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On a vécu 25 ans au-dessus de nos moyens : voici l’addition.

On ne paie pas la crise. On paie vingt-cinq ans de mensonges tranquilles. Agences partout, responsabilités nulle part, dépenses qui explosent, élites qui se recyclent entre elles, et un pays qui vivait comme s’il avait un milliard dans chaque poche. La fête est finie. Voici l’addition.

Il y a un moment où un pays se réveille. Pas par choix. Par nécessité. La Nouvelle-Calédonie vient d’atteindre ce moment-là.

Depuis vingt-cinq ans, nous avons vécu comme une petite puissance tropicale : administrations tentaculaires, agences par dizaines, budgets votés dans l’euphorie, effectifs publics qui doublent sans que personne ne demande jamais pourquoi.

Cette semaine, l’IEOM a mis des chiffres sur ce que tout le monde ressent depuis longtemps : le modèle calédonien ne fonctionne plus. Pas depuis 2024. Pas depuis la crise insurrectionnelle. Pas depuis Bougival. Depuis vingt-cinq ans. Et maintenant, l’addition arrive.

Le mensonge fondateur : 1998–1999

Tout commence en 1998. La signature de l’Accord de Nouméa débloque une énergie folle : sentiment de paix, d’avenir, de maturité. La consommation explose. Les banques prêtent sans regarder. Les ménages achètent, l’administration recrute, la classe politique gonfle.

En 1999, la loi organique crée un « gouvernement calédonien ». Le pays n’est pas prêt, mais la machine démarre à fond : nouveaux ministres, nouveau prestige, nouveaux services. L’illusion est lancée.

Et on peut la résumer ainsi : « L’État a passé les clefs à un alcoolique. Le système calédonien a vidé la cave. Le contribuable a payé la bouteille cassée. »

1999–2009 : Quand les agences ont remplacé les responsabilités

Dès les premières années, chaque membre du gouvernement crée sa structure : agence sanitaire, agence du numérique, agence rurale, agence de l’énergie, autorité de la concurrence, office X, conseil Y, commission Z. Un millefeuille institutionnel qui rassure, qui justifie des recrutements, qui donne des titres – mais qui n’améliore rien.

Le modèle devient caricatural. On a inventé la délégation de responsabilité : les ministres avaient le titre, les agences avaient le pouvoir… et les contribuables avaient la facture.

La Nouvelle-Calédonie s’offre alors une architecture institutionnelle de pays riche sans avoir l’économie qui va avec.

2010–2017 : La caste administrative se reproduit

La décennie suivante installe une nouvelle réalité : la reproduction interne de l’élite locale.

La Nouvelle-Calédonie a produit la première génération d’élites qui se reproduisent entre elles. Le fils d’un directeur devient chargé de mission, le neveu d’un élu devient chef de service, le beau-frère devient conseiller technique. Pendant ce temps, les enfants du pays réel prenaient des crédits pour vivre et des baffes pour survivre.

Pendant que le public grossit, le privé s’effondre. Pendant que les postes administratifs s’accumulent, les inégalités explosent. Pendant que les soutiens politiques sont récompensés, les jeunes du pays tirent sur la corde. C’est ici que naît la colère silencieuse.

Kanaky et Calédonie française : le même diagnostic social, posé depuis deux continents mentaux différents.

2011–2014 : Le point de rupture

Deux événements, l’un symbolique, l’autre comptable, font basculer le modèle :

2011 : les Jeux du Pacifique (≈15 milliards dépensés)

2012 : les transferts sous Sarkozy (dont l’enseignement secondaire ≈50 milliards)

La Nouvelle-Calédonie reçoit des compétences qu’elle n’est pas capable de financer. Que fait-elle ? Elle double les postes. Et transforme ces secteurs de compétence (dont l’enseignement) en machine à absorber des cohortes de contractuels. Le point de bascule est là : les coûts de fonctionnement explosent. L’investissement s’effondre.

En 2011, on a célébré la puissance. En 2012, on a commencé à la financer à crédit.

2015–2020 : Le modèle irréversible

Les dépenses de fonctionnement triplent en vingt ans. Pour suivre, on transforme chaque t-shirt, chaque colis qui arrive au pays en vache à lait fiscale : 60 % de sa valeur part en taxes locales pour nourrir la machine, comme le montre l’exemple du t-shirt passé de 4 900 à 9 200 francs (lire « CDNC : La vie chère n’est pas un mystère », La Dépêche de Nouméa).

La dette commence à monter. La TGC ne compense rien. Le nickel décroche. Le privé agonise. Le public continue. Les actifs et les entrepreneurs tondus commencent à fuir. Les transferts masquent la défaillance du modèle.

2020–2025 : Le crash au ralenti

Covid → dette.

Nickel → effondrement.

Privé → saigné.

Public → sanctuarisé.

Transferts → structurellement insuffisants.

Le 13 mai n’est pas la cause. Il est le révélateur. Le 13 mai n’a rien cassé. Il a juste retiré le drap qui cachait le cadavre. Et le rapport IEOM de cette semaine confirme le reste : chute de la consommation, crédits en berne, entreprises en survie, BTP au point mort. Un pays sans perspectives économiques ne peut pas financer une administration surdimensionnée.

L’addition

Nous ne payons pas la crise de 2024. Nous payons les décisions de 1998, 1999, 2011 et 2012. Nous payons vingt-cinq ans de poudre institutionnelle jetée sur les yeux du pays réel.

Pendant vingt-cinq ans, nous avons vécu comme une petite puissance. Financés comme une colonie riche. Il fallait bien que l’addition arrive. Elle est là. Et elle est salée.

En cette fin d’année 2025, on ne vient pas de fermer un symbole. On vient de fermer une illusion. Maintenant, il faut regarder le pays tel qu’il est – pas tel qu’on aimerait encore le raconter – et reconstruire sur le réel.

 

 

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