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Législatives : une campagne insipide ?

A dix jours du premier tour des élections législatives, l’absence de programme chez une majorité de candidats contribue certainement à éloigner les Calédoniens des enjeux de ce scrutin. Résultat : on assiste à une campagne atone, quasi hors-sol. C’est-quand-qu’on-vote-où?

D’usage, on élit des députés à l’assemblée nationale pour y représenter une circonscription et ses électeurs. Dans les outremers et en raison de l’éloignement et des compétences propres des différentes collectivités ultramarines, les parlementaires deviennent, de fait, des représentants et des émissaires de tout le territoire auquel ils appartiennent. C’est ainsi que les deux députés qui seront élus les 11 et 18 juin prochains auront la charge de parler au nom de la Nouvelle-Calédonie, de ses intérêts et de ses habitants non seulement au palais Bourbon mais aussi devant les plus hautes autorités de l’Etat durant toute la mandature. Naturellement, à moins d’un an et demi du référendum d’autodétermination de 2018, le sujet de la sortie de l’accord de Nouméa devrait être dans tous les discours et devrait donc occuper une place centrale et bouillonnante dans le paysage politico-médiatique local. Or, il n’en est rien et plusieurs raisons l’expliquent.

Les partis traditionnels, sonnés par les résultats de l’élection présidentielle

Un peu désabusés, dépités ou aigris suite aux conditions ayant conduit à l’élection d’Emmanuel Macron, beaucoup de partis politiques calédoniens n’ont pas su rebondir au lendemain du 7 mai. Du côté des mouvements indépendantistes, l’Union Calédonienne avait en effet l’année  dernière appelé à un boycott des élections présidentielles et législatives – jugées trop « nationales » et donc un peu trop « françaises » à son gout. L’UC retrouvait par là-même de vieux réflexes tout droit sortis des années 80. A la place de sa participation à ces élections, le parti de Daniel Goa avait donc annoncé vouloir préserver ses forces et ses moyens pour élaborer et faire partager tout au long de l’année 2017 un projet d’indépendance « construit et cohérent » à offrir aux Calédoniens (un projet qui, à cette heure et selon nos informations, reste encore à l’état chimérique). Un choix qui, après coup, s’est révélé être une véritable faute politique puisque seulement trois jours après les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle, la présence de Marine Le Pen au second tour a provoqué une certaine onde de choc au sein du vieux parti indépendantiste et l’UC a finalement appelé ses militants – avec plus ou moins de succès – à faire barrage à la candidate du Front National. Pour les sympathisants, les dirigeants et les militants de l’UC, la question les tarabusque encore : participer ou ne pas participer à ces législatives ? Réponse le 18 juin.

Dans le camp d’en face, et particulièrement dans la vaste et nébuleuse galaxie des Républicains et de l’UDI, disons-le franchement : tous les candidats ont été déçus du résultat de la présidentielle. Sonia Backes et Harold Martin s’étaient accrochés à Nicolas Sarkozy. Philippe Gomes, Gaël Yanno et Philippe Dunoyer avaient choisi Alain Juppé. Bernard Deladrière avaient soutenu contre vents et marées François Fillon mais, hélas pour la droite, les deux premiers ont perdu les primaires, et le candidat des Républicains et du centre n’a pas réussi à atteindre le second tour. Ainsi, alors qu’il y a moins de six mois tous les partis non-indépendantistes croyaient dur comme fer à l’alternance au sommet de l’Etat et au retour de la droite à l’Elysée, c’est un candidat pour le moins inconnu des Calédoniens, Emmanuel Macron, qui a remporté la course. Comble de l’ironie, forte de son positionnement pro-France affiché et de sa présence au second tour, une grande partie des voix de la droite locale s’est portée sur Marine Le Pen. Un autre coup dur pour les partis locaux loyalistes. Ainsi, aucun candidat non-indépendantiste ne peut véritablement profiter de l’élection d’Emmanuel Macron pour faire sa campagne. De son côté, mal structuré, sans élu d’expérience et sans véritable moyen, si la section locale du FN compte bien surfer sur la vague bleu marine, il est peu probable que les Calédoniens réitèrent leur vote du mois de mai lors de ses élections législatives, les spécificités locales prenant – comme souvent – le pas sur les considérations plus nationales.

Programme où es-tu ?

A bien chercher, deux programmes sont sur la table, ou du moins deux projets. Celui des indépendantistes d’abord. Mais celui-ci soufre d’une absence de travail inhérent au fonctionnement du FLNKS puisqu’aucun document et proposition concrète ne l’explicitant n’existe. Dans les deux circonscriptions, les candidats de l’UNI-Palika affirment vouloir porter à l’Assemblée Nationale l’idée d’indépendance. Or, si le découpage géographique des deux circonscriptions ne facilite pas la victoire des indépendantistes, le paradoxe politique de la situation repose aussi sur le fait que ceux qui souhaitent quitter la nation française, demandent justement aux électeurs de devenir des représentants de cette même nation. Une incohérence qui accroit naturellement l’abstention sur les terres indépendantistes, les électeurs ne voyant pas précisément l’intérêt de participer à cette élection-là.

Le second projet est celui de Calédonie Ensemble. Soumis à de nombreuses critiques de la part de ses adversaires, il repose d’une part sur une volonté de préparer le référendum de sortie en amont de novembre 2018 en adossant à la question prévue par l’accord, une charte de valeur sur laquelle indépendantistes et non-indépendantistes pourraient se mettre d’accord pour cadrer « le jour d’après ». Il repose également sur les nombreux mantras du parti des députés à savoir toute une série de mesures et d’engagements visant principalement à lutter contre la Vie Chère (baisse des frais bancaires, des taux d’intérêts, revalorisation de la continuité territoriale, etc…) ou à maintenir les crédits de l’Etat. Un programme et un positionnement désormais relativement bien connu mais qui agace les adversaires de Philippe Gomes lesquels fustigent des « mesurettes » quand ils n’estiment pas plus simplement que les députés de Nouvelle-Calédonie ne sont pas là pour faire avancer ce genre de dossier mais seulement pour participer aux discussions sur l’avenir et négocier avec les représentants de l’Etat :

« Il y a beaucoup de candidats qui se trompent d’élection (…) Certains font des propositions d’ordre économique, etc.  Mais le député, il n’a aucun pouvoir localement (Harold MARTIN, RRB, 29/05/17) »

Reste qu’au-delà de ces deux projets, tous les autres candidats se différencient auprès de l’électorat loyaliste davantage sur leur tempérament ou leur volonté d’opposition que sur leurs idées. Exception faite d’Harold Martin qui fait campagne dans la seconde circonscription uniquement pour, selon ses propres termes, « faire perdre Gomes », c’est en fait à celui qui démontrera aux électeurs qui sera le plus ferme, le plus obtus, voire le plus radical face aux indépendantistes. Rajouté à cela des candidats anecdotiques hors-sol, sans projet, sans parti ou sans expérience, le casting de ces élections – bien que  conséquent – n’offre pas vraiment prise à des débats d’idées ou de fonds. Conséquence : personne ne semble encore s’être rendu compte que ces élections législatives sont la dernière étape démocratique avant le référendum attendu (ou redouté) depuis près de trente ans. De même, le nombre très important et inédit de prétendants au poste de parlementaire empêche également la tenue de débats radiophoniques ou télévisés. Un débat à 21 étant difficilement réalisable ou concevable. Raisons aussi pour lesquelles cette campagne semble dégager une flagrance de doux désintérêt de la part de l’opinion publique…

Un peu d’humour

Néanmoins, peut-être pas assez galvanisés par une campagne plutôt plan-plan, les candidats parfois fatigués, parfois inexpérimentés, parfois maladroits, ne manquent pas cette fois-ci non plus d’émettre des déclarations pour le moins discutables, voire même carrément risibles. C’est ainsi qu’un contributeur du net nous a fait parvenir les « perles de cette campagne » souvent passées inaperçues et prononcées par les uns et par les autres dans les différents médias ou lors de leurs réunions publiques. Non sans gourmandise, nous vous en proposons donc une top-liste. N’hésitez pas dans les commentaires à voter pour votre citation préférée !

Les perles des candidats aux législatives, NC-2017

1. Alain DESCOMBELS :
« Les 10 milliards de la TGC qui nous sont dus aux entreprises et qui peuvent nous être restitués à l’instant de la mise en place de la TGC (…) je donne simplement un petit exemple : pour mes entreprises, je percevrai 50 millions (RNC1ère, 24/05/17) »Où comment Alain Descombels, patron-candidat, propose une mesure (rembourser la TGC aux entreprises) qui lui ferait gagner plus de 50 millions de francs. Aouh, t’as pas cent balles ?

 

2. Sonia BACKES :
« Il faut taper dur, taper fort, et taper en même temps sur tous les sujets. Et c’est pas être va-t-en-guerre que de dire ça ! (RRB, 24/05/17) »Et tu tapes, tapes, tapes, ce refrain qui te plait…

 

3. Bianca HENIN :
« Je suis une personne qui rencontre souvent des gens qui viennent me saluer et je suis impressionné de voir que c’est souvent des mélanésiens (NC1ère, 24/05/17) » 
Voir des mélanésiens, en Nouvelle-Calédonie, c’est vrai que c’est impressionnant.

 

4. Journaliste : « Le fait historique que vous méprisez le plus ? »« Gaël YANNO : Il y en a plusieurs. Mais en tout cas, ce sont les guerres indiscutablement. Quand les hommes s’affrontent par la violence (NC1ère, 23/05/17) »

La guerre, c’est mal.

La violence, c’est pas bien.

Merci Gaël pour cet important rappel.

 

5. Sur NC1ère, Philippe GOMES a changé de parti !

Ce 29 mai, les Calédoniens ont pu se rendre compte lors du journal télévisé que le député de la seconde circonscription était estampillé « Front National ». On ignore encore si c’est l’œuvre d’un stagiaire ou de Philippe Gomes lui-même, souhaitant peut-être grâce à cela récupérer quelques voix de Marine Le Pen égarées en brousse…

 

6. Philippe GRAS :
« Nous avons le projet de nous rendre dans les îles pour saluer les autorités et prendre contact avec la population (RNC 1ère 23/05/17) »Un patron de Nouméa bientôt en excursion sur les îles Loyauté ? Ne manquez pas sur vos écrans le prochain épisode de “Rendez-vous en terre Inconnue”.

 

7. Harold MARTIN :
« Ça sert à une chose un suppléant aussi : c’est que si le candidat élu meurt, c’est le suppléant qui monte, donc il faut faire très attention à celui qu’on désigne parce qu’effectivement, on peut mourir. (OFM, 22/05/17) »Un message important d’Harold Martin : dans la vie, des fois, on meurt. Merci Harold.

 

8. Gil BRIAL :
« Nous, on a des sous-marins nucléaires, c’est pas pour faire la guerre, c’est pour imposer la paix partout dans le monde. (Réunion publique à Dumbéa, 18/05/17, Sources : vidéo FB) »

Pour ne pas faire la guerre, il faut imposer la paix par la force. Voilà.

 

9. Manuel MILLARD :
« Mes méthodes sont uniquement spirituelles. Ce qui prouve bien que tout ce qui se passe dans le monde, actuellement, est spirituel. On est à la fin d’un système, qui est prévu par la bible (…), on prend l’exemple de notre mortalité routière, de la délinquance, des crises économiques mondiales et du chômage, on voit que à chaque action spirituelle : tout s’améliore immédiatement. (RRB, 19/05/17) »

Authentique mage vaudou, le candidat-sorcier-marabout aux législatives Manu Millard, mondialement connu à Rivière Salée, réparera votre ordinateur par télépathie, sans qu’il soit nécessaire de vous déplacer. Son pouvoir est tel qu’il pourra annihiler la vie chère, faire revenir votre âme sœur et passer le Bac à votre place. Désenvoutement en option par courrier ou mailing, joindre enveloppe timbrée avec RIB et photos.

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Officiant en free-lance pour plusieurs périodiques et médias calédoniens, cette pigiste professionnelle a rejoint l’équipe des contributeurs de Calédosphère depuis 2013 sous son nom de plume « Rita ». Spécialisée dans l’actualité quotidienne, elle se plait à y dénicher des sujets non-traités par les autres médias et à couvrir les évènements sensibles. Synthétique, réactive et parfois provocatrice elle essaie toujours d’écrire de manière claire, précise mais avant tout vivante. Son crédo : « Si ça pique, c’est un bon sujet »



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103 Commentaires sur "Législatives : une campagne insipide ?"

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XXX

Quelqu’un serait-il en mesure d’expliquer les raisons pour lesquelles la rediffusion du journal de 20 heures de la 2 n’est pas possible ce soir en Calédonie ?

Serions nous rentrer par inadvertance dans la période de réserve pré élections avant l’heure ?

@ XXX Il faut peut être prendre garde de ne pas trop “simplifier” la lecture des résultats de dimanche soir et en tirer des prolongements robustes pour la consultation référendaire qui aura lieu probablement dans 18 mois : ces résultats ne sont qu’un point d’étape pour ce qui va suivre. Cette période de 18 mois risque en effet de révéler encore quelques surprises, voire d’être féconde en rebondissements variés. Quant aux 4 scénarios proposés dans le rapport que vous citez, il en est deux qui méritent une analyse circonstanciée : -une très grande autonomie, que l’on appelle parfois « les… Lire la suite »
XXX

@melchisedek- Bien évidemment ! A l’issue des législatives nous n’aurons qu’une idée du rapport de force dans chacun des deux camps et donc quelques indications sur les conditions de préparation du référendum.

Et ce sera déjà pas mal comme résultat !

La campagne électorale de 2018 sera un autre moment, une autre histoire.

Seule la campagne de l’UNI pour les législatives a donné quelques indications sur ce que sera leur campagne pour le référendum… au delà de Païta !
Je trouve d’ailleurs que l’UNI a fait une excellente campagne en brousse, là où se joue peut-être plus qu’ailleurs le socle du “destin commun”.

XXX
Pour simplifier la lecture des résultats dimanche soir en Calédonie sur l’essentiel, la consultation référendaire : Je trouve que le résumé du rapport sur l’avenir institutionnel (Courtial/Mélin-Soucramanien) de 2013 qu’en fait Alain Christnacht dans le rapport Busserau/Dozière de mars 2017 est limpide. (page 46) A croire que tous les candidats l’ont lu ! Enfin, ceux qui ne se sont pas contentés d’une note d’un collaborateur… “…/. C’est ce qui a donné lieu à la mission confiée à mon collègue le président Courtial et au professeur Mélin-Soucramanien pour une étude « théorique et juridique » sur les différentes catégories entre la… Lire la suite »
ILS OUBLIENT (et nous endorment, donc, comme sait si bien le faire la Droite…): : ..”qui fait passer la République à la pleine souveraineté …” (IL SUFFIT DE SUPPRIMER LE “DE” de : ” ensuite, au delà de la zone frontière qui fait passer DE la République à la pleine souveraineté :”, on peut ajouter “française” à “République”, c’est ‘facultatif’…) ! MEFIONS-NOUS DE LA DROITE, PLUS QUE JAMAIS! Avec la droite la “République Bananière Kanake de Nouvelle-Calédonie” est en route, et vous aurez bien contribué à la créer! Nous en reparlerons… VIREZ-MOI CETTE DROITE POURRIE, SVP!! Ce que veut lire… Lire la suite »
caledovrais

Il ne peut pas en être autrement ils savent tous qu’ils n’ont aucune chance contre les deux Philippe !

Pas très connu en France, plus “sipide” et à entendre (et voir… bonne nuit):
https://www.youtube.com/watch?v=nIFpGihZuR8

@ crabe de cocotier
Oui, j’ai perçu la même chose : le référendum, gagné ou perdu, gèle de fait l’accès à la citoyenneté calédonienne (puisque l’on ne parle plus de “nationalité”) : les électeurs sont citoyens de fait, les autres non.
Mais que fait on de la suite? du deuxième, voire du troisième référendum ? que fait on dans l’intervalle ? les ADN se poursuivent-ils inchangés? faut il les renégocier?
En tous les cas, la liste référendaire est le socle des citoyens-électeurs de ce qui se discute pour la suite : pas un de moins, pas un de plus.

Crabe de cocotier

Moi, j’ai compris que Washetine veut un corps électoral gelé à partir de 94 et non plus 98 (mi chemin entre 88 et 98).

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