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Valeurs : les “pionniers” donnent de la voix

La Fondation des Pionniers de Nouvelle-Calédonie rentre de plein pied dans le débat sur les valeurs. Dans sa dernière publication, l’association critique la volonté de certains coutumiers de quémander de l’argent à l’Etat pour financer le « Plan Marshall pour la jeunesse kanak » ainsi que l’absence d’un véritable « projet de société commun » calédonien. 

“Dans l’ambiance de morosité actuelle, de remise en cause de la parole donnée et de développement de la « coutume excuse – alibi » (…) il m’est venu à l’esprit quelques réflexions” Ces mots sont signés par le président de la fondation des Pionniers et le moins que l’on puisse dire est qu’ils tapent fort. Dans la dernière “revue culturelle et identitaire” de l’association, Raymond Guepy met donc les pieds dans le plat et revient sur certains grands dossiers actuels liés au mal-être identitaire kanak mais aussi plus généralement aux mauvaises habitudes calédoniennes. Après que les sénateurs coutumiers aient fait savoir qu’ils allaient demander à l’Etat et aux différentes collectivités locales une enveloppe de 25 milliards de francs pour mettre en œuvre le fameux « Plan Marshall pour la jeunesse kanak » (dont le contenu reste pour le moins évasif), celui qui est aussi membre du conseil économique et social a fait connaitre le point de vue de son organisation rassemblant les descendants des colons « peuple fondateur de la Nouvelle-Calédonie moderne », et il est très clair. Selon lui, les trois piliers sur lesquels reposent le maintien et le développement des valeurs sont : l’éducation parentale, la capacité et la volonté de transmettre et d’instruire la jeunesse et l’exemplarité du comportement des personnes faisant autorité. Et pour réaliser tout cela, selon Raymond Guepy, nul besoin de demander de l’argent à personne :

« Si ces trois piliers sont mis en place et respectés, il n’y a pas nécessité d’avoir un budget, de l’argent à solliciter auprès de l’Etat, du gouvernement, des Provinces ou des communes. Lorsqu’on est sûr et fier de ses valeurs, cette transmission se réalise avec efficacité grâce à la cellule familiale directe ou élargie, le cercle des amis et l’ensemble des personnes qui appartiennent à ce groupe culturel (Raymond Guepy, Revue n°49, fondation des Pionniers) »

De plus, le président de l’association estime absurde et inutile de faire appel – à grands frais ce qui est une habitude quasi-générale en Nouvelle-Calédonie – à des experts de métropole ou d’autres parties du monde pour expliquer aux kanaks ce qu’ils sont ou devraient devenir :

« Inutile dans ce cadre de faire appel à des experts, des universitaires, des sociologues et d’autres intellectuels venus de l’extérieur qui se font rémunérer pour vous apprendre ce que vous êtes ou devriez être dans votre propre pays (Raymond Guepy, Revue n°49, fondation des Pionniers) »

Ni culpabilisation, ni victimisation

Saluant le travail des sénateurs et responsables coutumiers en ce qui concerne l’élaboration de la charte des valeurs du peuple kanak rendue public en 2014, la Fondation estime que ce texte ne peut pas être une fin en soi et qu’il n’est pas suffisant pour aborder les grands défis auxquels est confronté le territoire :

« Ce n’est qu’un constat, un état des lieux [NDLR : La Charte], ce n’est pas un projet de société du XXIème siècle. On sait d’où l’on vient, mais où veut-on aller ? N’étant pas un projet d’avenir, elle ne peut mobiliser les jeunes et encore moins les femmes se sentant appartenir à ce groupe culturel puisqu’en préambule on leur annonce que la société kanak est patriarcale (Raymond Guepy, Revue n°49, fondation des Pionniers) »

Dans ce texte, le président de la fondation revient également sur les nécessaires ajustements et adaptations permettant selon lui de construire « une société nouvelle » basées sur les valeurs océaniennes mais aussi sur le droit universel insistant notamment sur le principe « d’égalité des droits » entre tous. De façon apaisée, dépassionnée, souvent originale, Raymond Guepy explique ainsi vouloir lancer un vrai débat sur les valeurs en sortant des poncifs ou des revendications habituelles, d’où qu’elles viennent :

« Je souhaite que ces sujets de société soient régulièrement abordés sans tabou, ni langue de bois dans le parler vrai et en acceptant tous et toutes de se regarder dans le miroir de notre Histoire commune qui a commencée il y a pratiquement deux siècles maintenant et sans esprit de culpabilisation ou de victimisation comme aiment souvent le faire nos conseillers extérieurs. (Raymond Guepy, Revue n°49, fondation des Pionniers) »

Audacieux de la part d’un responsable public et associatif, cette réflexion sur les valeurs calédoniennes et les réflexes des organisations locales quémandant sans cesse des « experts » ou de « l’argent » a déjà fait le tour des réseaux sociaux et de nombreuses boites mail. Un cri dans le désert ou le début d’un débat apaisé et constructif ? L’histoire nous le dira.

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37 Commentaires sur "Valeurs : les “pionniers” donnent de la voix"

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DECENNIE

tout les pionniers sont morts depuis longtemps, aujourd’hui il ne reste plus que les petits fils de propriétaires terriens,! vous êtes aussi pionnier que moi roi de France. “revu culturelle et identitaire” pour un vivre ensemble….c’est broussardesque !

Crabe de cocotier

RG a oublié une chose : il n’y a pas que les colons qui ont fait la Calédonie, il y a aussi les bagnards qui ont beaucoup plus soufferts dans leurs chairs pour la majorité d’entre eux à cause de faits que l’on peut qualifier de péccadilles maintenant.

Pepere

Merci de rappeler que tout ne se fait pas forcément à coups de millions…. que le bon sens est souvent la meilleure des réponses. Malheureusement, cela va à l’encontre de la vision de nos petits politiciens, persuadés qu’ils sont que rien ne peut se faire sans eux et les millions qu’ils distribuent allègrement comme unique solution à tous les problèmes.

Oui Pepere. L’occasion est rêvée: demandons-les à Macron NOS solutions, mais montrons que nous les voulons NOS solutions. La première, et la plus importante de solution, étant celle de devenir un DÉPARTEMENT FRANCAIS A STATUT SPECIAL après les référendums, nous allons le remplir ce VIDE d’après les référendums! Et vous êtes prévenus, il n’y en a pas d’autre de solution ‘durable’, nous ne pourrons pas manger dans deux râteliers à la fois pour toujours, réveillons-nous!…

Barnabaque

Que de platitudes et de basse philosophie. Mon pauvre Raymond, les “valeurs” appliquées ( càd hors de celles considérées comme universelles qui seraient encore contestables) ne sont pas invariables mais changeantes avec les évolutions humaines. Je pense qu’il faut reprendre ton stockwhip et te remettre à courir après tes vaches !!! Rien n’est plus grave que se prendre pour ce qu’on n’est pas.

A voir toutes vos interventions, c’est avec ça qu’on va encore déclencher des événements. A partir d’une réflexion du pdt des pionniers sur le concept de plan marshall pour la jeunesse, les coutumiers Kanak ont posé une vrai question sociétale, la question de son financement reste secondaire même si la somme est importante. Beaucoup de révisionnistes voire de racistes pour certains (tellement ça transpire dans leurs interventions) réagissent au quart de tour, il suffit de vous jeter un os pour déclencher l’hystérie verbale, c’est écœurant, aucune réflexion de fond ni analyse constructive, que de la merde dans les yeux. C’est… Lire la suite »
caledovrais

Merci que ce ne soit pas James Cook qui ait planté le drapeau Anglais sur le caillou les kanaks auraient subis le même sort que les aborigènes en Australie !

Crabe de cocotier

Et maintenant en Australie, y a pas de revendications comme chez nous. Les blancs arrivés en NC, eux, ont préféré les soigner, les éduquer (c’est-à-dire à les empêcher de se battre entre eux de de manger les survivants), etc.

Crabe: ” Et maintenant en Australie…” : Si tu les tues (je parle de ‘génocide, là…) , ils ne peuvent plus revendiquer.
Pour ceux qui sont arrivé récemment sur notre beau Caillou: ils ont d’ailleurs essayé de nous déstabiliser les Pokens anglo-saxons (important de faire la différence…) au début des années 80, en “concert” avec les Libyens…

Merci Marianne

apox
Heureusement que la France n’a jamais établi l’esclavage en NC! Il est vrai que depuis 1853 il s’est écoulé environ 163 ans, c’est peu pour permettre à un peuple de rattraper le retard de la civilisation. Les chinois, les indiens des Indes, pour ne citer qu’eux, ont mis des milliers d’années pour arriver où ils en sont! Dans la “charte du peuple kanak” la femme est reléguée comme autrefois, le “fagot de bois sur l’épaule” et l’autre main tenant les gosses. C’est exactement la façon de voir des musulmans orthodoxes. La femme n’a pas de valeur!!! Il n’y a que… Lire la suite »
le « fagot de bois sur l’épaule » et l’autre main tenant les gosses … Oui ça c’est vrai mais j’en connais une autre … C’est du vécu dans les années 1930 : une femme part au champ au petit matin car le champ se trouve loin … très loin, elle porte un bébé en bandoulière dans un manou sur sa poitrine (on a tous vu ça) dans une main elle a une pioche et dans l’autre un sac tressé … En fin d’après-midi on l’a voit revenir toujours avec le sac et la pioche mais le sac est rempli… Lire la suite »
Crabe de cocotier

Et c’est exactement ce qui est chanté dans les chansons de FO sur la Nouvelle-Calédonie, la femme aux champs, l’homme à la guitare.

P.S. : Pour le vécu ce n’est pas moi, je n’étais pas né, mais mon regretté père qui nous a raconté plusieurs anecdotes de ce qu’il a vu (de ses yeux vu …)

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