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Un régime qui n’ose pas se nommer

Il y a des pays qui changent brutalement. Et puis il y a ceux qui glissent. La Nouvelle-Calédonie n’a pas basculé. Elle a glissé. Sans révolution. Sans proclamation. Sans rupture officielle. Simplement par accumulation de suspensions.

Ce qui arrive quand on suspend l’égalité

Un citoyen = une voix. C’est la base.

Quand cette règle devient conditionnelle, même pour de bonnes raisons, quelque chose se déplace. On explique. On justifie. On contextualise. Mais dans l’esprit collectif, un signal est envoyé : la règle peut être adaptée.

À court terme, cela apaise. À long terme, cela fragilise. Car si la règle peut être suspendue pour stabiliser, elle peut être suspendue pour autre chose. Et chacun commence à calculer. Pas par méchanceté. Par prudence.

Ce qui arrive quand la souveraineté devient diffuse

Dans un régime clair, on sait qui décide. Même si on n’est pas d’accord. Quand la souveraineté devient partagée, floue, négociée en permanence, le pouvoir ne disparaît pas. Il se déplace.

Il devient administratif. Il devient procédural. Il devient technique. On ne tranche plus. On encadre. On ajuste. On renvoie à plus tard.

Cela donne l’impression d’éviter le conflit. En réalité, on évite la décision. Et un pays sans décision nette finit par produire deux choses : du ressentiment et de la lassitude.

Ce qui arrive quand le temps démocratique se distend

La démocratie repose sur une respiration simple : élection / mandat / sanction / alternance.

Quand cette respiration est suspendue, reportée, conditionnée, la confiance ne revient pas. Elle s’use.

Les élus deviennent gestionnaires de crise. Les oppositions deviennent commentateurs permanents. Les citoyens deviennent spectateurs.

On ne vit plus un cycle politique. On gère une situation. C’est très différent.

Ce que cela produit, mécaniquement

Un régime qui suspend ses principes ne s’effondre pas. Il se stabilise autrement. Il fonctionne alors sur : la peur du pire, l’achat du temps, la gestion du risque et la négociation permanente.

Ce n’est ni la guerre, ni la République classique. C’est un système hybride.

Il peut durer longtemps. Très longtemps. À une condition : que personne ne demande ce qu’il est exactement.

Le vrai problème

Le problème n’est pas moral. Ce régime n’est pas “mal”. Il est le résultat d’une histoire complexe.

Le problème est ailleurs.

Un pays peut vivre dans un système d’exception. Mais il doit savoir qu’il y vit. Or ici, nous continuons à parler comme si les règles ordinaires s’appliquaient pleinement. Comme si rien n’avait été suspendu. Comme si le cadre était intact.

Ce décalage crée un malaise. Pas une colère franche. Pas une révolte. Un malaise.

Celui d’un peuple qui sent que les mots décrivent un monde qui n’est plus tout à fait le sien.

Ce que les lucides comprennent

Les plus attentifs ne s’excitent plus. Ils observent. Ils voient que nous sommes entrés dans un régime qui ne tranche plus, qui négocie l’irréversible, qui aménage le réel au lieu de le décider. Ils comprennent que le débat n’est plus “pour ou contre”. Il est structurel.

Sommes-nous capables d’assumer le régime dans lequel nous vivons ? Ou préférons-nous continuer à faire comme si tout était normal ?

Redevenir sérieux

Un pays fragile n’a pas besoin de cris. Il a besoin de lucidité. La question n’est pas de revenir en arrière. Ni de fuir en avant.

La question est simple : Si nous avons quitté le cadre républicain classique, sommes-nous capables d’en définir un autre clairement ? Ou allons-nous continuer à vivre dans un entre-deux permanent, où l’exception devient la règle sans jamais être assumée ?

Le réel ne s’indigne pas. Il s’impose.

Et parfois, le premier pas vers la stabilité n’est pas une réforme. C’est une reconnaissance.

La reconnaissance du régime dans lequel on vit.

Le reste viendra ensuite.

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Gilles Eyrin
Gilles Eyrin
16 février 2026 09:26

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