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Calédosphère

LES CHRONIQUES DE CATON

Independance day ?

Avoir cru ou pensé qu’il était possible de faire du 24 septembre, la fête du peuple calédonien, aura été une erreur. Pour deux raisons essentielles.

D’abord parce que pendant trop longtemps, le 24 septembre a été la célébration de la colonie, avec discours du gouverneur, revue des troupes et défilé des enfants des écoles. Vouloir transformer sans coup férir cette fête, témoin d’une époque, d’un contexte et d’une politique très IIIème République, en la manifestation de l’émergence de quelque chose d’autre dont on ne parvenait pas très bien à en définir les contours, aura été illusoire. On peut le regretter, mais c’est un fait.

Ensuite, parce qu’il ne pouvait avoir de réelle fête de la citoyenneté qu’à la condition que tout le monde y adhère. Or, ça n’a jamais été le cas. En dépit des recommandations de l’accord de Nouméa et des principes érigés par son préambule, le RPCR de l’époque aura été vent debout contre tout ce qui pouvait témoigner clairement d’un changement de société. Ça n’est pas tout à fait par hasard que la recherche en commun des signes identitaires, destinés à « exprimer l’identité kanak et le futur partagé entre tous », est toujours au point mort dix-huit ans après la signature de l’accord ! N’ayant pas de symbole, sinon un hymne, dont personne ne connaît les paroles, et des billets de banque neufs, rien ne pouvait conglomérer les Calédoniens autour d’une citoyenneté qui reste finalement encore à définir. Car il est peut-être là aussi le problème ! On a mis la charrue avant les bœufs en voulant fêter un concept ni tout à fait conscientisé ni tout à fait admis !

Dès lors, par nature la politique ayant horreur du vide, et personne n’ayant vraiment occupé le terrain, les kanaks indépendantistes, sous la houlette de comités à la bordure du radicalisme, sont parvenus à faire du 24 septembre, la fête de l’indépendance. Sans doute certains y verront un retour de bâton entre ce que fût le 24 septembre, commémoration du rattachement de la Nouvelle-Calédonie à la France, avec tout ce que cette dénomination comporte de torsions de l’Histoire, et ce que nous avons connu ce samedi, à savoir une illustration aux enluminures surchargées et factices, de l’indépendance en marche.

Mais maintenant au moins, on sait ce qu’il nous reste à faire. D’abord éradiquer la date du 24 septembre qui ne manifeste plus rien de ce que nous cherchons à atteindre avec obstination, c’est-à-dire la création d’un espace dans lequel chacun a sa place, quelle que soit sa communauté d’extraction. Mais de manière moins anecdotique, il nous faut enfin décider si l’on veut oui ou non fonder une entité dans laquelle les Calédoniens, à qui l’on demande de créer leur avenir, se retrouvent et évoluent, et pour laquelle la citoyenneté, avec ses droits et ses devoirs, serait le ciment. Tout le monde sait aujourd’hui que ce travail est indispensable nonobstant les résultats du référendum. Les réticences de certains non-indépendantistes exprimées autrefois comme les revendications ethno-identitaires toujours affirmées par l’UC-Sud, l’USTKE ou la DUS, n’ont plus de raisons d’être face à l’Histoire en marche. Il conviendrait désormais d’abandonner ces postures d’arrière-garde et en dissonance avec les aspirations du peuple au vivre ensemble.

Caton

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Observateur attentif de la société, Caton n'est dans ses analyses ni obtus ni extrémiste. Appartenant à une génération calédonienne qui en a vu d'autres, féru d'histoire, ce contributeur tranche au scalpel d'une plume acerbe et aiguisée nos idées reçues sur la vie politique locale. Adepte du Old School, Caton transmet au blog, depuis la fin de l'année 2012, par courrier postal une contribution portant sur un thème d'actualité qui est mise en ligne chaque semaine. Cité par Elisabeth Nouar, dans une de ses chroniques, Caton est l'un des "Sept salopards du net"



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44 Commentaires sur "Independance day ?"

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ditou

“Independance day ?”
C’est bien la question de cette année 2018.

la citoyenneté ne se décide pas par décret,
Elle se constate, comme l’honnêteté politique ou l’imposture…

[… On connaît tous des “loyalistes” qui ignorent la loyauté ! ]

Martin

Toute promesse ou engagement verbal ou écrit maintenant, n’aura plus aucune valeur de contrat dans la kanaky de demain, rien ne les obligera à respecter leur parole d’aujourd’hui tout le reste n’est que supputations de politicard bien naïf ou pactisant avec le diable dans l’espoir de garder quelques avantages acquis.

Machu
Désolé, mais cet article est vraiment léger car il omet toutes les autres manifestations ayant eu lieu sur le territoire, du coup, c’est un coup de gueule dans le vide. J’étais pour ma part à la journée organisée par le Gouvernement à Poum avec toutes les composantes de la Calédonie rassemblée dans une ambiance conviviale et sereine, des discours de partage et d’ouverture, des échanges riches… bref, je crois que le journalisme se fait difficilement si on reste dans les quartiers Sud de Nouméa, hein? Ou alors on évite de parler citoyenneté parce que là, on est forcément à côté… Lire la suite »

“un coup de gueule dans le vide […] si on reste dans les quartiers Sud de Nouméa”

Port-Moselle dans Nouméa-Sud ?
Et puis tu as raison, la ville de Nouméa qui concentre plus des 2 tiers de la population calédonienne n’est guère représentative…

Machu
Bon, je retire quartier Sud, wow, on s’aventure jusqu’au centre ville! Presque la brousse quoi! on peut aussi faire semblant de ne pas comprendre, après tout c’est confortable. Il est clair que cet article est tout sauf exact et qu’il donne une image des célébrations du 24 septembre complètement fausse en ne mentionnant qu’un événement partisan et en déduisant une généralité (journalistiquement c’est simplement minable), piétinant justement toutes les communautés représentées dans les autres fêtes organisées sur le territoire. A Poum : les Wallisiens et Futuniens, les Antillais, les Réunionnais, les Tahitiens, les Kanak qui nous accueillaient et autres Calédoniens… Lire la suite »

Machu, tu n’ajoutes rien à ton post précédent.
Poum est loin des agitateurs principaux de l’UC, tant mieux pour le Nord.
Mais démographiquement et donc représentativement ça pèse peu, hélas, dans la manifestation du 24 septembre à l’échelle régionale calédonienne, même si ça a servi au JT de RFO à faire diversion.

Machu
Parce qu’un événement avec trois pelés et un tondu dans une grande ville a plus d’importance qu’un autre plus peuplé dans une petite ville? Je ne suis décidément pas ton raisonnement, cher Inforétif. ET c’est l’événement du Mwa Kaa qui était une diversion, pas l’inverse!! Haaa, suis-je stupide, en tant qu’Inforétif, il faut comprendre toutes tes infos à l’envers!…. mille excuses, je prenait tout au premier degré, idiot que je suis. C’est tout moi ça. En résumé : RFO est complice d’une machination qui vise à cacher de petits événements avec des gros. Purée, ma vue s’éclaire et tout prend… Lire la suite »
“Parce qu’un événement avec trois pelés et un tondu dans une grande ville a plus d’importance ” Ben oui, c’est justement la rareté des participants dans cette pourtant grande ville qui a une grande signification qui ne peut qu’interpeller tout journaliste normalement constitué, c’est à dire critique ! Mais bon, si à Poum ça a été la communion, plus la peine de s’inquiéter pour le Destin Commun… Toi tu n’es pas rétif, Machu, juste suiveur et en même temps , paradoxalement, têtu. PS : mais si tu crois en 2016 au cliché de “Nouméa la blanche” (est-ce la cas ?),… Lire la suite »

Machu, le problème c’est bien que la vrai journée citoyenne était à Poum et pas à Nouméa…
Même si elle a failli ne pas avoir lieu pour le coup…
Et pourtant le comité du 150ème il était bien là à Nouméa, pas à Poum, mais avec les plus durs, les plus radicaux, toute la clique des anti-ADN…
Et malgré tous ce qu’on peut dire, c’est ce qui compte malheureusement.
Et pas les 1000 personnes qui fêtaient vraiment la citoyenneté dans le nord …!!!

En effet, pourquoi le 24 septembre?
Moi je dis qu’il faut organiser cette fête de la citoyenneté pendant les soldes.
Autant joindre le futile au désagréable.

soldes2010.jpg
Alesiesu

Moi j’étais déçu du discours d’un politicien, en direct du Mwaka. Moi qui est mélanésienne et je fais partie des personnes qui est pour le destin commun. A l’entendre parler la bas, il oublie que c’est la fête de la citoyenneté Calédonienne.

L’avenir du pays n’appartient plus au Kanak mais elle appartient aux enfants qui sont née ici et aux ethnies victimes de l’histoire coloniale.

Barnabaque

Bravo madame. C s’appelle tout simplement de la grandeur d’âme.

ANIAM NC

QUELQUES KNKS BOURRES…A PART CA RIEN….LE VIDE…CA FAIT ENVIE DIT DONC……

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