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Qu’est devenu le drapeau indépendantiste ?

Malgré les deux accords de paix de 1988 et 1998, il y a toujours eu une tension politique normale et quasi-permanente en Nouvelle-Calédonie, celle de l’opposition entre ceux qui veulent l’indépendance et ceux qui n’en veulent pas. Un marqueur de cette tension est le drapeau indépendantiste, à l’origine celui du FLNKS et que l’on appelle communément aujourd’hui «le drapeau Kanaky»; le nommer ainsi, c‘est lui donner son « sens fort » puisque c’est celui dans lequel veulent aller ceux qui le défendent car il est devenu indissociable du projet politique dont il est le symbole; c’est donc ce que nous ferons dans cet article pour que les choses soient claires. Cette tension peut être par moments a minima, mais depuis quelques temps les épisodes de montée se font plus nombreux et se resserrent. Pour quelle raison ? L’émergence d’un discours politique que l’air du temps qualifierait de « radical », dans une dérive vers la surenchère politique. Discours qui, combiné à d’autres facteurs que nous allons développer, créent un tout; et ce tout amène une question qu’il est temps de se poser : Qu’est devenu le drapeau indépendantiste ?

Pour bien commencer, le drapeau Kanaky, c’est aujourd’hui et depuis la forte montée de la délinquance, celui qui figure sur les tee-shirts des trublions kanak qui sont de plus nombreux et surtout de plus en plus violents ; souvenez-vous de cette célèbre photo extraite d’un réseau social où on voyait 5 ou 6 individus portant fièrement leur tee-shirt coloré bleu rouge vert, parmi lesquels celui qui pointait une arme à feu, celle qu’il avait volée à un gendarme. Souvenez-vous de ce bref extrait télévisé de la visioconférence entre le Palais de Justice de Nouméa et Brice Kamodji détenu en Métropole; pareil. Pareil pour William Décoiré; le tee-shirt drapeau Kanaky du délinquant multirécidiviste. Ce drapeau est devenu celui de la frange délinquante, violente, haineuse de la jeunesse kanak; ceux qui vandalisent, qui taguent et encrassent fièrement la ville, ceux qui volent et brûlent les voitures, qui cambriolent, parfois avec violence. Il motive et justifie idéologiquement cette délinquance qui de ce fait est devenue politisée : cela a été déjà dénoncé à juste titre et est même revendiqué par les actants. Et pour élargir cet éventail, ce sont les couleurs affichées sur les tee-shirts d’individus visiblement sans avenir et sans éducation qui traînent en bande en ville. Enfin, nous avons tous eu connaissance, par la presse et les réseaux sociaux, de ces agressions racistes envers des Européens mais aussi d’autres ethnies. Et c’est, on ne peut en douter, les couleurs dans lesquelles se reconnaissent les auteurs de trois meurtres d’hommes européens en 2015 et 2016 : Mr FELS à Thio, Mr MONTEIRO, Mr DETEIX. Pas de simples meurtres, mais meurtres avec atrocités; histoire d’exprimer peut-être ce qu’on ressent…

Nous arrivons à la sortie de l’Accord de Nouméa, période d’incertitude politique qui forcément ne peut que nourrir cette tension, qui pourrait rester normale mais modérée et ce du simple fait d’une volonté citoyenne et politique responsables. Malheureusement, ce n’est pas le cas; certains « leaders » indépendantistes peut-être en mal d’envergure politique, en mal d’être aimés par la population kanak, ont décidé de jouer à fond la carte de la radicalisation et la surenchère; ainsi apparaissent comme une génération spontanée des « nationalistes » qui revendiquent que les Kanak doivent être inscrits automatiquement sur la liste référendaire; les Kanak, pas les autres. Au vu de leur discours, de leurs exigences nauséabondes, le drapeau Kanaky se renforce dans le mauvais sens; c’est maintenant l’étendard de ceux qui mettent en avant leur génétique kanak, génétique qui, si vous ne l’avez pas, ne devrait pas selon eux vous donner le droit d’inscription automatique sur la liste électorale spéciale. C’est maintenant l’étendard d’une primauté raciale sur les autres: quelle horreur, ça nous rappelle quelque chose. Peut-être que pour savoir qui est Kanak et qui ne l’est pas, ces gentils nationalistes du rein (si, le rein, l’organe qui purge le corps) souhaitent à l’instar des Nazis, prendre des mesures sur le crâne et le visage des gens pour déterminer leur race et ainsi savoir s’ils peuvent précisément être inscrits d’office ou pas; parce que faudra aussi faire le tri parmi les métisses, entre les peaux foncées et les trop claires…

Pour finir cette éloge en fouillant un peu plus loin dans l’Histoire de ce pays, faut-il rappeler qu’avant cela, les couleurs bleu rouge vert ont été sur une période qui s’étale sur les deux dernières décennies (on partira des années 90 et on s’arrêtera à un « tournant » : les émeutes sur l’aéroport de Magenta en 2009) associées à un syndicalisme ethnique et violent où l’usage décomplexé de la force physique, de l’intimidation, du blocage –dont étaient victimes la population — était le fait d’hommes très majoritairement kanak. A la fois violent et aux relents ethno-politiques peu rassurants. Mais aussi, et ce n’est plus un secret pour personne, à un syndicalisme mafieux dont les pratiques (attributions de postes sur critères ethniques, défense d‘individus indéfendables sur le simple critère de leur appartenance raciale) étaient tout aussi peu rassurantes. Syndicalisme qui a fini par tomber les masques et s’est ouvertement politisé pour rejoindre récemment les rangs de la dernière mouture du mouvement indépendantiste: les « nationalistes » et leur primauté raciale ouvertement revendiquée.

Faisons la synthèse de tout cela: surenchère politique, surenchère syndicale, surenchère de la délinquance –de plus en plus répandue et de plus en plus violente et politisée, il y a là une synergie qui fait un tout. Avec l’émergence récente de ce discours politique radical, ce drapeau Kanaky est irrémédiablement devenu celui d’un projet de société ethno-centré, donc inégalitaire et discriminant, et peut-être même violent. Car tous ceux d’entre-nous qui ont vécu des petites mésaventures savent qu’il est aussi le drapeau de certains individus, ignards désoeuvrés haineux et racistes qui ne se privent d’accompagner leurs insultes de paroles d’exclusion (« T’es pas chez toi ici ») envers les Européens, les Wallisiens, les Tahitiens, les Indonésiens, les Vietnamiens et les autres. C’est aussi celui de quelques-uns qui rêvent secrètement d’un nouveau 84 pour prendre les armes et tuer des non-kanak. Nous remarquerons au passage que les acteurs politiques « nationalistes » de cette volonté de tension méritent amplement d’être qualifiés aujourd’hui de guignols (déjà qualifiés de turlupins) puisque que à l’autre extrémité du spectre politique indépendantiste, on trouve des hommes qui ont l’intelligence et la hauteur de vue d’appréhender cette période de sortie de l’Accord avec calme et sagesse. Il est vrai que les hommes ne sont pas tous égaux intellectuellement; c’est peut-être à cela que l’on reconnait les vrais hommes politiques des agitateurs opportunistes en mal d’existence — et peut-être de sang.

Après des années d’augmentation de la délinquance violente, haineuse et politisée, les récentes postures idéologiques radicales à l’approche de la sortie de l’Accord sont venues boucler la boucle. Le résultat en est que le drapeau Kanaky est devenu clivant. Il n’est pas rassembleur. Bien au contraire, il rebute, il suscite — à juste titre — la crainte, car il porte aussi sur lui la salissure qu’est cette délinquance dont les motivations sont claires. Mais surtout, et pire encore, il trahit l’hypocrisie et le mensonge dans la bouche de certains politiciens indépendantistes lorsqu’ils osent prononcer les mots « destin commun », expression qui en elle-même insinue une société multiethnique dans l‘égalité. Il n’y a pas de « destin commun » si les règles ne sont pas communes à toutes les communautés ethniques. Il n’y a pas de destin commun si on instaure une primauté raciale des uns au détriment des autres. Il faudrait que la petite clique de guignols « nationalistes » se calme parce qu’en donnant ainsi une image désastreuse de l’homme kanak et du projet politique indépendantiste « Kanaky » , ils ne font rien pour rassurer et apaiser ( tiens, ce mot me fait penser à quelqu’un) les relations entre les différentes communautés qui peuplent ce territoire à un moment charnière de son Histoire. Comment pourrait-on s’étonner que leur « projet de société » ne fasse pas adhésion en dehors de la communauté kanak ? Il faut être soit idiot, soit fourbe.

Le drapeau Kanaky est à la fois la preuve matérielle et le symbole que ce qu’il était au départ a peu a peu échappé au contrôle du politique ( au sens noble du terme) et a été approprié par des individus –à des niveaux différents de la société– aux actes et paroles aussi peu reluisants que rassurants. Et dans le psyché collectif, cette appropriation par les délinquants, par les syndicalistes peu recommandables, par des politicards kanak au racisme mal dissimulé, ne peut qu’avoir l’effet de faire que ce symbole se retourne contre eux dans l’image qu’il véhicule et en toute logique il augure d’un avenir peu glorieux dans l’esprit de tous les non-indépendantistes de ce pays. Pire encore, parmi les coupables de ce mécanisme, on trouve des politiciens qui ont instrumentalisé –ou cautionnent du bout des lèvres– la délinquance violente qui se reconnait dans ce drapeau, car cela sert les aspects les plus sombres et inavouables de leur cause. Mais c’est une arme à double tranchant. Arrivé à ce point, lorsque le Sénat Coutumier nous dit que « le peuple kanak est un peuple sinistré », on ne peut qu’acquiescer mais pour aller plus loin: oui, il s’est plus lui-même sinistré qu’il ne l’a été par d’autres. Et le drapeau est indissociable de cette triste évolution des choses… puisqu’il en est la motivation. Dans le petit monde politique kanak, et peut-être aussi coutumier, une grande réflexion, une grande remise à l’heure des pendules s’impose et ce dans l’intérêt de tous.

Sur le plan institutionnel, et dans la vie de tous les jours, le bleu blanc rouge ne différencie pas les citoyens dans leur droits, sur un critère de couleur de peau. On ne peut pas en dire autant du bleu rouge vert tel que l’agitent maintenant certains.

Devenir la Kanaky est la pire des choses qui puisse arriver à ce pays et ses habitants.

Mister Eric

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Kanaky
Kanaky

Mister eric le drapeau kanaky on la choisie le peuple kanak la adopté cela s’appel une revolution. Ce drapeau c’est l’embleme de notre identité qu’on soit riche pauvre delinquant ou autre.

revolution
revolution

“il s’est plus lui-même sinistré qu’il ne l’a été par d’autres.”

Cette phrase prouve sans équivoque que tu ne connais pas le peuple kanak, et son histoire, ton article est juste à sens unique, toujours le même discours fatiguant, au lieu de tendre la main, d’ouvrir le dialogue tes paroles sont un mur qui ne devrait exister que dans ta tête de colon arrogant incurable et toxique. Jurons inutiles merci.

Eric

Revolution,

Mister Eric, fait exactement le contraire de ce que tu dis…

Il détaille simplement le problème qui fait qu’une poignée de voyous non représentatifs d’une ethnie, plante l’ensemble…

Carlus
Carlus

Révolution ??? Commencez par révolutionner vos trois neurones, cela vous permettra, peut-être, de prendre suffisamment de recul pour vous rendre compte de l’insondable bêtise de vos propos. Tendre la main ? La France ne fait que cela depuis des décennies et pour quel résultat ? Elle se fait cracher dessus ! Dans FLNKS, on trouve deux termes qui ne trompent pas : national et socialiste…! Non seulement la comparaison avec le régime nazi n’est pas usurpée dans les faits mais en plus, vous la revendiquez jusque dans votre appellation commerciale. Si toxicité il y a, on sait pertinemment de qui… Lire la suite »

NoComment
NoComment

“Dans FLNKS, on trouve deux termes qui ne trompent pas : national et socialiste…” moi j’en vois 5 : ces lettres ont du sens… a ne pas oublier que ca rime avec IKS

Qd au drapeau, il va devenir le drapeau de la ‘petite nation’ faut le savoir

XXX
XXX

L’existence d’une certaine porosité entre la délinquance et la revendication identitaire Kanak est de plus en plus évidente. Comme le ver dans le fruit, cette proximité dessert à coup sûr la cause indépendantiste. Les borderlines de tout poil, jeunes et moins jeunes, n’en demandaient pas tant pour justifier leurs actes délictuels et leurs comportements asociaux. Paradoxalement, la maturité et le calme dont fait preuve la population impactée au quotidien par les troubles de Saint Louis de ces derniers mois met en évidence, en creux, une autre réalité de la société calédonienne : celle que confère le sentiment profond d’être dans… Lire la suite »

John_Lax (Rev 2.0)

Mister Eric, derrière un tel filtre manichéen, Ton monde calédonien ne peut que vivre dans l’Intolérance permanente..! Tu associes les choses mais c’est pour démontrer qu’une seule nuance est positive, pas une seconde tu n’espères une somme non nulle dans la diversité des tendances politiques ..Y a peu de degré de liberté dans ton intention, dans ta manière de postuler,, comme à ton habitude ? j’espère me tromper sur ton pavé/paquet de mots….!

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