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Le destin commun au passé, au présent et au futur

Suite aux accords de paix de 1988 et 1998 et la volonté de mettre fin aux divisions  et antagonismes ethniques et politiques qui ont mené la Nouvelle-Calédonie à une situation de quasi guerre civile pendant les années 80, au-delà des changements institutionnels et actes de réparation envers la population kanak, un terrain consensuel, un geste symbolique a été trouvé; l‘expression « le destin commun », est devenue un terme rassembleur et pacificateur, un projet grand et noble pour trouver la voie d’un avenir apaisé pour les populations diverses et multiples de la Nouvelle-Calédonie.

C’était un futur à construire, mais ceci était-il une nouveauté ? Qu’est-ce que le destin commun ? Un ami kanak du Nord m’a dit une fois qu’il a toujours existé, que tous ces gens en brousse, Kanak, Blancs, métis et autres, n’ont pas attendu ce vocable pour vivre ensemble, se croiser, se côtoyer tant dans l’espace public que privé, partager un certain état d’esprit, un certain humour peut-être aussi. Il a existé dans le passé contemporain, il existe dans le présent malgré nous le savons tous, l’Histoire triste et douloureuse qu’on été les rapports inter-ethniques et le cadre juridique colonial d‘une époque. Ces gens, toutes ethnies confondues, ont triomphé d’un passé obscur et ont construit sans même la nommer ainsi, une communauté de destin.

Mais aujourd’hui ce concept « post-événements » constitue un projet politique d’avenir et il est devenu un élément de langage incontournable du discours politique calédonien. Chez les partisans du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France son usage ne pose pas problème dans son sens et dans sa sincérité malgré les différentes formes de cloisonnements et inégalités dont la réduction reste un combat en cours. Mais qu’en est-il chez les indépendantistes ?  Il semble que son usage pose problème aujourd’hui dans la véracité et la sincérité du propos et par conséquent dans la réception de celui-ci par les citoyens non-indépendantistes et non-kanak.

Pourquoi ? En raison des coups de bélier incessants des indépendantistes, comme trouver normal qu’une discrimination ethnique soit faite pour l’inscription des jeunes votants sur les listes électorales en vue du deuxième référendum de septembre 2020, comme la manœuvre qui consiste à vouloir priver les non-indépendantistes de l’usage du drapeau tricolore dans la campagne et sur les bulletins de ce même référendum. Ce sont des gestes politiques forts qui ne se réduisent pas à du symbolique, de l’anodin et ne sont pas sans conséquences sur leur image et dans l’opinion publique. Aujourd’hui une question s’impose ; le discours politique indépendantiste est-il encore crédible ? Quelle est l’incidence de tout cela sur les mentalités ?

Avec ces coups de bélier venant des indépendantistes, c’est le fond de leur pensée qui ressort et leur fourberie qui pointe peu à peu son nez, parce que dans d’autres espaces, d’autres temps, comme lors d’élections ou de la campagne du premier référendum, leur discours reste enveloppé dans des mots qui essaient de rassurer, de séduire, comme « la nation arc-en-ciel ». Avant même d’exister, la nation arc-en-ciel montre un goût pour la différenciation entre les individus sur des critères ethniques. Avant même d’exister, la nation arc-en-ciel fait des non-kanak des citoyens ayant moins de droits que les autres. L’Histoire du monde nous a enseigné que le discours politique n’est pas toujours ce qu’il prétend être et apporter.

Et cette inquiétude est d’autant plus justifiée que la réalité sur le terrain montre des signes inquiétants ; délinquance des jeunes kanak, mineurs et majeurs, péniblement contenue aujourd’hui du fait que, étant toujours un territoire français, nous avons la police, la gendarmerie et la justice pour protéger les innocents et maintenir ce pays dans une paix civile toute relative. Délinquance de plus en plus violente, vols avec violence, agressions racistes sur les Baies, personnes âgées rouées de coups, meurtres d’individus européens par des délinquants kanak, Mr Fels, Mr Monteiro. Sans oublier la délinquance pure et dure, caillassages, vandalisme, feux de brousse. Une délinquance aux victimes souvent ciblées.

Paradoxalement à tout cela aujourd’hui tout montre que le destin commun passé, présent et futur est acté, il est une volonté partagée par les Européens, les Wallisiens, les Tahitiens, les Indonésiens, les autres ethnies très minoritaires et les Calédoniens métissés qui font aussi la beauté de ce pays. Par une partie de la population kanak aussi, cela ne fait aucun doute, mais par une partie seulement, et c’est cela le problème. Car il semble que la partie qui ne veut pas y adhérer est la plus jeune, la plus inéduquée, la plus haineuse et violente qui persiste à dire et à écrire à tout-va « ici c’est kanaky », ce qui infère que les habitants qui ne sont pas kanak ne sont pas dans le présent et ne seront jamais ici chez eux dans le futur, mentalité qui ouvre la voie à toutes les exclusions.

Que reste-il du destin commun quand cette frange de la population kanak (de plus en plus nombreuse ?) assume pleinement un tel repli ethnique ? Et un tel rejet, une telle hostilité et délégitimisassions de l’autre ? Que nous reste-t-il de « commun », dans le « destin commun », avec ces individus ? La question dépasse le « qui exclut qui ? », elle est maintenant « Qui s’exclut de quoi ? » et le problème prend toute sa dimension et sa gravité. Si dans l’Histoire de ce pays certains ont triomphé du passé, du mal, d’autres aujourd’hui triomphent déjà, de par leur posture dans une voie qui mène à un futur sombre. Une sorte de retour en arrière… Avec en prime le silence trop souvent assourdissant des grandes voix indépendantistes. Comme dit le proverbe, « qui ne dit mot consent » ?

Je suis de ceux qui ces dernières années encore prononçais ces mots « le destin commun » avec conviction et optimisme. Aujourd’hui, je doute ; depuis deux ou trois ans que je regarde, j’écoute, j’observe –et j’ai subi trois agressions (verbales) racistes– je pense que le problème est qu’une frange de la communauté kanake de par son discours, ses modes de pensées et ses actes, s’exclut elle-même de ce que serait « un destin commun ». L’Histoire nous a enseigné que pour qu’un pays bascule, sombre, il suffit qu’une minorité exerce son pouvoir de nuisance dans un cadre politique instable. Avec parfois la complicité fourbe et passive du groupe plus large auquel elle appartient et un discours politique qui envoie de mauvais signes. Au vu de l’ambiance politique et des faits divers précédant et suivant l’année charnière 2018, la question s’impose : le destin commun (du futur) serait-il déjà mort ?

Mister Eric

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Une certaine idée de la décolonisation… Cet article paru dans le quotidien d’hier sous le titre « trois véhicules de pompiers sont arrivés de Corse » : « …/ Lors du congrès des pompiers de 2017, qui se déroulait à Ajaccio, nous avions évoqué notre manque de matériel en Nouvelle-Calédonie, explique Y. L., vice président de l’Union des pompiers calédoniens, en charge des îles Loyauté. Ces véhicules de nos confrères corses sont réformés, mais ils restent en bon état. D’habitude, ils les envoient en Afrique ou dans d’autres pays peu développés, mais cette fois-ci ils ont décidé de nous les… Lire la suite »

Alikantitra

XXX : “Ces véhicules de nos confrères corses sont réformés …”

Est-ce que le Porsche Club de Corse assiste celui de Calédonie en cas de rupture de stock sur les pièces détachées (particulièrement en ces temps de transport aérien dégradé) ?

https://www.corse-porscheclub.fr/PorscheClubs/pc_corse/pc_main.nsf/web/home

https://www.porsche-club.nc/PorscheClubs/pc_nouvelle-caledonie/pc_main.nsf/web/home

Nogius
Nogius

Vu comment on traite le matériel ici, ces vieux véhicules suffisent.

Eliot Nenesse

Le destin commun s’est arrêté au lendemain du référendum de 2018 quand Daniel Goa a déclaré “maintenant, il y a eux et il y a nous”.
C’est lui-même qui le dit.
Ce n’est pas plus compliqué que ça.

Rigoberto
Rigoberto

La Polynésie adopte la septaine dès le premier juillet et la supprime le 15 juillet pour les vols en provenance de Métropole et de l’international. Quid en NC ?

https://www.europe1.fr/societe/pour-sauver-son-tourisme-la-polynesie-francaise-va-rouvrir-ses-frontieres-le-3-juillet-3973250

Eric

Rigo,

Ils ont peut-être préféré jouer la santé…???

Rigoberto
Rigoberto

Sont surtout moins moins bornés qu’ici, les Kanak sont mus par une peur irrationnelle, ils sont très supersticieux. Les Polynésiens ont eux aussi été victimes d’épidémies au contact des européens au 19 ème siècle, ils n’en font pas tout un fromage comme les Kanak. Alors que Goa nous fait un caca nerveux pour 60 gendarmes, les polynésiens ouvrent leur pays aux quatre vents, sans quatorzaine.

Alikantitra

Rigoberto : “La Polynésie adopte la septaine dès le premier juillet et la supprime le 15 juillet”

Et qu’en pense leur sénat coutumier ?
Qu’en disent les grands chefs de chacune des îles (haute ou basse) des cinq archipels ?
Ils ne ressassent pas la catastrophe du dépeuplement de l’époque des “contacts” ?

https://www.persee.fr/doc/bmsap_0301-8644_1884_num_7_3_3385

XXX
XXX

Invité de l’émission « Transparences » ce midi sur RRB, Nicolas Metzdorf rappelle fort justement aux Loyalistes que les critiques actuelles des deux députés calédoniens sur le rôle de l’Etat en cette période de crise ne peuvent que renforcer le camp indépendantiste. Est-ce que Calédonie Ensemble (CE) n’est pas tout simplement en stratégie pour réaliser au gouvernement le « coup » qu’il n’a pas réussi lors de l’élection à la présidence de la province Sud ? Des militants de Calédonie Ensemble rappellent, de temps à autre sur les réseaux sociaux, que si CE était aux commandes, le dialogue serait toujours… Lire la suite »

LedZep
LedZep

@XXX “Est-ce que Calédonie Ensemble (CE) n’est pas tout simplement en stratégie pour réaliser au gouvernement le « coup » qu’il n’a pas réussi lors de l’élection à la présidence de la province Sud ? “. Calédonie Ensemble ne représente que 6 élus au Congrès sur 54 et n’a qu’un représentant au Gouvernement, Philippe Germain. Faire tomber le Gouvernement de Thierry Santa elle peut le faire mais ensuite, avec une représentativité réduite à quantité “négligeable”, elle aura besoin des partis indépendantistes pour obtenir quoi ? La Présidence Du Gouvernement mais ensuite ? Quel réel pouvoir aura ce Président. Il retrouvera… Lire la suite »

XXX
XXX

“Pour Daniel Goa, « nous devons envisager un nouveau préalable minier » titrent Les Nouvelles (Yann Mainguet | Crée le 30.05.2020 à 12h18). Et plus précisément : “…/« nous savons que la Sofinor avec un partenaire de premier rang, est sur les rangs, et a fait la meilleure offre de reprise. Bizarrement cela n’intéresse pas Vale et nos élus non-indépendantistes ». Pour le chef de la formation politique, « devant la dérive de ces opérateurs peu scrupuleux, nous demandons à ce que le pays reprenne le contrôle de tous les massifs miniers et accède au 51% du capital de la… Lire la suite »

Alikantitra

Changement d’heure légale en Province Sud ?

https://sudmag.nc/2020/05/15/changement-dheure-le-cese-rend-un-avis-favorable/

Qu’en pensent les (présidents des) autres provinces ?

Ce serait pittoresque de voir les Loyaltiens changer d’heure dans l’avion d’Air Loyauté à chacun de leurs allers-retours, dont les cinq premiers bénéficient chaque année de la continuité pays (financée à 75% par la NC et à 25% par les provinces).

Clark
Clark
Clark

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