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La Nouvelle-Calédonie est entrée dans un régime post-républicain

Sans l’avoir décidé. Sans l’avoir reconnu. La Nouvelle-Calédonie n’est plus gouvernée selon les règles ordinaires de la République. Ce n’est ni une opinion, ni une provocation, mais un constat. Ce texte décrit un basculement silencieux : droits suspendus, souveraineté floue, démocratie administrée. Tant que cet état de fait restera innommé, aucun accord ne pourra tenir.

 

Il existe des mots qu’on n’emploie pas par goût de la provocation, mais parce qu’ils décrivent exactement ce qui est.

Dire qu’un pays traverse une crise est devenu trop facile. Dire qu’il est instable, inquiet, fragile – trop vague. La vérité est plus simple, et plus grave : la Nouvelle-Calédonie n’est plus gouvernée selon les règles ordinaires d’un régime républicain.

Ce n’est ni un jugement moral, ni un procès politique, encore moins un appel à en sortir. C’est un constat.

Les principes continuent d’être invoqués, mais ils ne structurent plus réellement le pouvoir. Les règles existent, mais elles sont suspendues, aménagées, différées, au nom de la paix.

La Nouvelle-Calédonie est entrée dans un régime post-républicain. Sans l’avoir décidé. Sans l’avoir nommé. Et c’est précisément ce silence qui empêche aujourd’hui toute sortie durable de crise.

Ce qu’est un régime républicain – au sens strict 

Pour comprendre ce qui s’est déplacé, il faut d’abord rappeler ce qu’est un régime républicain, non pas comme idéal moral, mais comme système fonctionnel.

Un régime républicain repose sur trois piliers simples :

  1. Une égalité civique réelle, où chaque citoyen dispose des mêmes droits politiques fondamentaux.
  2. Une souveraineté clairement localisée, où l’on sait qui décide, et au nom de qui.
  3. Une temporalité démocratique normale, avec des élections régulières, des mandats bornés, et une alternance possible.

Ce n’est pas une définition idéologique. C’est une définition opératoire. Lorsque ces trois piliers sont suspendus, même partiellement, même provisoirement, on ne se trouve plus dans un fonctionnement républicain classique.

Les faits : des principes suspendus

L’égalité civique, d’abord. La Nouvelle-Calédonie vit depuis des années avec des corps électoraux gelés, dégelés, puis re-gelés. Des citoyens français juridiquement inégaux. Une situation qui serait un scandale constitutionnel ailleurs, devenue ici une gestion ordinaire. Ce qui choque en métropole est administré en silence sur le territoire.

La souveraineté, ensuite. Des transferts de compétences sans État pleinement souverain. Une citoyenneté locale sans souveraineté pleine. Une France à la fois garante et incapable de trancher. Personne ne décide vraiment. Tout le monde gère le risque.

La temporalité démocratique, enfin. Des élections reportées. Des mandats prolongés. Des scrutins conditionnés à la stabilité. La démocratie n’est plus structurante, elle est ajustée au contexte.

Ce que c’est : un régime post-républicain

Un régime post-républicain n’est ni une dictature, ni une sécession, ni un effondrement de l’État.

C’est un système dans lequel la République ne disparaît pas, mais cesse d’organiser réellement le réel. Dans un régime post-républicain :

  • la loi n’arbitre plus clairement les conflits fondamentaux ;
  • le politique ne tranche plus, il temporise ;
  • l’égalité civique devient conditionnelle ;
  • la souveraineté est fragmentée, partagée, indécise ;
  • et la démocratie n’est plus un principe structurant, mais une variable d’ajustement.

L’État n’y gouverne plus pleinement. Il gère le risque. Il achète du temps. Il suspend les règles au nom de la stabilité.

Ce régime ne repose pas sur la force, mais sur un consensus implicite : ne pas nommer ce qui est devenu impossible à trancher.

La Nouvelle-Calédonie ne vit pas une exception passagère. Elle vit dans ce régime-là de manière durable, organisée, assumée – mais jamais reconnue comme telle.

Pourquoi personne ne veut le dire

Parce que nommer oblige à choisir. Et choisir oblige à assumer un conflit.

Le flou protège tout le monde. Il permet de signer sans décider. De gouverner sans trancher. De parler de République tout en en suspendant les règles.

Le système ne tient pas par sa solidité, mais par le refus collectif de dire ce qu’il est devenu.

Ce que cela implique

Il n’y a pas de jugement ici. Encore moins de solution clé en main. Il n’y a qu’une alternative structurelle :

– soit un retour républicain clair, avec égalité civique réelle, souveraineté assumée et conflit politique reconnu ;

– soit autre chose, à penser et à nommer comme tel.

Ce qui est impossible, en revanche, c’est de continuer à prétendre être encore dans la République tout en en suspendant indéfiniment les règles fondamentales.

Le déni et la chute

Le pays n’est pas en train de sortir de la République. Il vit déjà hors de son fonctionnement normal, sans l’avoir reconnu.

Tant que ce mot restera imprononcé, les accords se succéderont sans tenir, les urgences se multiplieront sans résoudre, et la paix restera suspendue à la peur du conflit.

Nommer un régime n’est pas le créer. C’est la condition minimale pour en sortir.

Tant que la Nouvelle-Calédonie refusera de dire ce qu’elle est devenue, elle restera prisonnière d’un entre-deux que plus personne ne maîtrise vraiment.

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Tintin CONGO
Tintin CONGO
9 février 2026 07:05

La métropole est soumise au même régime depuis le traité de Lisbonne

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