Connect with us

Calédosphère

Actualité

Louis Mapou : « Les militants prônent le boycott »

Alors que l’Etat a annoncé la date du 12 décembre 2021 pour le troisième et ultime référendum prévu par l’Accord de Nouméa, l’UNI milite désormais pour un report de cette date à la fin 2022. Le parti indépendantiste, qui a boudé les rencontres parisiennes, évoque un « boycott » et dit, maintenant, le contraire de ce qu’il avait annoncé lors de son 45ème congrès, à savoir qu’il fallait que la prochaine consultation ait lieu « avant la tenue de la campagne référendaire »… Tu veux ou tu veux pas ?

Les arguments de l’Union Nationale pour l’Indépendance, l’une des principales composantes du FLNKS, changent-ils au gré du vent ou changent-ils selon les intérêts politiques de ses leaders ? Invité par le ministre des Outre-mers et par le Gouvernement national, l’UNI avait décidé le mois dernier – et c’est une première pour ce mouvement indépendantiste – de boycotter la semaine de rencontres avec les plus hautes autorités de la République. Sachant que, en politique comme ailleurs, ce sont souvent « les absents qui ont toujours torts », l’Etat (à la surprise quasi-générale, il est vrai) a pris ses responsabilités et a annoncé que l’ultime référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie aurait bien lieu en 2021, soit avant les prochaines élections nationales. Une décision qui ne plait pas à l’UNI, le parti l’ayant fait savoir par la voix de Louis Mapou, l’actuel candidat au poste de président du futur 17ème gouvernement :

« Le timing imposé par le ministre des Outre-mer et l’État ne nous convient pas, il est trop serré pour ce défi, (Louis MAPOU, 04/06/21 ; sources : LNC) »

Pour l’élu du Palika (l’une des composantes de l’UNI avec l’UPM et l’UNID), cette décision serait « précipitée ». Evoquant l’hypothèse, soutenue par sa base militante, d’appeler au boycott du prochain scrutin, le président du groupe UNI au congrès a mis en garde contre une éventuelle non-participation du mouvement indépendantiste à la consultation. Pour Louis Mapou « tous les kanaks » considéreraient en effet, que le timing est « trop pressé » :

« Une phase nouvelle de discussion s’ouvre et le ministre vient nous plomber avec cette date. Nous avons eu deux ans à chaque fois pour travailler. C’est le moment le plus important de l’histoire, qu’est-ce qui justifie qu’on se précipite autant ? (…) Les militants prônent le boycott, tous les Kanak disent que c’est trop pressé (…) Nous plaidons pour que le référendum ne se tienne pas en fin d’année. Qu’est-ce qui peut garantir que le mouvement indépendantiste va participer ? Et quand bien même, qui peut garantir qu’on nous suive, nous les responsables ? (Louis MAPOU, 04/06/21 ; sources : LNC) »

Pour appuyer leurs propos, les responsables de l’UNI mettent en avant la décision prise par le FLNKS lors de son dernier congrès à Kouaoua. Le Front avait alors plaidé pour un report du référendum le plus tard possible (soit en octobre 2022) afin de régler les soucis internes au mouvement indépendantiste concernant notamment le gouvernement, l’UNI et l’UC n’arrivant pas à se mettre d’accord ni sur un programme commun ni sur la candidature du futur président de l’exécutif. L’UNI défend en effet la candidature de Louis Mapou alors que l’UC soutient celle de Samuel Hnepeune, l’ancien président du MEDEF-NC. De plus, ces mouvements indépendantistes éprouveraient des difficultés à répondre aux questions posées par le document sur « les conséquences du OUI et du NON » élaboré par l’Etat. Ainsi, pour l’UNI, il faudrait davantage de temps pour permettre au monde indépendantiste d’apporter des éléments de réponses s’agissant des conséquences financières, sociales, économiques et géostratégiques d’une éventuelle indépendance de la Nouvelle-Calédonie :

« Je ne parle pas de boycott, ici. Je dis simplement, voilà la décision de FLNKS qui a été prise à Kouaoua. Il faut que le FLNKS redise, redonne un autre positionnement, parce que la participation aujourd’hui à ce référendum, s’il était le 12, ben pose question, pose question, parce que ce n’est pas ce que le Front dit et donc, il faut peut-être que le Front fasse évoluer son positionnement. Mais, en tout cas, pour le moment, voilà, nous, nous restons sur le positionnement du Front, en tout cas pour l’UNI. Ce référendum-là, nous, on n’y est pas, on ne se sent pas engagé (…) Et donc on voit aujourd’hui, l’UC a décidé de passer outre, donc, ben on attendra (…) le bureau politique entend gérer cette situation, mais effectivement, comme je disais tout à l’heure, pour le moment, nous ne sommes pas engagés, nous ne nous sentons pas engagés plutôt par les choses qui ont été décidées » (Victor TUTUGORO, 04/06/21 ; sources : radio DJIIDO) »

Pour l’UNI, 2021 était « une nécessité » mais aujourd’hui c’est « une surenchère »

Un changement de positionnement difficile à suivre donc puisque le Palika – la principale composante de l’UNI – avait déclaré le contraire lors de son dernier congrès annuel. Réuni à la tribu de Saint-Thomas, dans la vallée d’Amoa (commune de Poindimié dont le maire est Paul Néaoutyine), le parti indépendantiste avait en effet pris position pour que le dernier référendum ait lieu « le plus tôt possible » c’est-à-dire en 2021 :

« Ce troisième référendum, cette troisième consultation, nous souhaitons qu’elle se tienne le plus rapidement possible, en tout cas, avant le lancement de la campagne pour les élections présidentielles en France (Jean-Pierre DJAIWE, 15/11/20 ; sources : NC1ère) »

Un positionnement politique qui figure bien en toutes lettres dans les conclusions du 45ème congrès du parti. De plus, à l’époque, le Palika plaidait aussi pour que des discussions aient lieu avec l’Etat afin de connaitre les implications du OUI ou du Non à l’indépendance :

« Nous nous sommes prêts, le Palika est prêt à entamer des discussions avec l’Etat Français pour voir les implications du OUI et les implications du NON et pour ce qui nous concerne parce que nous avons toujours porté le projet de partenariat c’est pour discuter avec l’Etat Français des futurs liens d’Etat à Etat, pour un été indépendant, en partenariat avec la France (Jean-Pierre DJAIWE, 15/11/20 ; sources : NC1ère) »

Ainsi, en novembre 2020, le parti de Paul Néaoutyine demandait le référendum le plus tôt possible, car le mouvement disait craindre l’élection de Marine Le Pen à la Présidence de la République. A l’époque, le parti avait davantage le vent en poupe, porté par les résultats encourageants du second reférendum, et en avait également profité pour soutenir le collectif USUP, opposé à la vente par la multinationale Vale de l’usine du Sud. Cependant, les exactions et les évènements qui ont eu lieu par la suite autour de la vente de l’usine du Goro, l’échec du projet de rachat par la multinationale Korea Zinc (soutenu par le groupe Dang et donc par la province Nord-Palika) mais aussi la démission du gouvernement ont modifié le contexte politique calédonien. De même, si le Palika appelait l’année dernière à des discussions avec l’Etat quant aux conséquences du résultat du dernier référendum, aujourd’hui, la lecture du document fourni par l’Etat et les questions qu’il pose ont, semble-t-il, refroidi les ardeurs et les envies de discussion et d’échanges. Raison pour laquelle le Palika a boycotté les rencontres parisiennes au plus haut sommet de l’Etat ? Voire.

Tu veux ou tu veux pas ?

Quoi qu’il en soit la réalité est la suivante : en novembre 2020, l’UNI demandait à l’Etat d’organiser le référendum le plus tôt possible et avant les élections présidentielles. Moins d’un an plus tard, en juin 2021, alors que le ministre de l’outre-mer a répondu à cette demande en annonçant la date du 12 décembre prochain, l’UNI parle de « surenchère » et avoue préférer voir le scrutin se produire après l’élection présidentielle… Quant aux discussions avec l’Etat sur les conséquences du vote, l’UNI les désirait l’année dernière, mais huit mois plus tard, le parti a décidé de boycotter les rencontres de travail sur ce thème. Autant dire que, de son côté, droit dans ses bottes normandes, Sébastien Lecornu a pu tranquillement fredonner la chanson de Brigitte Bardot : “Tu veux ou tu veux pas ? Si tu veux bien, c’est bien. Si tu veux pas tant pis. Si tu veux pas, j’en f’rai pas une maladie…

Afficher la suite
Hubert B

Hubert B. a rejoint Calédosphère au tout début de l’année 2015. Enfant du pays, il a grandi à Nouméa et a ensuite bourlingué durant près de vingt ans au gré de ses envies et des hasards de la vie. Fils d’une bibliothécaire/documentaliste, il a été tour à tour enseignant, pigiste, formateur mais c’est finalement vers l’écriture qu’il a choisi de revenir. Succinct, précis, parfois laconique, si son style est volontiers direct, ses intérêts sont éclectiques et toujours tournés vers l’actualité. Sa citation favorite : « Le journaliste doit avoir le talent de ne parler que de celui des autres »

0 0 voter
Évaluation de l'article
guest
1.6K Commentaires
plus récents
plus anciens plus de votes
Inline Feedbacks
View all comments
Inforétif
Inforétif
27 août 2021 03:40
Alika-antitra
Alika-antitra
24 août 2021 17:56

https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/economie/gros-plan-arrivee-des-nouvelles-pieces-une-revolution-dans-les-porte-monnaie

A quatre mois d’une possible indépendance, c’est un peu ridicule.

Mais pas de problème, les trois territoires n’étant pas explicitement désignés, ces pièces pourront accompagner leurs propriétaires se rapatriant dans leurs fenua respectifs.
Faudra dans quelques années expliquer aux petits nenfants de WF ou de la PF pourquoi par exemple il y a un pin colonnaire sur la pièce de 5 FCFP (RF).
comment imagecomment image

Et puis le kanaku ne remplacera pas immédiatement le CFP, il y aura une longue période de recouvrement (au Vanuatu il y a encore eu des pièces en FNH émises en 1981).

Dernière modification 3 mois plus tôt par
Alika-antitra
Alika-antitra
24 août 2021 17:54

Oups

Dernière modification 3 mois plus tôt par
Alika-antitra
Alika-antitra
24 août 2021 17:00
Alika-antitra
Alika-antitra
24 août 2021 08:04
Dernière modification 3 mois plus tôt par
JoDo4096
JoDo4096
Répondre à   alika-antitra
24 août 2021 10:34

Alik https://noumeapost.com/2021/08/23/referendum-le-flnks-craint-il-la-verite/

“RÉFÉRENDUM : LE FLNKS CRAINT-IL LA VERITE ?”.

Nos amis séparatistes corses reprennent en plus étoffé “Les motions” du 39ème congrès du “Front” http://www.corsicainfurmazione.org/1996948/le-flnks-reaffirme-que-le-document-de-letat-nest-ni-plus-ni-moins-quun-manifeste-de-propagande-pour-le-non-corse/2021/

On y apprend, des plus intéressantes nouvelles, celle que le Front “Engage ses responsables à entamer des démarches auprès du secrétariat du GFLM pour une intégration progressive au sein des pays du Fer de Lance Mélanésien (statut d’observateur, d’associé…)”.

Dernière modification 3 mois plus tôt par JoDo4096
Alika-antitra
Alika-antitra
Répondre à   JoDo4096
24 août 2021 10:50

JoDo : “On y apprend, des plus intéressantes nouvelles

My bad.
Moi qui prétends toujours remonter à la source …

https://www.facebook.com/FLNKSOfficiel/photos/pcb.803732200318721/803726630319278

P.S. : discours de RW :
https://www.facebook.com/FLNKSOfficiel/videos/541573650247471

Dernière modification 3 mois plus tôt par
Alika-antitra
Alika-antitra
22 août 2021 10:29

Un peu d’humour, en attendant l’heure de l’apéro :

https://pbs.twimg.com/media/E9KR5K_UYAYO3vK?format=jpg&name=small

JoDo4096
JoDo4096
Répondre à   alika-antitra
22 août 2021 11:34

Alik “Un peu d’humour, en attendant l’heure de l’apéro“. Be careful with the walking Johnnie ! Amos Milburn – Bad, Bad, Whiskey https://youtu.be/oCX–0wJQkQ “Bad, bad whiskey Bad, bad whiskey Bad, bad whiskey Made me loose my happy home Made me loose my happy home Whiskey endless women Is driving me out of my mind Every time I get a lover that’s tough you know I think I’m doin’ just fine Bad, bad whiskey Bad, bad whiskey Bad, bad whiskey Made me loose my happy home Made me loose my happy home…” Et Amos Milburn ce fut çà aussi ! Bien… Lire la suite »

Dernière modification 3 mois plus tôt par JoDo4096

Voir plus dans Actualité

Top du moment

Commentaires récents

To Top