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Le “Plan d’Urgence Nickel” ou rien ?

Malgré des divergences profondes, l’ensemble des acteurs du secteur soutiennent le Plan d’Urgence Nickel mis en œuvre par le gouvernement. En vérité, des « petits mineurs » aux associations en passant par les partis politiques, au regard de la situation, personne n’a trouvé mieux à offrir… Retour sur un dossier sensible.

Qu’y a-t-il exactement dans le Plan Urgence Nickel ? Car du tonitruant Wilfried Maï au groupe Ballande, l’ensemble des personnalités impliquées dans le conflit des rouleurs d’aout 2015 ont salué la mise en œuvre d’un dispositif proposé et présenté par Philippe Germain, celui-là même dont une grande partie des petits mineurs exigeait la démission de son poste de président de l’exécutif il y a encore quelques mois.

Tout le monde est content

C’est ainsi que Max Foucher, l’un des principaux responsables de ContraKmine et cheville ouvrière du conflit des rouleurs a défendu dès le lendemain de l’annonce la mise en route de ce plan :

« On ne peut être que confiant, parce que ça va dans le sens de nos réclamations que nous avons établies au mois d’aout. Il est sûr et certains que nous avons perdu 7 mois. Mais maintenant c’est des projets, c’est une volonté commune de toutes les composantes politiques d’aller dans ce sens-là (…) n’empêche ça a pris une bonne route (Max Foucher, RRB le 09/03/2016) »

De même, du côté du syndicat des exportateurs, Xavier Gravelat a affirmé sur RNC que les mesures proposées par le plan d’urgence étaient une « bonne chose », notamment concernant les futures nouvelles demandes d’exportation. Quant à la SLN, sur les mêmes ondes, son directeur général s’est félicité de son application :

« Sur le plan d’urgence du gouvernement, je voudrais saluer cette initiative, cette initiative qui, nous dit-on, fait consensus donc ça c’est important pour nous de savoir que l’ensemble des pouvoirs publics soutiennent le secteur (Jérôme Fabre, RNC, le 11/03/2016) »

Reste à comprendre pourquoi les mesures annoncées ont conduit à une telle unanimité chez les métallurgistes comme chez les mouvements politiques…

Sept propositions d’aide

Tout d’abord, afin de satisfaire les défenseurs de l’usine du nord et donc de la SMSP, les besoins en minerais de la société Nickel Mining Company (SNNC) seront couverts tout le long de l’année 2016 par tous les mineurs calédoniens. C’est ainsi que le groupe Maï (MKM), en difficulté il est vrai, voit une opportunité d’exporter cent mille tonnes de minerai supplémentaire cette année à destination de la Corée du Sud. Ensuite, la SMGM (groupe Montagnat) devrait voir renouveler son autorisation d’export vers le Japon (pour 480.000 tonnes /an). Une décision que s’est engagé à prendre le gouvernement avant le 31 mars prochain.

Surtout, les partenaires ont statué quant à la rééxamination du dossier d’exportation de minerai de nickel vers la Chine mais seulement « en substitution » des volumes accordés vers l’Australie. Deux millions de tonnes par an sont ainsi susceptibles d’être vendus (à proportion égale entre les mineurs) à des métallurgistes chinois pour une durée n’excédant pas 18 mois. Ce point, on s’en souvient, était considéré comme la pomme de discorde entre les partisans de la “doctrine nickel” et les tenants de l’exportation libre. Reste que les mineurs devront privilégier des usines chinoises ne fabricant pas de Pig Iron (lequel fait concurrence aux usines locales). On ne sait cependant pas encore de quelle façon et avec quels moyens le gouvernement local entend contrôler ce qu’il adviendra du minerai calédonien une fois sur les rives de l’empire du milieu…

Le quatrième point reste le plus flou. Le GTPS (réunion des présidents et des signataires) avait en effet demandé à l’exécutif de réétudier les autres demandes d’exportation. Mais celles-ci seront liées à divers critères incluant notamment l’intérêt pour l’ensemble du secteur de les voir se réaliser. En définitive – ce que ne reconnaissent pas les acteurs – c’est que le « boum » conjoncturel des prix du minerai étant passé, l’intérêt financier de multiplier les exportations a fortement diminué depuis plusieurs mois. Dans ce domaine, les “bonnes affaires” n’auraient pu être réalisées que sur une partie de l’année 2015. Un point sur lequel les institutions ne se sont que prudemment avancées : l’instauration d’un prix plancher. A l’instar des Philippins, les mineurs sont – librement – invités à s’inspirer de ce modèle en fixant un coût minimal pour le minerai exporté. Si l’idée peut faire son chemin, nul doute cependant que dans cette affaire et sans une décision politique, on voit mal comment les mineurs pourraient accepter au nom de l’intérêt général de se mettre une balle dans le pied en diminuant leur marges de négociation avec leurs différents clients.

Un fonds nickel pour tous ?

La situation de crise étant avérée, l’intervention du fonds nickel a été inscrite dans le plan d’urgence et mise en œuvre le 15 mars dernier. Avec les deux milliards dont il dispose le fonds doit principalement venir en aide aux sociétés qui ont vu ou verront leur chiffre d’affaire diminuer de plus de 25%. Autant dire que les « petits mineurs » ne seront vraisemblablement pas concernés par la mesure car même s’ils subissent la baisse des cours, on imagine mal le groupe Ballande (2.3 milliards de bénéfices en 2014) ou encore le groupe Montagnat (474 millions de bénéfices en 2014) voir leur CA diminué dans de telles proportions. En fait, cette mesure qui équivaut à la prise en charge d’une partie des cotisations patronales ne devrait s’appliquer qu’aux nombreux petits sous-traitants du secteur (foreurs, fondeurs, laboratoires d’analyses, cabinets d’étude, …,) raison pour laquelle les experts de la DIMENC estiment que 270 millions suffiront, du moins pour ces prochains mois afin de préserver environ 400 emplois. A ceux-là se rajoutent quelques 330 millions pour des travaux environnementaux aux abords des centres miniers. Une proposition qui a naturellement le soutien des organisations environnementales et des communes minières.

Les adversaires de Germain n’avaient rien de mieux à proposer…

En définitive, si ce plan d’urgence peut sembler fragile, voire même timide, face aux secousses du marché du nickel et plus généralement face à la crise du marché mondial des matières premières, il n’en reste pas moins que de la SLN à Maï, en passant par Ballande ou Montagnat, personne n’avait mieux à proposer. Au regard de la situation calédonienne et des possibilités offertes par les pouvoirs publics (provinces et gouvernement), l’unanimité autour du plan d’urgence nickel n’a fait que démontrer que l’ensemble du secteur minier sait que la crise va être extrêmement importante et que, d’une manière ou d’une autre, les choses ne seront plus les mêmes lorsque les cours remonteront (si jamais ils remontent prochainement).

Obama pas sympa

D’autant plus que, sans le savoir, en continuant sa politique de rapprochement avec Cuba, le président américain risque bien de fragiliser davantage la situation de la SLN et donc de l’économie calédonienne. En effet, les Etats-Unis sont l’un des principaux clients du métal nickel « SLN 25 » du groupe Eramet. Or, les réserves de nickel de Cuba figurent parmi les plus importantes au monde (la région de Guantanamo renferme ainsi à elle seule des gisements supérieurs encore aux réserves du Koniambo). Si l’embargo à destination de l’île prenait fin prochainement, le gouvernement cubain qui veut porter sa production à 120.000 tonnes d’ici 2020, pourrait donc l’écouler facilement aux usines métallurgiques de la “Belt Rust” comme le fait aujourd’hui Eramet. Et ce, bien évidemment, à un coût inférieur. Comme quoi, si même Obama s’en prend aux intérêts du nickel calédonien, les responsables locaux ont bien raison de ce serrer les coudes…

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Officiant en free-lance pour plusieurs périodiques et médias calédoniens, cette pigiste professionnelle a rejoint l’équipe des contributeurs de Calédosphère depuis 2013 sous son nom de plume « Rita ». Spécialisée dans l’actualité quotidienne, elle se plait à y dénicher des sujets non-traités par les autres médias et à couvrir les évènements sensibles. Synthétique, réactive et parfois provocatrice elle essaie toujours d’écrire de manière claire, précise mais avant tout vivante. Son crédo : « Si ça pique, c’est un bon sujet »



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35 Commentaires sur "Le “Plan d’Urgence Nickel” ou rien ?"

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Suite aux propos de D.Goa ce soir au JT, on comprend qu’au Gvt l’UC va soutenir Ballande et Foucher sur le sujet des exportations vers la Chine, donc pas de blocages mardi.

Mauvaise nouvelle pour le marché, la production chinoise de NPI (low grade) à très faible teneur en nickel est à la hausse à une forte hausse de la demande. En clair, il se vend de plus en plus de NPI avec de moins en moins de Ni dedans. Il faut savoir que le NPI est vendu selon son pourcentage en nickel pur contenu, 4 à 6% pour le “low grade”. Avec de teneur si faibles en Ni, le pig iron peut se multiplier comme des petits pains et peut se vendre à des prix très bas. Le NPi est bel… Lire la suite »

Les Philippines ont compris qu’il fallait fermer le robinet (-20%) des exportations de latérites vers la Chine pour favoriser la remontée de cours et sauver leur industrie du nickel.

Chez les nouz-ôtes, on est les plus intelligents du mânde et on va fournir à la Chine les latérites qui lui manque pour continuer à nous ruiner.

“Nickel ore producers in the Philippines, the biggest supplying country to China after Indonesian export ban on unprocessed minerals since early 2014, agreed earlier this month to cut output and exports by as much as 20 percent in 2016 due to weak prices. “

091215-shooting-yourself-in-the-foot.jpg
Antipodeanman2207S

Après le plan d’urgence Nickel de notre ineffable président de Gvt M. GERMAIN, un contributeur de ce blog nous gratifiera -t-il d’un mémo pertinent sur l’article des Nouvelles du jour page 2 qui le mérite grandement : “La santé de demain au menu des élus”.
Car là on a vraiment atteint un summum !

Bon alors tu développe ton propos ???
C’est pas le tout de balancer un commentaire, c’est quand même mieux d’expliquer ton propos, non ?

C’est à dire…???

NoComment

Qu’en est-il du haut commissaire qui devait envoyer 15000 lettres aux 15000 personnes qui doivent faire des démarches pour l’inscription sur les listes électorales référendaire.
Je change de sujet, déso mais c’est important car il semble que très peu de personne l’aie reçue.

ditou

no comment
Il se pourrait qu’ils attendent que la liste des provinciales soit enfin établie, vu que certains avaient été radiés et qu’ils ont du refaire leur dossier, qui devait s’achever le 25 mars, donc dés qu’ils auront statué sur ces cas, et réintégré ce qui doivent l’être. On passera à la liste référendaire.

Enfin c’est ce que je pense.

Il n’a jamais été question de 15000 courriers, mais1000…!!!???

José paldir

le saviez vous?les japs se barrent au 31 mars de Vale NC laissant Vale à 95% face la calédonie 5%
http://www.usinenouvelle.com/article/la-crise-du-nickel-caledonien-fait-tanguer-le-caillou.N384170
c’est le plan nickel japonais … bref ça va mal à 100%

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