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Lettre aux jeunes de ce pays qui entrent en politique…
…et à ceux qui y sont déjà, ou qui reviennent une dernière fois.
Il y a un point commun entre vous, que vous veniez d’un parti loyaliste, d’un mouvement indépendantiste, de la jeunesse kanak formée, ou de la génération métisse qui a grandi entre deux mondes.
Ce point commun, c’est le désenchantement. Pas celui qui détruit. Celui qui éclaire.
Je vous écris pour une raison simple : personne ne vous a jamais dit la vérité sur ce que vous allez vivre. Alors la voici.
Et avant d’aller plus loin, une chose importante : Vous arrivez dans un pays qui vit son changement d’époque. Ni une crise. Ni un débat. Un tournant. 1984 a ouvert une ère, 2025 la referme, 2035 nous dira ce que nous sommes devenus. Vous n’êtes pas une génération de transition : vous êtes la génération qui va trancher.
À ceux qui sont DÉJÀ dedans :
Non, vous n’êtes pas fous. C’est le système qui est vieux.
Si vous êtes dans un cabinet, une mairie, un parti, vous savez déjà de quoi je parle :
- On vous fait travailler mais pas décider.
- On vous consulte mais on ne vous écoute pas.
- On vous félicite en réunion et on vous sabote en coulisse.
- On vous répète que “ça prend du temps”, alors que vous allez plus vite qu’eux.
- On vous responsabilise, mais on ne vous fait jamais confiance.
Et un jour – toujours le même – quelqu’un vous dira la phrase qui brise une vocation : « Tu vas trop vite. »
C’est le moment où le système vous identifie comme un risque. Pas parce que vous êtes mauvais. Parce que vous êtes compétents. Et dans un pays où les vieux réflexes tiennent encore les leviers, la compétence est vécue comme une menace interne.
Si ça vous fait mal, c’est normal.
À ceux qui vont ENTRER en 2026 :
On ne vous accueille pas. On vous utilise. C’est la règle.
Vous pensez encore que c’est votre moment. Que vous allez : faire vos preuves, être reconnus, être formés, être intégrés, être protégés. Vous ne le serez pas. Pas tout de suite. Pas dans ce système-là.
On vous laissera prendre des notes, porter des dossiers, gérer des crises inutiles, produire du travail que d’autres signeront. On vous valorisera pour mieux vous tenir bas. On vous dira que vous “êtes l’avenir”, mais tout sera fait pour que cet avenir n’arrive jamais trop vite. Ce n’est pas personnel. C’est une mécanique :
- La même pour les Kanak.
- La même pour les Caldoches.
- La même pour les Wallisiens.
- La même pour les métros engagés.
- La même pour les jeunes des quartiers comme pour ceux des îles.
On ne laisse jamais vraiment la place à ceux qui peuvent bousculer l’ordre établi.
À ceux qui reviennent après avoir été blessés :
Vous n’avez pas échoué. On vous a cassés parce que vous valiez trop. Vous revenez avec l’idée que “cette fois-ci”, vous serez meilleurs, plus stratèges, plus solides, plus mûrs. Vous ne voyez pas que votre douleur est la preuve de votre valeur.
Le système vous a rejetés parce que vous étiez déjà en train de le dépasser. Quand un jeune cadre : produit mieux, comprend plus vite, voit les angles morts, bouscule les routines, refuse de se soumettre, le système calédonien ne le promeut jamais. Il le brise.
Votre chute n’était pas un échec : c’était une défense immunitaire du système contre le niveau.
Alors, revenez lucides, pas naïfs.
Le vrai problème n’est pas vous :
Ce sont les vieux systèmes. Le loyalisme a épuisé trois générations. L’indépendantisme a peur de ses jeunes formés. La caste administrative a figé la méritocratie. Les cabinets politiques recyclent les mêmes fatigues depuis quinze ans.
Personne ne vous le dira, alors je le fais : Ce pays n’a pas un problème de jeunesse. Il a un problème de vieux systèmes.
Vous êtes nombreux à l’avoir compris. Et vous êtes encore plus nombreux à vous en vouloir de le ressentir. Ne vous en voulez pas. C’est la réalité.
Ce que je vous propose n’est pas un espoir :
C’est un mode d’emploi pour ne pas vous perdre.
Restez libres.
Ne devenez pas des copies de ceux qui vous écrasent.
Ne vous laissez pas prendre par le cynisme.
Ne croyez pas les promesses des chefs fatigués.
Ne confondez jamais loyauté et servitude.
Ne laissez personne vous dire que “vous n’êtes pas prêts”.
C’est toujours faux.
C’est toujours calculé.
Travaillez votre niveau.
Cultivez votre indépendance.
Faites-vous un cercle réel, pas virtuel.
Lisez.
Écrivez.
Apprenez.
Restez debout.
Et je vous dis ça simplement : Je mets sur la table ce que j’ai mis vingt ans à comprendre. Ce que j’aurais aimé que quelqu’un me dise quand j’avais votre âge. Je vous l’écris pour que vous gagniez du temps – pas pour que vous m’imitiez.
Un jour – pas cette année, pas peut-être en 2027 – la génération qui vous bloque aujourd’hui n’aura tout simplement plus la capacité de tenir le pays.
Ce jour-là, on aura besoin de vous. Pas pour les remplacer. Pour faire mieux qu’eux.
Et surtout : ne perdez pas la flamme.
La politique n’est pas malsaine. Ce sont les systèmes qui le sont. Vous avez le droit : d’être ambitieux, d’être bons, d’être rapides, d’être justes, d’être différents. Vous avez le droit de déranger. Vous avez le devoir de durer.
La flamme revient toujours chez ceux qui ont été brisés une première fois. Parce que la seconde fois, ce n’est plus l’enthousiasme qui les porte : c’est la lucidité.
Et la lucidité, ça ne s’arrête jamais.
Pour finir
Ne cherchez pas à faire carrière. Cherchez à défendre ce que vous aimez le plus dans votre pays. C’est la seule façon de rester libres dans un système fatigué.
La carrière vous épuisera. Le pays, lui, vous portera.
Si vous entrez, entrez lucides.
Si vous restez, restez droits.
Si vous revenez, revenez libres.
Ce pays n’a jamais manqué de jeunesse. Il a manqué d’adultes.
Soyez les.
Et le reste suivra.

https://ladepeche.nc/2026/01/11/letat-est-en-train-de-shumilier/
Intéressant, en effet les jeunes qui sont montés en politique n’ont dû leur ascension qu’au fait qu’ils devaient se plier au système et lécher les bottes, la Calédonie a elle aussi ses Mollahs, ces vieilles ordures qui étouffent un pays et qui méritent qu’on les attrape et qu’on les jette dans un incinérateur.