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Calédosphère

LES CHRONIQUES DE CATON

Ici règne le non-droit

Issue du jargon politico-journalistique, la zone de non-droit désigne une partie de la cité ou une région dans laquelle l’ordre ne s’applique plus et où prospère la délinquance. Ce qui s’apparentait autrefois au délire sécuritaire de quelques-uns est désormais une réalité, prégnante en métropole, mais tout aussi palpable chez nous. Il y a des quartiers, des rues, des tribus dans lesquels policiers et gendarmes ne se rendent plus, sinon en force pour des actions ciblées et ponctuelles. Des squats, des rues des quartiers nord, des zones et des tribus du Mont-Dore, de Canala, Thio, Kouaoua, pour ne citer que ces quelques exemples, sont ainsi concernés par le non-droit. Tout ça n’est pas une vue de l’esprit, mais un constat.

Ces zones de non-droit sont le territoire de bandes plus ou moins nombreuses de jeunes qui agissent en toute impunité. En Nouvelle-Calédonie, la délinquance est le fait quasiment exclusif de mineurs ou de jeunes majeurs essentiellement kanak, spécialisée dans le vol, le cambriolage, la destruction de biens et l’agression. La délinquance de recel ou des trafics en tout genre, notamment du cannabis, est l’apanage des plus âgés. L’impunité tient à plusieurs facteurs : l’ordonnance de 45 sur les mineurs, le manque de place au Camp Est, la prééminence dans le corps judiciaire de la prévention sur la répression… À cela s’ajoute ce qui est inhérent à la déliquescence de notre corps social, à savoir : la démission des parents, l’obsolescence de la coutume et le refus de l’école à promouvoir la discipline, le mérite, le respect. Bref, sous nos yeux, tout se délite dans une sorte d’indifférence générale basée sur la peur, l’égoïsme et le repli sur soi. Tout ça n’est pas une vue de l’esprit, mais un constat.

En Nouvelle-Calédonie, la délinquance progresse inexorablement. Elle a même tendance hélas à devenir plus violente, presqu’irraisonnée, en particulier chez les auteurs, garçons et filles, les plus jeunes. Et c’est un vrai danger. Or, si la délinquance augmente, en dépit des circonvolutions des pouvoirs publics pour tenter de contenir dans des proportions « acceptables » chiffres, taux et statistiques, cela ne signifie pas pour autant que les délinquants croissent et se multiplient. Les faits de délinquance sont l’œuvre d’un nombre finalement assez réduit de petits malfrats, souvent parfaitement identifiés et localisés, généralement récidivistes et dont la peur du gendarme ou de la prison a disparu chez eux depuis longtemps. Tout ça n’est pas une vue de l’esprit, mais un constat.

Maintenant ces constats sont dressés, que fait-on ? Le mieux est de nous asseoir sur le bord du trottoir, de nous prendre la tête entre les mains et nous lamenter sur notre sort. Il faut bien avouer que notre société n’a plus les ressorts nécessaires ni même la volonté, pour replacer quelques valeurs au cœur du dispositif. Sans doute, avons-nous laissé filer les choses depuis trop longtemps et trop loin… À moins que, à l’orée de périodes économiques et sociales délétères et fragiles, nous ayons enfin collectivement conscience que les choses ne peuvent plus durer en l’état et qu’il convient enfin de nous pencher sérieusement sur le problème. Un vœu pieux ? Qu’importe, à la nouvelle année, c’est la bonne période…

Caton

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Observateur attentif de la société, Caton n'est dans ses analyses ni obtus ni extrémiste. Appartenant à une génération calédonienne qui en a vu d'autres, féru d'histoire, ce contributeur tranche au scalpel d'une plume acerbe et aiguisée nos idées reçues sur la vie politique locale. Adepte du Old School, Caton transmet au blog, depuis la fin de l'année 2012, par courrier postal une contribution portant sur un thème d'actualité qui est mise en ligne chaque semaine. Cité par Elisabeth Nouar, dans une de ses chroniques, Caton est l'un des "Sept salopards du net"



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26 Commentaires sur "Ici règne le non-droit"

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erwitz

ya qu”a Nouméa quand voit sa ont brousse ya pas tout sa…désolé

z
Que fait t’on? rien! tout ceci à commencé sur un chemin de campagne en 1988 entre responsables politiques avec un objectif affirmé de 10 ans, Le tout validé par le peuple F Un autre chemin de campagne 10 ans plus tard, validé par le peuple C qui n’a pas vu le piège, les négociations ayant été volontairement menée dans les cordes du 12ème round. Filigrane final c’est cela ou la guerre à nouveau! Au bout du compte des accords de Nouméa signé en rase campagne que reste t’il en terme de compétence finale dans nos années future? Justice, police! et… Lire la suite »

Le coupable n’est pas l’arme qui a tué, c’est la main qui la tenait.
C’est pareil pour la délinquance. Les vrais coupables ce ne sont pas les délinquants. Eux ne sont que les sous-produits dégénérés de notre société. Les vrais coupables sont ceux qui ont le pouvoir de les arrêter et de faire appliquer les lois, mais qui ne le font pas.

Giorgio

À l’inverse de l’objet utilisé pour blesser ou tuer, l’humain possède ce qu’on appelle le libre arbitre ainsi que le capacité de réflexion.
Il me semble un peu simple de dire que les réels responsables sont ceux qui peuvent mais n’agissent pas pour les arrêter.

Certes le pouvoir exécutif est largement déficient dans notre pays mais tout de même, de là à tout lui coller sur le dos.

C’est un choix individuel que de frapper quelqu’un ou de lui tirer dessus, tout comme c’est un choix individuel que de s’alcooliser ou se droguer.

Certes, il existe le libre arbitre, mais une grande partie des gens intelligents et cultivés semblent ignorer qu’il existe aussi d’autres catégories d’humains plus ou moins évolués. Les hommes n’ont pas tous le même sens de la logique et de la morale. On trouve de tout, et même de l’ignoble. Certains n’ont aucune idée de ce que signifie le mot respect. Certains deviennent végétalien par un sens exacerber du respect de la vie, d’autre n’hésiterai pas à tuer la dernière baleine si ça rapporte assez de fric. Nous vivons dans une société évolué qui est censé appliquer des règles de… Lire la suite »

“Les vrais coupables ce ne sont pas les délinquants. ”

Un peu quand même, non ?

Ma_Thy

@Inforétif Tu comprend que c’que tu veux comprendre toi ! ???

Kenz

Malheureusement force est de constater la montée de la violence gratuite, devenue banale et où le droit et le respect n’ont plus de valeur. Nous sommes nous population, enfants, parents, travailleurs, les otages et les victimes de cette Violence libre, autorisée par la politique hypocrite du gouvernement trop occupé à faire du lobby.
Il n’est pas toléré de laisser agir cette violence, il faut agir maintenant. Nous vivons dans l’insécurité, cette violence extrême et gratuite gagne du terrain, elle entre dans les foyers, elle nous empêche de circuler librement, elle viole notre intimité, il est temps d’agir !

mimi

C’ est vrai il est temps d’agir ça craint. Il y a eu quand même 1meurtres1 assassinat

Ben oui, mais maintenant ils rentrent carrément dans les maisons pour planter au couteau et même y foutre le feu avec la personne dedans…. Je vous l’ai dit: Chicago, Chicago…….. Bravo l’Etat ! (de non droit…)

Calcyt

Bel article de Caton, didactique, factuel et argumenté, qui témoigne d’un changement de cap idéologique du Parti. Du moins en terme d’affichage et de com. Il y a peu encore, au Parti, causer sécurité, c’était démagogique et populiste… 2017 et ses échéances électorales, c’est déjà demain. Certains ont en manifestement pris conscience. 🙂

Arnaud-Christian TARABELLA
Arnaud-Christian TARABELLA

“L’impunité tient à plusieurs facteurs : l’ordonnance de 45 sur les mineurs, le manque de place au Camp Est, la prééminence dans le corps judiciaire de la prévention sur la répression… À cela s’ajoute ce qui est inhérent à la déliquescence de notre corps social, à savoir : la démission des parents, l’obsolescence de la coutume et le refus de l’école à promouvoir la discipline, le mérite, le respect.”

“Observateur attentif de la société, Caton n’est dans ses analyses ni obtus ni extrémiste. “

Et sinon, Arnaud-Christian TARABELLA, vous avez un diagnostic personnel sur les causes de ces zones de non-droit en “Kanaky” ? Je suis tout ouïe.

Vous pouvez même nous le faire en vers, Arnaud-Christian TARABELLA, si vous y tenez. (mais faudra fournir le décodeur, tant vous êtes opaque et aux fraises).

“Tarabella”? ça se traduit par “belle tare”?

Heureusement d’ailleurs !!

X

Faut pas être aussi pessimiste, voyons!

En d’autres temps, d’autres bandes de racailles faisaient aussi régner la terreur…

Puis des justiciers leur ont donné une petite leçon: vite fait, bien fait, pas de blessés, pas de prisonniers. Du pur bonheur!

Quelque chose me dit que ça ne va pas tarder à ce reproduire: les mêmes causes ne provoquent-elles pas les mêmes effets?

Quant à l’argument de la mine, qui engendrerait ces raclures, faut pas pousser quand même: elle les nourrit et leur permet même de s’imbiber très souvent…

LOL

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