évènements délicats comme ici, le débat qui suivait la projection d’hier soir fut bref, le réalisateur semblant par ailleurs peu à l’aise avec la perspective de cet exercice. Pour les séances de rattrapage, le film sera également projeté ce soir à 19h l’auditorium de Koné et vendredi à la médiathèque de Poindimié, avant d’être diffusé le 31 mars sur NC1ere. Gageons qu’il saura trouver son public à ces occasions et rencontrer le succès qu’il mérite. Les lecteurs intéressés pourront assouvir leur curiosité et approfondir leur connaissance du sujet en se plongeant dans la lecture du numéro 62 de la revue Mwa Vee de l’ADCK, ou dans cet article du journal de la Société des océanistes « Maurice Leenhardt et la rébellion de 1917 en Nouvelle-Calédonie ».

Gecko Caméléon

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Créateur le 18 octobre 2006 du blog Calédosphère, Franck Thériaux est papa à temps plein d'une petite fille née le 1er Juin 2012. Selon son entourage, il passe beaucoup trop de temps sur internet… Membre émérite de la rédaction, il vit aujourd'hui en métropole après 23 belles années passées sur le Caillou. Il est en contact quotidien avec l’équipe et continue à participer à la vie de son « bébé numérique »



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15 Commentaires sur "L’histoire méconnue de « la dernière révolte »"

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staline

J’ai apprécié le film qui m’a semblé fidèle à l’histoire et à ce que j’avais déjà lu à travers divers documents historiques. Cela est notre histoire commune, maintenant qu’est qu’on n’en fait?? On la trafiquoque, on la modifie, on construit un autre “temple” à 600 patates??on glorifie “ce héros” de Noël?? On peut continuer à faire les mêmes erreurs et à quand la prochaine révolte (entre temps, il y a bien eu les “événements”)

Putain !!! si l’ on veut  ré-enterrer sa  dépouille  ça  va faire  cher  du  mausolée ”  car  500 briques et des poussières rien que  pour une tête( et vide en plus)Je vous  dis  pas le  devis  pour  un lot  complet !!

MALEJAC

Bonsoir ou bonjour ” Nestor “! Même si je respecte ” La liberté d’expression”, je vous saurai gré de bien vouloir, observer un minimum syndical de respect. Peu importe vos origines, vos convictions politiques, votre niveau de maturité, d’instruction et d’intelligence, vous êtes à même, je l’espère, de comprendre, que pour certaines personnes, familles et descendants directs, la mémoire, l’émotion, la douleur, malgré le temps, reste toujours très présente et intacte. merci de votre compréhension. Grand Merci par avance.

Méconnu, méconnu, c’est vite dit…!!!Certains ont fait une fixation sur Atai, j’en déduit que ce n’est pas un hasard, mais bien un choix délibéré…Ben oui quand on voit qui s’oppose à qui et avec le soutien de qui, çà peut encore rappeler à certains que ceux qui se réclament du peuple opprimé n’ont pas toujours été dans cette position…!!!Il apparait important que vous fassiez aussi la différence entre l’administration, le citoyen et les colons de l’époque…!!!Le documentaire est très clair sur ce point notamment lors du procès de prévenus “disponibles”…!!!

“Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre.”

Triste époque. Film qu’il faudra voir.

XXX

Tiens, c’est marrant que cet article n’est suscité aucun commentaire. A moins que parler de l’histoire de ce pays pose problème ? Comme me le disait, dans un moment de lucidité un peu avant la signature de l’accord de Nouméa, un ami convaincu que le seul tord des gens colonisés est de ne pas avoir compris les bienfaits de la colonisation: “C’est vrai dans le fond, comment est-ce qu’on peut construire un pays, sans les gens du pays ?”. Et si cette question était toujours d’actualité ?

L’article ne révèle pas grand chose, pour ne pas dire rien. Attendons de voir le film. 

“Tiens, c’est marrant que cet article n’est [n’ait] suscité aucun commentaire.”

Peut-être parce qu’il vient juste de paraître, Coco ?

DECENNIE

comment construire un pay sans les gens du pays ? bein demande aux australiens

Trop sympas les Français! Ils n’ont pas exterminé  leurs “autochtones”, eux!

Attention à l’amalgame. Ceux ne sont pas les français, mais les autorités françaises de l’époque. 

Page d’Histoire douloureuse pour les uns et les autres. Une constance, les politiques décident, imposent et les populations trinquent. Il est vrai que ce soulèvement n’a jamais été évoqué officiellement, donc méconnu du grand public. Un documentaire très intéressant où transparaît l’émotion chez les descendants des acteurs de cette époque pas si lointaine. Cela met en lumière la complexité des canaques à s’unir aujourd’hui au vu des choix d’hier, des prises de position où chacun défendait ses intérêts du moment face à la colonisation et l’évangélisation. Vaste débat qui, s’il n’est pas maîtrisé, risque de se télescoper avec notre présent.

XXX

Je partage votre analyse ainsi que l’avertissement de prudence, même si c’est aussi le rôle de l’histoire que d’éclairer le présent.

“Je partage […] l’avertissement de prudence”

On n’en doute (presque) pas. . . C’est pas dans vos habitudes de jeter de l’huile sur le feu (à la rigueur quelques tonnes d’essence, mais c’est tout).

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