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Condamné, Lecren reste ministre…

Déjà condamné en 2015 pour conduite en état d’ivresse, le membre du gouvernement UC vient d’être condamné par le tribunal de Nouméa à 6 mois de prison avec sursis pour violence volontaire sur sa concubine et outrage à agent. Soutenu par son parti politique, il restera “ministre” et ne passera pas un seul jour en prison. Banana Républika ?

“Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir”. Et rien ne semble avoir changé depuis l’époque de la Fontaine. Condamné déjà en avril 2007 puis en aout 2015 à deux mois de prison avec sursis pour conduite en état d’ivresse (cette fois-ci dans son véhicule de fonction) assortie d’une peine d’obligation de soin, le membre du gouvernement en charge de l’environnement et des affaires coutumières était une nouvelle fois convoqué devant le tribunal de Nouméa. L’héritier de la lignée Pidjot a ainsi été condamné suite à des actes de violences commis contre sa jeune ex-concubine et à des menaces de mort proférées contre un policier, la nuit de son arrestation. Mais le procureur ayant requis une peine de prison avec sursis, le tribunal a statué sur 6 mois sans passer par la case prison ferme. Son avocat ayant plaidé pour ne pas voir se prononcer une peine trop lourde équivalente selon lui à « la fin de sa vie politique ». Anthony Lecren peut donc se rassurer, sa vie politique peut (tranquillement) continuer car il restera membre du gouvernement…

Une plainte retirée toute fortuitement

En fait, le procureur n’a pu que constater que le dossier à charge avait changé depuis septembre de l’année dernière. Car la jeune victime qui avait déposé plainte pour coups et blessures à justement retiré sa plainte la semaine dernière, quelques jours seulement avant l’ouverture du procès. Naturellement, si le parquet n’a pas souligné cette étrange coïncidence, les observateurs attentifs du dossier savent bien que celle-ci était depuis longtemps soumise à des pressions diverses de la part de plusieurs proches du ministre. Et c’est sur le plan politique que s’est aussi constituée la défense d’Anthony Lecren. Son avocat expliquant que ce dernier était « un trait d’union indispensable entre indépendantistes et non-indépendantistes ». Faut-il croire que le tribunal s’est montré clément afin de garantir de bonnes relations entre les deux blocs calédoniens ? Voire. Du reste, pour les aficionados du microcosme politique local il est de notoriété publique « qu’on s’entendrait de toute façon facilement avec Anthony Lecren pour peu qu’on dispose d’un portefeuille bien garni… » Des accusations proférées en public par Stéphane Henocque. L’ancien candidat aux législatives avait d’ailleurs remporté son procès* contre l’élu de l’Union Calédonienne lorsqu’il avait mis en avant « l’escroquerie » et « l’illégalité » du dispositif « un arbre, un jour, une vie » mis en place à grand renfort de communication par le cabinet d’Anthony Lecren.

Le silence coupable de nos élus

De même, malgré le fait que l’ex-procureur de la République avait expliqué qu’Anthony Lecren avait joué un rôle dans la mort mystérieuse de Guy Tamaï en juin 2014 (il avait raccompagné ce soir-là en état d’ébriété l’individu depuis mis en examen pour homicide), aucune instruction ne semble voir le jour concernant cette affaire et pratiquement aucun responsable politique et institutionnel n’a mis en cause la présence d’Anthony Lecren au sein de l’exécutif. C’est ainsi que dans le monde politique calédonien son mouvement l’Union Calédonienne le soutient fermement. Son président Daniel Goa ayant simplement évoqué l’année dernière « des bêtises » commises par l’élu… Mais du côté de ses adversaires, ni le MPC de Gaël Yanno, ni le Rassemblement-Les Républicains de Pierre Frogier, ni le Palika de Paul Néaoutyine, ni le Front National de Bianca Hénin, ni le MRC de Philippe Blaise n’ont demandé que l’actuel membre du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ne démissionne de son poste pour laisser la place à son suivant de liste du fait de ses condamnations répétées. Les seules voix ayant dénoncé son maintien au sein de l’exécutif local sont celles de Stéphane Henocque de Convergence Pays et celle de Calédonie Ensemble. Le président du gouvernement Philippe Germain ayant en août de l’année dernière dans un communiqué officiel « demandé à Monsieur Anthony Lecren de [me] remettre immédiatement sa démission de membre du gouvernement » car sa première condamnation était à ses yeux « incompatible avec l’exercice de responsabilités au sein du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ». Une demande restée sans suite car étant donné le mode de scrutin et de désignation de l’exécutif, seul le mouvement politique de l’intéressé peut décider – ou non – de sa présence au gouvernement. La place d’Anthony Lecren reste donc assurée grâce à l’Union Calédonienne et à son président Daniel Goa.

Quoi qu’il en soit, cette affaire ne pourra que participer à développer la fracture, si ce n’est le dégoût, des électeurs vis-à-vis du monde politique et de leurs élus. Le tribunal l’ayant déjà condamné pour des faits de violences, d’alcoolisme, d’insulte à agent mais ayant aussi admis « l’illégalité » et « l’escroquerie » entourant certains de ses actes, sa seule présence au gouvernement entache désormais l’ensemble de la classe politique du territoire. A noter qu’en 2011, lors de son entrée au gouvernement, Anthony Lecren avait pris l’habitude, une fois quelques verres passés, de hurler à qui voulait bien l’entendre qu’il serait « le premier président de la Kanaky ! ». De ce côté-là, c’est sûr que les Calédoniens doivent avoir hâte d’y être…

*En charge du secteur de l’environnement au gouvernement, Anthony Lecren avait créé une association, en avait pris la présidence, puis l’avait fait subventionner par l’exécutif calédonien. Une information que le tribunal correctionnel rappelait dans son jugement de l’époque. Stéphane Henocque avait souligné qu’en attribuant des fonds publics à cette association, Anthony Lecren était coupable de « prise illégale d’intérêt »

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Officiant en free-lance pour plusieurs périodiques et médias calédoniens, cette pigiste professionnelle a rejoint l’équipe des contributeurs de Calédosphère depuis 2013 sous son nom de plume « Rita ». Spécialisée dans l’actualité quotidienne, elle se plait à y dénicher des sujets non-traités par les autres médias et à couvrir les évènements sensibles. Synthétique, réactive et parfois provocatrice elle essaie toujours d’écrire de manière claire, précise mais avant tout vivante. Son crédo : « Si ça pique, c’est un bon sujet »



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123 Commentaires sur "Condamné, Lecren reste ministre…"

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Clark

Il faut toujours rester positif. On pourrait dire : “Ministre, Lecren reste condamné”.

KOUROUTIEN

la prochaine fois peut être qu’il sera arrété pour quelque chose de plus tragique, et son parti ne le ferra pas condamné encore une fois ???????? mais où est donc la JUSTICE sur notre Belle Ile ????

Si c’est ça, construire un pays ensemble, c’est plutôt mal parti……

josé Paldir

moralité lecrin qui rattache à la fonction ministérielle est trop solide pour être tranché

memory

L’uc perd en crédibilité en gardant cette tâche.Ce bon à rien ne rend service à personne à ce poste. MINISTRE! EN TAULE!!!!

En matière de justice, il y a ceux qui connaissent la loi, et ceux qui connaissent le juge. Souvent, la seconde compétence est plus utile que la première…

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