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La Nouvelle-Calédonie face à la guerre : le pays du Déni ?

La société calédonienne ainsi que ses principaux représentants continuent à nier la situation de guerre civile déclenchée depuis les Evènements du 13 mai dernier. Qu’ils soient enfermés dans le déni ou bien aveuglés par la peur, les principaux responsables calédoniens ne semblent pas être en mesure d’accepter la vérité, ce qui les rend incapables d’y faire face. Le Pays du Déni ?

L’état de guerre civile

Comment nomme-t-on une “situation conflictuelle entre deux ou plusieurs pays, états, groupes sociaux, individus, avec ou sans lutte armée” ? Comment se définit les « rapports conflictuels qui se règlent par une lutte armée, en vue de défendre un territoire, un droit ou de les conquérir, ou de faire triompher une idée » ? Naturellement, c’est là les définitions d’un état de guerre. Celle que nous connaissons actuellement en Nouvelle-Calédonie est l’une des pires : c’est la guerre civile. Chacun peut le nier, cela ne changera rien à l’affaire. Trois constats le prouvent :

Les ruines et les cendres de la guerre

Les dégâts humains, financiers et en biens publics ou privés sont gigantesques. Ils correspondent à 20 à 30% de toute la richesse produite chaque année sur l’archipel calédonien. L’appauvrissement global qui en découlera sera sans-précédent dans notre histoire. Depuis le 13 mai, plus de 2 000 incendies ont été répertoriés et officiellement déclarés. 900 entreprises et 200 maisons particulières ont été incendiées, vandalisées ou pillées. Dans le même temps, 600 véhicules ont été volés ou brulés. Les estimations des dégâts immédiats avoisinent les 2 milliards d’euros. Plus d’un millier d’insurgés kanak ont été interpellés. 228 Policiers ou gendarmes ont été blessés, parfois très gravement. 2 000 étrangers ont été rapatriés dans leurs pays respectifs. Enfin, au-delà des 9 morts officiels tués par balle, on dénombre des centaines de blessés parmi les habitants et des dizaines de malades, de personnes âgées ou de nouveau-nés décédés par faute de soin. Ces chiffres, particulièrement monstrueux à l’échelle du territoire, ne prennent évidemment pas en compte les victimes silencieuses et isolées dont on ignore le sort ou les malheurs. Quant aux manques de carburants, de médicaments et de nourritures, ce sont là des caractéristiques de zones de guerre.

La recherche de la paix

Paix. Le mot est sur toutes les lèvres, dans toutes les pensées et sur de nombreux barrages. Tout le monde veut la paix. Tout le monde en appelle à elle. L’écrasante majorité de la population, toutes ses forces vives, souhaitent et demandent la paix. Ce simple fait devrait suffire à faire réaliser à nos compatriotes que la Nouvelle-Calédonie vit une nouvelle forme de guerre. Car c’est parce qu’on est en situation de guerre qu’on souhaite le retour de la paix. Et, ici, lorsqu’elle est évoquée, celle-ci est dénommée guerre civile par un camp et elle est appelée guerre pour l’indépendance dans l’autre camp. Protéiforme, globale, fluctuante, moderne par ses méthodes et par ses outils, différentes des guerres précédentes, certes. Une guerre asymétrique, mais une guerre tout de même. Les médias traditionnels auront beau le nier, l’appeler « climat insurrectionnel », « émeutes » ou encore « évènements », cela ne changera rien à l’affaire.

“L’ennemi est bête : il croit que c’est nous l’ennemi alors que c’est lui !”

Pierre Desproges

La Nouvelle-Calédonie est dans un état de guerre civile. Elle le sait mais elle le nie.

Le corps social calédonien semble, à la fois, vouloir oublier cette réalité (une situation de guerre civile), tout en appelant à la restauration de la paix et à la fin d’un conflit dont elle nie pour autant la gravité et le degré. Alors, de quoi ce déni est-il le nom ? L’habitude de l’hypocrisie ? La peur que le feu se propage si on dit qu’il existe ? Verbaliser un malheur serait-il devenu trop difficile ? Comment expliquer ce reflexe quasi enfantin ? Car la première étape dans la résolution d’un problème est avant tout de reconnaitre qu’il y en a un. Même avec le bon diagnostic, un patient ne pourra pas se soigner s’il refuse d’admettre qu’il est malade. Et la Nouvelle-Calédonie est, semble-t-il, malade de ses dénis.

Du pays du Non-Dit au pays du Déni

Le « Pays du Non-Dit », qu’avait décrit il y a un peu plus de quarante ans Louis-José Barbançon était celui bâti par la génération de ses parents. Celle que les démographes dénomment « la Génération Silencieuse » parce que, nés à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, ces hommes et ces femmes avaient connu et vu tant de malheurs durant leur vie que ceux-ci les avaient rendus durs à la tâche, résilients, combattifs mais surtout très silencieux. Et il est vrai que Jean Lèques, Jean-Marie Tjibaou, Jacques Lafleur ou encore Pierre Declercq ne parlaient pas pour ne rien dire. Ce ne fut pas le cas, en revanche, de la génération de leurs enfants, les fameux Baby-Boomers. Ces derniers, nés après la Guerre, se caractérisent plutôt par un goût prononcé pour les bavardages. C’est ainsi qu’en 1991, après les évènements des années 80, Louis-José Barbançon, un fringant boomer alors âgé d’une quarantaine d’années, a écrit son fameux essai qui décrivait le pays que ses parents avaient construit pour lui et pour toute sa génération : le Pays du Non-Dit. La Calédonie des années 80. Il y dressait le portrait d’une Nouvelle-Calédonie où chacun savait mais où tout le monde se taisait. Peut-être parce que le silence sied davantage aux malheurs que le bruit ? Voire. La guerre civile 84-88 s’étant achevée, la paix durement gagnée régnant, Louis-José Barbançon avait avancé l’idée qu’il ne fallait plus se taire et qu’il faudrait désormais parler, raconter, inventer, pour ne plus jamais reproduire « les mêmes erreurs que par le passé ».

La génération de Tjibaou et de Lafleur ayant été assassinée ou bien trahie, ce furent donc ses héritiers, les Boomers, qui inventèrent à partir des années 90 un nouveau vocabulaire capable, selon eux, d’empêcher tout nouveau conflit en Nouvelle-Calédonie. Ne pouvant pas dire la vérité (qui reste immuable comme toutes les vérités), inspirés par la gauche, les Boomers se sont alors mis à inventer des concepts, des notions et des idées à l’aide de mots-valises orwelliens afin, non pas de changer la réalité, mais plutôt afin de changer la perception que le peuple et les générations futures pourraient en avoir. Soutenus par les principes républicains d’assimilation et d’universalisme, les différences ethniques, sociales, culturelles et légalistes entre les kanaks et les autres populations du territoire ont ainsi été niées au profit du Vivre-Ensemble et du Destin Commun. Deux concepts mensongers qui permettaient, par hypocrisie ou par cynisme, de contester l’existence de deux peuples différents sur la même terre et donc d’en contester aussi leurs aspirations qui, par essence, sont contradictoires entre elles. Après le temps du silence, ce fut l’époque du déni, lequel se caractérise par l’usage immodéré du mensonge et de la négation du réel. Il a duré plus d’une trentaine d’années. Comme l’a récemment avoué Harold Martin sur les ondes de RRB, « depuis l’accord de Nouméa tout le monde a menti ! ».

*      *

*

La vérité est simple : le peuple kanak existe. Comme tous les peuples fiers d’être ce qu’il est, il possède trois volontés que ses membres partagent en commun. Il se distingue dans le passé par sa volonté de préserver et de transmettre « la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ». Il se distingue dans le présent par « une volonté de vivre ensemble selon son propre droit ». Il se distingue enfin dans l’avenir, par la volonté de continuer « à faire valoir l’héritage qu’il a reçu indivis ». Aussi, depuis 171 ans, ce peuple kanak entre en guerre sporadiquement contre celui qu’il considère à la fois comme l’occupant le plus illégitime de son pays et comme celui qui empêche, le plus, son harmonie. Ce furent naguère les tribus et les clans kanaks qui avaient choisi le camp des Européens puis de la France. Ce furent ensuite les colons de la brousse, du Nord et de la Côte est. Ce furent après eux les Caldoches. Ce fut l’Ave Maria. Ce sont aujourd’hui les Métropolitains. Pour autant, parce que c’est bien une guerre qu’il a déclarée, le 13 mai dernier, c’est avec ce peuple-là et ses légitimes représentants qu’il faudra, un jour, faire la paix. Mais avant cela, il faut gagner la guerre…

“Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde !”

Albert Camus

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JNC

Ancien journaliste, aujourd’hui à la retraite, JNC a été l’un des tous premiers contributeurs officiels du média. Curieux, travailleur, attentif aux soubresauts de l’actualité, il sait conserver une certaine distance vis-à-vis de ses sujets. Volontiers pédagogue, jamais caricatural, souvent indigné, il conserve intact sa capacité à remettre en question la société calédonienne qu’il connait et décrit au jour le jour. Son crédo : « c’est l’actualité qui décide, pas nous »

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XYY .
XYY .
5 juillet 2024 17:56
Alika Antitra
Alika Antitra
4 juillet 2024 16:58

Intéressante intervention d’Isabelle Kaloi-Bearune ce matin au Congrès :

https://youtu.be/3w19sit8Hus?list=PL89rBNjWndwXdMsGaE-SaF2y66R6BenXS&t=644

Electron Libre
Electron Libre
Répondre à   Alika Antitra
4 juillet 2024 17:41

Je sais pas comment tu fais pour supporter d’entendre ces conneries.

Alika Antitra
Alika Antitra
Répondre à   Electron Libre
4 juillet 2024 18:00

Electron : “Je sais pas comment tu fais pour supporter d’entendre ces conneries.

Les commentaires d’Inforétif m’ont mithridatisé au fil du temps …

Inforétif
Inforétif
Répondre à   Alika Antitra
6 juillet 2024 05:12

“Les commentaires d’Inforétif m’ont mithridatisé au fil du temps …” Oui mais par précaution tu prendras bien une court dose supplémentaire avec ceux de Pascal Turlan si remplis de bon sens : Législatives : « La guerre en Ukraine est aussi la nôtre, et nous avons un choix à faire » (msn.com) “Le 24 février 2022, nous avons assisté en direct sur nos écrans à l’invasion du territoire ukrainien par les forces armées russes. A l’agression d’un Etat souverain par un autre, aux portes de l’Europe, à moins de 2 000 kilomètres de Bruxelles ou de Strasbourg. Soixante-douze ans après l’adoption de la Charte des… Lire la suite »

Dernière modification 8 jours plus tôt par Inforétif
Raphael
Raphael
4 juillet 2024 15:51

C’est intéressant. Le mot émeute est effectivement trop faible à mon avis, mais parler guerre me paraît quand même trop fort : dans une guerre on vise pour tuer, ce qui n’est pas le cas de l’immense majorité des “émeutiers” et encore moins des policiers. J’entends qu’on puisse dire que c’est un combat qui vise la destruction totale de l’adversaire mais pour l’instant, je pense que c’est fait à travers des moyens qui ne permettent pas d’appeler ça “guerre”. C’est une révolte sans aucun doute à mon avis, une insurrection, je n’ai pas le terme parfait, un autre type de… Lire la suite »

Raphael
Raphael
2 juillet 2024 17:29

C’est intéressant. Le mot émeute est effectivement trop faible à mon avis, mais parler guerre me paraît quand même trop fort : dans une guerre on vise pour tuer, ce qui n’est pas le cas de l’immense majorité des “émeutiers” et encore moins des policiers. J’entends qu’on puisse dire que c’est un combat qui vise la destruction totale de l’adversaire mais pour l’instant, je pense que c’est fait à travers des moyens qui ne permettent pas d’appeler ça “guerre”. C’est une révolte sans aucun doute à mon avis, une insurrection, je n’ai pas le terme parfait, une guerre “froide” mais… Lire la suite »

Electron Libre
Electron Libre
28 juin 2024 20:29

https://lavoixdugendarme.fr/le-lancer-a-main-de-la-grenade-gm2l-autorise-en-nouvelle-caledonie-le-commentaire-du-general-2s-bertrand-cavallier/?amp

Extrait :

CONCERNANT LES ARMEMENTS ET ÉQUIPEMENTS, IL CONVIENT ENFIN DE CONSIDÉRER QUE DEPUIS DES ANNÉES, ON A ASSISTÉ POUR DES RAISONS TENANT À LA FOIS À L’IDÉOLOGIE AMBIANTE ET À LA FRILOSITÉ DES ÉLITES, À UNE DIMINUTION DES CAPACITÉS DES FORCES DE L’ORDRE ALORS MÊME QUE LES ACTIVISTES, NOTAMMENT LES MILICES D’ULTRA GAUCHE, AMÉLIORAIENT CONSIDÉRABLEMENT LEURS ARMES DITES ARTISANALES.

(caractères gras ajoutés par moi)

Il est bien aussi de noter que cet article prend la mesure des choses en parlant de situation insurrectionnelle.

Dernière modification 16 jours plus tôt par Electron Libre
LedZep4096
LedZep4096
25 juin 2024 17:58

Voilà dans quel état a été mis le Temple Bouddhiste de Tina par nos “intellectuels” de l’UC – CCAT (*). Il ne manquerait plus que ce soient des ouailles incultes de notre Cul Béni de WAllahMytan [très actif au sein des autorités catholiques de Nouvelle-Calédonie, en présidant notamment le conseil pastoral de la paroisse de Saint-Louis et des assemblées dominicales en absence de prêtre (ADAP). source https://fr.wikipedia.org/wiki/Roch_Wamytan ] qui auraient profané ce lieu de culte. Pour ces ouailles incultes, ces brebis galeuses de notre cul béni de WAllahMytan : https://bouddha-bouddhisme.com/blogs/bouddhisme/qui-est-jesus-pour-les-bouddhistes “Les bouddhistes reconnaissent souvent les enseignements moraux et éthiques de Jésus.… Lire la suite »

temple-bouddhiste-tina.jpg
Dernière modification 19 jours plus tôt par LedZep4096
Electron Libre
Electron Libre
Répondre à   LedZep4096
25 juin 2024 18:45

Quelle honte.

Electron Libre
Electron Libre
25 juin 2024 12:31

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