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Peut-on sortir de l’impasse calédonienne ?

Au sortir du deuxième référendum d’autodétermination et alors que le processus référendaire n’est pas encore allé à son terme, se manifeste déjà dans l’opinion publique une certaine lassitude et une prise de conscience ; la population néo-calédonienne se maintient dans une logique binaire, les « OUI » et les « NON », les pour et les contre l‘indépendance. Ce vote permet d’obtenir une photographie de l’électorat et de ses aspirations à un moment de l‘Histoire, il répond à une question mais pourra-t-il régler le fond du problème ? De plus, les indépendantistes ont envoyé d’autres mauvais signes ces dernières années qui montrent qu’ils se sont crispés et radicalisés ; refus de revoir la clé de répartition, refus de travailler ensemble sur un drapeau commun qui au-delà de la puissance du symbole aurait été un vrai signe d’ouverture rassembleur, une base sur laquelle on aurait pu ensemble continuer de construire plus. Cette radicalisation a atteint son paroxysme lorsqu’ils ont tenté de refuser à la partie adverse le droit d’utiliser son symbole, le drapeau tricolore pour le deuxième référendum… autant pour la teneur « démocratique » du « projet indépendantiste » du FLNKS. Il a été aussi entendu que trois victoires du « NON » n’éteindraient pas la revendication indépendantiste …facile d’accuser la partie adverse de rompre le fil du dialogue quand on fait preuve d’autant d‘intransigeance.

Après le premier référendum il y a eu le discours clivant, « eux et nous », puis en cette année 2020 « les autres » ; « les autres », « eux » n’étant pas les Kanak, ces paroles se situant dans la continuité du discours de LKU qui en 2018 ne reconnaissait pas le peuple calédonien mais seulement le peuple kanak — et se disait déjà nationaliste — et par conséquent refusait de participer au vote.  Ces phrases réunies ont illustré le problème, c’est-à-dire un repli ethnique, communautaire et idéologique et par cela l’incapacité du monde kanak à se reconnaître dans un plus grand ensemble déjà construit, l‘ensemble calédonien. Lors de la campagne référendaire 2020 les indépendantistes ont subrepticement tenté de masquer cet échec en inversant le sens de la manœuvre : les nouveaux « nationalistes kanak », pour rallier les Calédoniens (donc les « non-Kanak ») à leur camp — et prétendre ainsi unir le pays et construire le destin commun — ont essayé de nous faire croire qu’on est tous kanak car être kanak n’est pas une ethnie, paraît-il. Ce que cette nouvelle stratégie a de burlesque et d‘hypocrite est qu’elle a été imaginée par la même mouvance politique qui dans son boycott du référendum de 2018 a nié l‘existence du peuple calédonien… Le plus grand ensemble, celui qui depuis longtemps englobe tout le monde et n’exclut personne.

Après le « nationalisme kanak » de 2018, en 2020 cette fausse main tendue qui a essayé de se travestir en un nouveau « nationalisme pour tous », le discours indépendantiste s’est laissé aller à une fuite en avant, une manœuvre qui aura été une belle farce idéologique.  Un militant du Parti Travailliste à Ouvéa l’a bien précisé devant les caméras de télévision, « je ne suis pas pour l’indépendance de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie, je suis pour l’indépendance de la Kanaky tout court » disait-il. Le contenu du message est clair mais surtout il ne parle pas que pour lui et c’est bien pour cette raison que les Calédoniens en majorité votent « NON ». Ce militant aura eu le mérite d’être honnête sur son projet d’avenir pour l’île. Quant aux « autres » ils savent à quoi s’en tenir, contrairement au FLNKS qui nous a fait sa Taqiya au cours de la campagne, laquelle a été une tentative de faire passer le programme mensonger de « société multiculturelle » pour mieux dissimuler leur vrai projet politique qui établit un pouvoir kanak majoritaire pour régner sur les autres composantes ethniques de la population ; la Constitution de Kanaky et le mécanisme institutionnel pour en choisir son Président en sont la preuve. Un mécanisme qui est une tricherie non seulement sur le principe « un homme = une voix » mais aussi sur la juste représentativité de la population entière dans sa diversité. Les indépendantistes ont reproché aux loyalistes de faire une campagne basée sur la peur, mais qu’est-ce que la peur si ce n’est avoir conscience du danger ?

Au lendemain de la consultation de 2020 le constat est que « la Calédonie reste coupée en deux ». Si le combat pour l’indépendance avait en son temps ses raisons d’être dans le contexte qui l’avait fait naître, aujourd’hui il a enfermé l’esprit de toute une population dans un petite boite, celle d’un combat dépassé, d’un autre temps, dont la substance ne relève plus que de la victoire idéologique et revancharde dans un esprit victimaire et dans la lutte pour les décolonisations du XXème siècle. La majorité des Kanak aujourd’hui enfermés dans cette posture ethno-centrée ne constitue pas une impasse seulement pour eux, c’est aussi celle de toute une population. Impasse qui a tenté de se sortir d’elle-même avec le nouveau « nationalisme » qui nous expliquait que nous sommes tous kanak et le discours militant est allé se fourvoyer dans un vocabulaire et des concepts décalés voir dangereux à manipuler. Mais surtout, c’est avec ces parents Kanak que nous constatons aujourd’hui une jeune génération élevée au biberon de « Kanaky » : ils ne connaissent que ce nom, le nom « Nouvelle-Calédonie » ne semble même pas faire partie de leur vocabulaire et la communauté kanak s’est ainsi coupée du reste de la population, s’est coupée de la réalité calédonienne et s’est enfermé l’esprit dans la quête d’un pays mythique fantasmé, dans la quête de ce qui n’est plus qu’une victoire ethnique et idéologique. Et si indépendance il y a après 2022, la nouvelle génération kanak qui aujourd’hui va encore à l’école (gratuite) et qu’on envoie agiter des drapeaux sur la voie publique sera la génération sacrifiée sur l’autel de l’idéologie kanakiste.

Si l’on veut sortir de l’impasse calédonienne la balle est surtout dans le camp indépendantiste ; la communauté kanak doit remettre en question cette posture qui est obsolète, stérile et clivante, pire elle enferme aussi toute une population et tout un pays dans une voie mortifère. C’est bien pour cela que le vote OUI ne séduit pas beaucoup au-delà de la communauté kanak, les Calédoniens ne sont pas dupes malgré les faux messages rassurants édités dans une belle brochure colorée.

NDLR : Dernièrement, le Chien Bleu glorifiait l’estimation faite par l’institut de sondage CEVIPOF selon laquelle environ 12 000 à 14 000 non-kanak avaient pu voter pour le OUI à l’indépendance en octobre 2018 (Ce qui représente entre 15% et 20% des 71 000 bulletins de vote pour la Kanaky et entre 8 et 10% des 154 918 électeurs ayant participé au scrutin) Mais en nous montrant son doigt l’idiot nous montre aussi la lune : si 15% à 20% du vote indépendantiste est le fait de non-kanak, alors par corollaire, les kanaks représentent 80 à 85% des voix pour la Kanaky. C’est une norme. Le vote indépendantiste étant essentiellement communautaire : les non-kanak y sont des exceptions depuis plus de quarante ans. CQFD.

De plus, la Nouvelle-Calédonie est un pays de métissages et de brassages de populations qui sont aussi heureuses et fières d’être françaises. On peut être Kanak et fier de l’être et en même temps être français et fier de l’être ; les deux sont-ils vraiment toujours incompatibles au 21ème siècle ? Pourquoi perdre l’un des deux quand on a cette chance d’avoir les deux à la fois ? Le temps est peut-être venu pour la communauté kanak de proposer une vision nouvelle — et sincère– s’ils veulent sortir le pays de cette situation puisque la majorité des Calédoniens n’y adhère pas et que ce soit à 56,4% ou à 51% cela ne fera pas de différence sur le fond du problème.  Il est peut-être temps pour « eux » de sortir de cet enfermement pour se dépasser et avoir la volonté de voir plus loin et plus haut que l’idée réductrice de « la Kanaky » ; peut-être qu’à ce moment-là, ensemble, nous trouverons une voie et une voix communes. C’est peut-être eux qui aujourd’hui ont les clés pour sortir de l’impasse calédonienne.

Il y a sans doute aussi des propositions à faire du côté de ceux qui veulent maintenir les Calédoniens dans la France. Et je pense que la question du découpage électoral pour la députation qui consiste à charcuter les circonscriptions dans le but d’empêcher la communauté Kanak d’avoir un député est aussi obsolète, clivant et stérile : comment peut-on prétendre dire aux Kanak qu’ils sont dans la France, leur vendre de grands principes démocratiques d’égalité et de non-discrimination et avoir un charcutage électoral qui leur empêche toute représentation nationale ? J’assume totalement mon opinion là-dessus ; cela est hypocrite, incohérent et contre-productif pour l’idéal du maintien dans la France. Quelle différence cela fera-t-il quand le discours indépendantiste dispose d’autres moyens pour se faire entendre ? Cela a-t-il encore un sens dans le cadre institutionnel calédonien de ces trente dernières années ? Et pour finir, je persiste et signe sur la question de la vie chère et ces gouvernements successifs en main des loyalistes qui ont fait semblant et préféré protéger certains grands privilèges. La population kanak subit cette cherté de la vie qu’elle perçoit comme un acte de domination et de mépris ; en ce sens, les politiciens loyalistes par leur incapacité à être à la hauteur ont nourri la machine à faire des votes pour le OUI.

Il vous reste deux ans maximum pour changer la donne. Le troisième round se gagnera aussi sur ce terrain qui est consubstantiel à celui des indécis. Et même s’il n’y a pas de troisième round, vous marcherez toujours avec cette épine dans le pied. A bon entendeur…

Mister Eric.

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XYY .
XYY .
1 juin 2021 17:47

Désolé de polluer votre article Mister Eric. C’est juste à cause de “impasse”… Donc, y a ça : https://www.lnc.nc/grand-noumea/mont-dore/economie/societe/mont-dore-un-viaduc-a-60-milliards-piste-privilegiee-pour-contourner-la-rp1 Juste pour tenir la dragée haute aux bourbonnais… https://chroniques-architecture.com/nrl-la-route-la-plus-chere-du-monde-la-reunion/ Je me suis livré à un petit calcul bête aux ras des pâquerettes. 60 G cfp/1200(*) = 50 M cfp. Je verse un bouquet de 5 M cfp par “âme” avec comme comme contrepartie prison à vie si coup de canif au contrat et c’est tout bon 😂😂😂 Cout de l’investissement divisé par 10. Et on économise le coût de l’entretien du viaduc, évidemment sous estimé … Bon, on va me dire:… Lire la suite »

Led Zep
LedZep
Répondre à   Mister Eric
2 mars 2021 21:02

Mister Eric “On se fait une réputation là…”. Que dire de celle que nous avons en Tchéquie depuis 2018, un extrait d’un article d’un journal Tchèque ventant le tourisme en Calédonie (https://czechkiwis.cz/nova-kaledonie/#bezpecnost), extrait (après aimable traduction de Google) : “Sécurité La Calédonie est un pays généralement sûr , aussi développé que les pays d’Europe occidentale. Cependant, comme chez nous, veillez à ne pas cueillir les pickpockets et prenez bien soin de vos effets personnels . En raison des relations quelque peu tendues entre les Français et les Kanakas, il vaut mieux oublier les promenades romantiques du soir aux abords de la ville. Les Kanaks aspirent depuis longtemps à l’indépendance et leur agressivité s’accroît… Lire la suite »

Dernière modification 7 mois plus tôt par Led Zep
Alika-antitra
Alika-antitra
Répondre à   Mister Eric
4 février 2021 18:25

Mister Eric : “Ce qui devait arriver arriva.”

Les Nouvelles : “”Il avait la possibilité d’appeler les services de gendarmerie ou d’alerter son voisinage…”, conclut le ministère public.”

Lesquels gendarmes n’auraient pas manqué de lui répondre (si le téléphone marchait) qu’ils viendraient prendre sa déposition dès le lever du jour et la fin de l’alerte n°2.

Led Zep
LedZep
Répondre à   Mister Eric
31 décembre 2020 13:42

@mister Eric “Surtout, on remarque Justin Gaia qui pour finir nous dit « on veut une usine pays ». On dirait entendre un caprice d’enfant.“. Je dirai comme quelqu’un qui, à l’instar d’autres qui sont partie prenante dans le fameux “Pacte pour un développement durable du Grand Sud”, aurait, peut-être, quelque chose à se reprocher dans la gestion des trois “dispositifs” spécifiques pour accompagner ce fameux développement du Grand Sud (www.vale.nc). M. Gaia est membre du conseil d’administration de la “Fondation Vale” (www.fondation-vale.nc). Il est aussi membre du “dispositif” “Comité Consultatif Coutumier Environnemental” (ccce.nc). Bref intéressé lui aussi au même titre… Lire la suite »

Eric
Eric
Répondre à   Mister Eric
23 décembre 2020 13:17

Mister Eric, Je pense que tout le monde l’a compris… L’erreur c’est de se poser la question de manière rationnelle… L’indépendance versus le FLNKS, est une formule irrationnelle… Elle est identitaire et idéaliste… Si t’as pas çà en tête tu ne peux pas comprendre ce qui se passe et pourquoi çà se passe comme çà… Alors certes, il y a un p’tit sursaut pratico-pratique avec l’aveu de la nécessité de mettre la main sur le nickel pour assurer l’indépendance… Sauf que là aussi, baser cet avenir sur une filière constamment en difficulté sur la base d’une ressource limité dans le… Lire la suite »

Led Zep
LedZep
Répondre à   Eric
23 décembre 2020 18:42

@Eric “L’indépendance versus le FLNKS, est une formule irrationnelle… Elle est identitaire et idéaliste…“. Je suis en phase avec ton commentaire. Tout la problématique est que ce rêve, cet idéal d’une Kanaky libre et souveraine est totalement irréalisable. Certes la composante Canaque du Pays est importante et elle a droit comme toutes les autres présentes dans notre pays, à son à dire sur sa gestion, son évolution. Mais vouloir à tout prix “inventer” une nation avec une aristocratie Canaque qui aurait des privilèges que n’auraient pas les autres, ne pourra aboutir qu’au chaos, pour ne pas dire plus. La NC… Lire la suite »

Eric
Eric
Répondre à   LedZep
24 décembre 2020 10:11

LedZep, Y a plus de référent ni d’un coté ni de l’autre… On est sur une multitude de personnalités plus ou moins fortes, mais aucune qui puisse s’imposer dans chaque camp. Cela dit c’est logique, puisqu’il y a trois approches de l’avenir selon moi… Dont une seule est celle des ADN et qui ne fait pas l’unanimité curieusement… Nous avons donc ceux qui n’ont pas compris qu’en signant les ADN, on signait la fin des deux options suivantes : 1) L’IKS 2) La NC de grand papa Et la troisième, celle de l’autonomie à minima dans la France, et à… Lire la suite »

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