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LES CHRONIQUES DE CATON

Mort d’une conscience

Dieu s’est-il joué de nous, qu’en nous enlevant Paul Qaeze, il nous rappelle à quelques impitoyables vérités, alors que nous étions embringués dans nos chikayas pour savoir vers où et pour qui il fallait fourguer notre nickel ? Le dies irae, face à nos inconsistances, aura été de faire disparaître un modèle et une conscience. La réalité de Paul Qaeze aura été de mettre cette ambition, qui l’avait conduit à emprunter des chemins qui par nature et contexte lui étaient théoriquement interdits, au service des autres et de sa communauté. C’est là qu’est le modèle. Et pas seulement à destination d’une jeunesse kanak que, par ignorance et convenance bourgeoise on veut en déshérence, mais de tout le pays, de ses structures, de ses élites, de ses ethnies et de ses corps sociaux. Comprenons-nous bien la force que dégageait ce petit homme qui lui permettait d’envisager tous les possibles ? De devenir médecin au sortir de la tribu comme de faire jouer Zidane et Roberto Carlos sur la pelouse de Numa Daly… Tout cela parce que c’était utile et prodiguait du sens…

Et puis Paul, n’en déplaise à ceux qui n’avaient rien compris de lui ou le restreignaient à un périmètre convenu, c’était un engagement. À une heure où le mot se galvaude parce que ceux qui l’emploient se complaisent dans les avantages, les bénéfices, les privilèges. Ce que le docteur Qaeze détenait, il ne le devait qu’à lui et cette fierté d’être son bâtisseur jalonnait son parcours tel des fanaux. C’est important de le souligner au moment où le comportement de tant de nos responsables politiques ou économiques jette le discrédit sur la valeur de l’engagement. Ne rien devoir à personne et ne rien demander, ce qui était son crédo, n’est plus guère partagé par grand-monde aujourd’hui. À ce titre, tous ceux qui, parce que c’est aussi dans l’air du temps, dansent la carmagnole contre les politiques tous pourris, doivent pleurer maintenant le départ d’un tel homme.

En vérité, nous n’avions rien vu de lui. Qu’il nous le pardonne. Les milliers de ces gens qui, dans leur diversité et tout au long de ces jours, ont pris la route de la rue du Cagou à Rivière Salée, pour lui rendre hommage, nous ont décillé les yeux. C’était donc un ciment qui, avec la modestie de l’humble et la vertu de celui qui sait ce qu’il est, collait avec une force inouïe des apparents contraires et des oppositions. Construire pas à pas avec l’obstination des exemples, trouver les convergences pour créer des espoirs, des perspectives, étaient sa raison d’être. En cela, il éclairait la route. Et le chagrin nait de ce qu’ils sont trop rares ceux-là qui nous donnent par leur vie, les moyens de penser qu’un avenir commun n’est pas qu’une chimère.
Nous n’avons pas fini de pleurer.

Caton

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Observateur attentif de la société, Caton n'est dans ses analyses ni obtus ni extrémiste. Appartenant à une génération calédonienne qui en a vu d'autres, féru d'histoire, ce contributeur tranche au scalpel d'une plume acerbe et aiguisée nos idées reçues sur la vie politique locale. Adepte du Old School, Caton transmet au blog, depuis la fin de l'année 2012, par courrier postal une contribution portant sur un thème d'actualité qui est mise en ligne chaque semaine. Cité par Elisabeth Nouar, dans une de ses chroniques, Caton est l'un des "Sept salopards du net"



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7 Commentaires sur "Mort d’une conscience"

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Jibene

Lui a été capable de rester fidèle à sa culture et à s’ouvrir à une autre… Puisse son exemple inspirer bon nombre de nos concitoyens qui, pour l’heure, restent enfermés dans leur seule culture…

cheval

Merci pour ce bel hommage à titre posthume. Dommage qu’on ne reconnaisse la valeur de certains de nos pairs qu’après qu’ils nous ait quitté.

Anonyme

Super hommage je lai vu une fois et il ma inspiree
Par sa reussite que dieu bénisse son ame

personne

les roues qui coincent sont celles qui font du bruit, les roues qui portent la charge restent silencieuses .. adieu mon frère.

“Construire pas à pas avec l’obstination…”
Paul était un bâtisseur, un vrai.

bendidon

Oui, merci pour lui.
Bien écrit.

Bel hommage, que je partage …

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