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Une Tjibaou demande l’asile politique au Vanuatu

Dans une interview accordée à Radio Vanuatu, une femme qui se présente comme la nièce de Jean-Marie Tjibaou explique avoir demandé pour elle et sa famille l’asile politique au gouvernement de Port-Vila afin de travailler avec lui pour « obtenir l’indépendance » de la Nouvelle-Calédonie contre les « traitres du FLNKS ». Incident diplomatique ?

La vidéo de l’interview a déjà fait son petit effet sur les réseaux sociaux calédoniens où elle est partagée et abondamment relayée. Entre étonnement et accusation d’outrance, les internautes – indépendantistes ou non – réagissent vivement aux propos extrémistes de Sabine Tjibaou, qui serait, selon ses propres dires, la nièce de l’ancien leader charismatique du FLNKS. Arguant qu’en Nouvelle-Calédonie « les droits des kanak ne sont pas du tout respectés », la présidente de l’Association pour la Reconnaissance de la Culture Kanak a en effet été invitée par Radio Vanuatu pour expliquer pourquoi elle avait demandé pour elle et sa famille l’asile politique au gouvernement de Charlot Salwai :

« Je suis arrivée au Vanuatu avec ma famille (…) dans l’intention de solliciter l’asile politique auprès de votre gouvernement afin de travailler, à partir d’ici, pour obtenir l’indépendance en 2018 (Sabine Tjibaou ; sources : VBTC Radio Vanuatu) »

Dans un discours pour le moins réducteur et parfois même caricatural, la présidente de l’ARCK souligne avoir demandé l’aide et l’appui du gouvernement vanuatais afin d’obtenir son soutien pour d’une part faire reconnaitre « la primauté du droit coutumier sur le droit français importé », d’autre part « bénéficier du soutien des pays frères du Fer de Lance » mais également obtenir « la reconnaissance du droit à la revendication foncière, qui n’est pas du tout respectée en Kanaky et qui nous permet de revendiquer toutes les terres de Kanaky ». Accusant de « traitrise » les élus et les responsables du FLNKS, la jeune femme soutient l’organisation d’un référendum sur l’indépendance interdit aux populations non-kanak :

« En cas de référendum, seul le peuple autochtone a le droit de s’exprimer par oui ou par non en cas d’indépendance et non pas le colon (…) Actuellement le droit est en train d’être car le gouvernement local, avec la complicité du FLNKS, font en sorte de faire participer [au référendum] les colons arrivés avant 1998 »

A ce sujet, l’ARCK a demandé l’aide du gouvernement de Port-Vila pour déposer plainte contre l’Etat Français « pour non-respect des droits des kanak ».

« Ces putains de traitres du FLNKS »

Visiblement dépitée et en colère contre l’ensemble des hommes politiques indépendantistes, Sabine Tjibaou et les membres de son association tirent à boulet rouge contre les élus du front. Des prospectus mis en ligne sur le site internet de l’association ciblent d’ailleurs nommément des responsables institutionnels kanak et des membres du congrès, qualifiés de “putains de traitres du FLNKS” (sic).

« Nos élus du FLNKS nous trahissent car ils ne contestent pas ces méfaits contre les intérêts kanaks, ils nous proposent d’une part le destin commun (…) avec les blancs, c’est-à-dire envisager un destin commun avec les colons ce qui est totalement contradictoire avec le concept d’indépendance, ensuite une indépendance-associée ce qui veut dire qu’on sera encore une fois colonisés, et la troisième alternative c’est le référendum perdu d’avance »

Un discours haineux et aux relents racistes qui s’oppose catégoriquement à toute idée de destin commun initiée lors de la signature de l’accord de Nouméa.

Outrances et caricatures

Certains propos pourraient faire sourire s’ils n’étaient pas prononcés sur une radio étrangère sans que personne ne les conteste. Les journalistes de Radio Vanuatu prenant pour argent comptant les déclarations de Sabine Tjibaou, laquelle dresse un portrait peu flatteur de la Nouvelle-Calédonie et particulièrement de la population kanak qui y habite :

« La véritable situation des kanak n’a jamais été officiellement divulguée (…) la population kanak ne travaille pas, elle est sans emploi (…) par conséquent son sort n’est pas du tout réjouissant (…) elle n’a pas accès à internet (…) Les kanak dans les vallées n’ont pas d’électricité, ni d’eau potable, les routes sont dans un état lamentable (ils) se nourrissent par leurs propres moyens »

Force est de constater que les auditeurs de la station ont entendu là une image du territoire qui ne correspond pas, et de loin, à la réalité. De plus, pour expliquer sa demande d’asile, Sabine Tjibaou explique que le gouvernement calédonien (qui n’en demandait pas tant) se comporte comme les pires dictatures de la planète, interceptant les communications, déchirant les lettres (via l’OPT ?) et mettant les habitants sur écoute tout en contrôlant l’ensemble des médias :

« Nous avons un souci en Kanaky c’est que tous les médias sont contrôlés par le gouvernement local ce qui revient à dire que nous ne pouvons rien faire. Nos boites mails sont bloqués, nos courriers sont déchirés, nos téléphones sur écoute (…) quand on veut envoyer un mail c’est bloqué, donc on s’est décidé à s’exiler pour pouvoir travailler à partir d’ici »

Evoquant le « bourrage de crâne » effectué à l’école primaire sur le « destin commun », la présidente de l’ARCK explique que dans le milieu scolaire les professeurs « insultent » et « dénigrent à tout bout de champ » les élèves ce qui entraîne au final un décrochage massif et l’échec scolaire des kanak :

« Dans les milieux professionnels les jeunes kanaks se lassent facilement puisqu’ils sont méprisés par les patrons colons ou en milieu scolaire les profs les insultent, les dénigrent à tout bout de champ, du coup ça devient insupportable (…) Les élèves kanaks se lassent vite de l’ambiance qu’ils subissent, de l’atmosphère qui règne dans les milieux scolaires, ils se font traiter de tous les noms donc il y a un moment où il y a le décrochage et l’échec scolaire qui est bien sûr intentionnellement voulu pour favoriser l’immigration massive des étrangers pour tenir Kanaky de façon à ce qu’on ait pas notre indépendance »

Incident diplomatique ?

Ce discours outrancier pourrait ne pas porter à conséquence sauf que, comme l’indique Sabine Tjibaou, le gouvernement du Vanuatu soutiendrait officiellement l’action entamée par son association :

« Je tiens à remercier le gouvernement Vanuatais qui a déjà travaillé dans notre sens (…) Il [Charlot Salwai] soutient l’indépendance de Kanaky, ce sont les mots de votre 1er ministre (Sabine Tjibaou ; sources : VBTC Radio Vanuatu) »

Est-ce à dire que le Vanuatu a accordé ce droit d’asile pour cette famille et si oui à quel titre sinon au nom de ses déclarations qui ne reposent sur aucune base sérieuse ? Le droit d’asile étant le fait de reconnaitre « un droit à chaque être humain de trouver refuge face à des menaces et des poursuites » il est régi en partie par la convention de Genève de 1951 qui en donne une traduction en droit international public. Mais le gouvernement du Vanuatu considère-t-il que les kanak sont, comme l’affirme Sabine Tjibaou, « persécutés » en Nouvelle-Calédonie ? Interrogé à ce sujet, Bruno LEINGKONE, le Ministre des Affaires étrangères de la République du Vanuatu n’a pas donné suite à nos différentes demandes par mail. Quoi qu’il en soit, cette affaire pourrait porter un coup aux relations bilatérales qu’entretiennent la Nouvelle-Calédonie, et donc la France, avec son voisin mélanésien. Pour mémoire la France reste l’un des principaux investisseurs étrangers du Vanuatu derrière l’Australie, le Japon et la Nouvelle-Zélande. La France métropolitaine étant le premier fournisseur, hors pays voisins, de l’archipel.

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Officiant en free-lance pour plusieurs périodiques et médias calédoniens, cette pigiste professionnelle a rejoint l’équipe des contributeurs de Calédosphère depuis 2013 sous son nom de plume « Rita ». Spécialisée dans l’actualité quotidienne, elle se plait à y dénicher des sujets non-traités par les autres médias et à couvrir les évènements sensibles. Synthétique, réactive et parfois provocatrice elle essaie toujours d’écrire de manière claire, précise mais avant tout vivante. Son crédo : « Si ça pique, c’est un bon sujet »



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117 Commentaires sur "Une Tjibaou demande l’asile politique au Vanuatu"

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michel

mais que fait cette dame de la devise de la Nouvelle Calédonie “Terre de Parole terre de Partage”
tonton doit se retourner dans sa tombe.

Ben qu’elle rende son passeport Français et qu’elle prenne le passeport Vanuatais…

ANIAM NC

“Ce discours outrancier pourrait ne pas porter à conséquence sauf que, comme l’indique Sabine Tjibaou, le gouvernement du Vanuatu soutiendrait officiellement l’action entamée par son association”. Soit c’est noté, en réponse, il faut créer un “Collectif pour l’expulsion de tous les étudiants Vanuatais présents sur le sol de la NC Française”.

dawamama

Y aurait pas une camisole de force en trop au CHS?
Sabine va prendre une douche froide ca te remettra les neurones en place .

Lassitude

Une recherche rapide m’a mené vers la page suivante sur l’ARCK. Ca fait longtemps que ce machin existe on dirait. Après, pour la veracité des propos tenus dans ce lien, je sais pas….
Pour ceux que ça interesse:
https://libertesinternets.wordpress.com/2009/02/24/article-75-barbouzeries-en-kanaky-comment-la-france-cree-un-mouvement-integriste-kanak-pour-mieux-assurer-sa-domination/

Ayo Ilory

C vrai grave atteint la copine d’école à nous Aouh. Que l’ange samaritain vienne la sortir de cette enfer et jette LEONELY Yannick dans le feu Kulé va

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