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Que les plus petits salaires lèvent le doigt

La dernière enquête Prospective Emploi-Formation de l’IDC-NC est intéressante à plus d’un titre. Elle fait le point sur l’état des salaires en Nouvelle-Calédonie et a le mérite de poser des chiffres et des constats sans nuance qui ne taisent plus les inégalités qui gangrènent le corps social calédonien.

Cette enquête est organisée tous les deux ans et permet de faire l’état des besoins des entreprises en matière d’emploi et de formation. Un volet important est également consacré aux salaires. Cette enquête est menée auprès des entreprises d’au moins un salarié et l’on peut regretter que sur les 6 552 entreprises concernées, seulement 39% d’entre elles (2 324), pesant 26 855 salariés, aient pris le temps de répondre aux questionnaires qui leur était soumis. Mais qu’importe, les résultats de l’enquête parlent d’eux-mêmes et montrent une réalité que d’aucuns voudraient encore bien faire taire…

Ça a profité à qui ?

On apprend donc que le salaire moyen en Nouvelle-Calédonie, c’est-à-dire la moyenne de l’ensemble des salaires de la population concernée, a progressé de 11% entre 2011 et 2015, ce qui pourrait faire penser que les salariés calédoniens dans leur ensemble ont profité des fruits de la croissance et qu’il y a eu effectivement redistribution de la richesse. Mais c’est un leurre. D’abord, ce salaire moyen est de 305 272 francs, ce qui est loin d’être excessif pour faire face aux difficultés d’aujourd’hui, mais plus inquiétant encore, et c’est ce que l’Observatoire de l’Institut pour le Développement des Compétences en Nouvelle-Calédonie révèle, on note qu’en 2015, 61% des salariés, soit 3 sur 5, gagnaient moins de 300 000 francs par mois. Pire, 29 % de ces salariés, soit 4 683 personnes, ont un revenu mensuel inférieur à 200 000 francs ! Et dans quels secteurs touche-t-on ces salaires de misère ? Dans le commerce et l’hôtellerie-restauration à 61 %, le transport-logistique à 52 % (transports de voyageurs et de marchandises et les livraisons) ainsi que dans la construction (BTP) à 47 % ! C’est-à-dire les secteurs sur lesquels on mise comme éventuels supplétifs au nickel comme le tourisme, ou ceux qui ont profité au maximum des grands projets structurants (constructions des usines, grands chantiers), comme le BTP, mais qui n’ont pas anticipé le retour à la normale. La « palme » revient à l’agriculture, secteur totalement sinistré, dont les salaires, entre 2011 et 2015, ont chuté de 28,5% ! L’enquête de l’IDC spécifie d’ailleurs que dans l’agriculture :

« Les hommes et les femmes affichent un salaire moyen sensiblement identique qui n’excède pas 200 000 francs »

Des chiffres qui justifient les politiques publiques mises en œuvre actuellement pour accroitre la production et donc les revenus agricoles, cependant les écarts à rattraper restent immenses.

La vie chère ?

La pyramide des salaires montre qu’en Nouvelle-Calédonie, 82% des salariés gagnent entre 100 000 et 400 000 francs, contre 5% qui gagnent entre 600 et 800 000 francs et 2% qui gagnent plus de 800 000 francs par mois. Cela signifie que dans le secteur privé, il y a une véritable paupérisation par le travail et qu’en effet, ce que réclament certains à corps et à cris, le système économique calédonien ne peut plus continuer sur cette voie. On sait aujourd’hui que nous sommes en crise, qu’il ne peut y avoir de relance de la croissance que par le biais de la consommation, levier qui pèse pour 60 à 70% dans la croissance. Mais comment relancer la consommation si le vivier de consommateurs est aussi réduit et si le pouvoir d’achat de la majorité est aussi restreint ? Les chiffres publiés par l’IDC justifient certes les dispositifs mis en œuvre pour lutter contre la vie chère et redonner du pouvoir d’achat, mais ils réclament du même coup que l’on aille plus loin dans la réforme de notre système.

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Nouveau dans l’équipe de rédaction, Hubert B. a rejoint Calédosphère au tout début de l’année 2015. Enfant du pays, il a grandi à Nouméa et a ensuite bourlingué durant près de vingt ans au gré de ses envies et des hasards de la vie. Fils d’une bibliothécaire/documentaliste, il a été tour à tour enseignant, pigiste, formateur mais c’est finalement vers l’écriture qu’il a choisi de revenir. Succinct, précis, parfois laconique, si son style est volontiers direct, ses intérêts sont éclectiques et toujours tournés vers l’actualité. Sa citation favorite : « Le journaliste doit avoir le talent de ne parler que de celui des autres »



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26 Commentaires sur "Que les plus petits salaires lèvent le doigt"

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Giorgio

Y’a besoin d’une enquête pour ça?

Qu’ils demandent à la cafat de leur sortir les chiffres, ils sauront immédiatement précisément combien les salariés touchent, le secteur dans lequel il travaillent, leur âge, etc…

José Paldir
réflexion en passant et surement questions con le blog a vu des échanges enflammés sur la vie chère ….question si on augmentait les salaires du privé autoritairement ( sinon je ne vois pas comment ) d’après vous ça ferait baisser ou augmenter les prix? et ça augmenterait l’emploi ou pas Par contre serait il possible d’avoir une augmentation du nombre de fonctionnaires ,d’emplois publics et politiques depuis disons le début des années 80 et une analyse des dépense publiques et des impôts qui vont avec et qui ne suffiront pas pour l’avenir
Wiwat

2% de 270 000 habitants ça fait 5400 personnes qui touchent plus de 800000 balles….naaaaaaaannnnn c’est tout? j’ai du mal à y croire.
Y a combien de porche sur le caillou?

Clark

Mauvais calcul: 2% des salariés des entreprises ayant répondu à l’étude: 26 855.

Soit 537 au delà de 800 000, pour 2 324 entreprise. ce qui signifie que les gérants de ces boîtes gagnent majoritairement moins.

Et si tu veux extrapoler le calcul: il n’y a pas 270 000 salariés , mais 90 000. Soit 1800 au dessus de 800 000. (pour 35 000 entreprises)

On est très loin des “enculés de patrons qui se gavent!”

Asiad

et le pourcentage en 4X4 c’est quoi?

FJP
Je me souvient d’une époque pas si lointaine ou je touchais un salaire mensuel de technicien de moins de 80 ooo francs alors qu’un réfrigérateur valait la même somme. Une perceuse a percussion 17500 et une boite de choucroute garnie 550. Bien sûr nos enfants ne consommaient pas de cartes telephoniques et ne roulaient pas motorisés. Pas d’ordi dans toutes les chambres et une toute petite tele couleur . Nous avions une vielle bagnole pour aller camper car le voyage vers la Fronce valait quasiment la même somme que maintenant. La consommation des ménages a bien changée . si vous… Lire la suite »
On devait pas aller à la transparence, grand cheval de bataille du gouvernement philippesx4??? Combien touchent-ils réellement nos politiciens (salaire, indemnités+ avantages en nature (loyer, voiture, voyage….)? et leurs collaborateurs, chargés de mission, sénateurs coutumiers, congrès, province et j’en passe. Les entreprises ne sont-elles pas soumises à un dépôt de leur compte au TC? Bref on fait dire ce qu’on veut aux chiffres et l’ISEE en est la meilleure preuve (le niveau de vie n’augmente pas, ben tiens vous faites vous courses où les mecs?), le tourisme est en pleine augmentation (tiens c’est pas ce qui est dit par l’hôtellerie… Lire la suite »
1 ) Nettement plus pertinente, serait une étude portant sur tous les revenus du travail (salarié et non salarié) et du non-travail ( chômage…) mais pour cela, il faudrait que l’ITSEE réalise ce que l’Insee réalise périodiquement partout ailleurs dans tous les territoires habités de la République Française, notamment dans les DOM, à partir des enquêtes qu’il réalise auprès des particuliers et des entreprises : égalité réelle des territoires ? Mais le veut-on vraiment au Pays ? 2) Ce serait d’autant plus justifié que les non-salariés constituent en Nouvelle Calédonie 26% de l’emploi formel, hors emploi public. En regard, les… Lire la suite »
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