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Le professeur Chauchat encourage-t-il les kanak à la violence ?

Au lendemain du référendum – lequel a été marqué par la large victoire du NON à l’indépendance et par l’abstention du camp indépendantiste – le professeur de droit public Mathias Chauchat a attaqué l’Etat qu’il accuse de « crime politique » mais aussi le Président de la République ainsi que le ministre des Outre-mer. Face au juriste Luc Steinmetz qui l’a mis face à ses contradictions, Mathias Chauchat s’est emporté et a évoqué la fin de « 30 ans de paix civile » en expliquant que l’indépendance ne serait possible que « dans l’échec et dans la violence ». Suite à ces propos, en quelques heures, plusieurs milliers de Calédoniens ont signé une pétition exigeant son renvoi en métropole. Le dérapage de trop ?

Rarement une pétition aura connu un engouement aussi rapide après un débat entre juristes. Ainsi, en moins de 24h, plus de 4000 personnes avaient déjà signé la pétition adressée à Sébastien Lecornu, laquelle demande au ministre de l’Outre-mer la mutation du professeur d’université Mathias Chauchat dans son corps d’origine en métropole. Bien connu des Calédoniens, le fonctionnaire est depuis plusieurs années le conseiller juridique des leaders indépendantistes mais aussi le gestionnaire de communauté des comptes du FLNKS sur le web. Chantre de la Kanaky, Mathias Chauchat est cependant apparu passablement énervé au lendemain du 3ème référendum prévu par l’Accord de Nouméa, lequel a vu, malgré la forte abstention, la victoire du NON à l’indépendance. C’est ainsi que lors d’un débat organisé sur Nouvelle-Calédonie 1ère, celui qui fut dans les années 2000 Directeur de cabinet à la présidence du gouvernement a expliqué que la violence serait la seule manière pour les jeunes générations d’indépendantistes d’obtenir l’indépendance :

« La France ne décolonise jamais que dans l’échec et la violence, et malheureusement, cette idée va infuser après 30 ans de négociations, la Calédonie n’est pas indépendante, ça va infuser auprès des jeunes générations ! (Mathias CHAUCHAT, 13/12/21 ; sources : NC1ère) »

Alors qu’il venait de déclarer que les indépendantistes avaient « dominé les trois scrutins » (qu’ils ont pourtant tous perdus), Mathias Chauchat s’est lancé dans une charge en règle contre l’Etat et a multiplié les menaces insistant sur le fait que « les kanaks, les indépendantistes, vont se battre pied à pied », mais aussi sur la « fin de la paix civile » face à la caducité de l’Accord de Nouméa et notamment au dégel du corps électoral :

« Je voudrais surtout insister sur le rôle de l’État. L’État français a radicalisé les positions, et il a choisi la date du 12 exprès (…) cette radicalisation, elle était voulue et Sébastien Lecornu a vendu du rêve aux Calédoniens. Ce rêve, c’est de leur dire, après le troisième référendum, l’Accord de Nouméa est fini, ça va être la caducité de l’Accord de Nouméa. On pourra, en gros, bricoler tranquillement la loi organique dans notre coin (…) Les Kanaks, les indépendantistes vont se battre, pied à pied, jusqu’à ce que l’État soit obligé de leur dire, je cesse de respecter l’Accord de Nouméa, et je le fais sans vous. Ce jour‑là, vous verrez, le climat en Nouvelle‑Calédonie va changer. Comme je l’ai déjà dit, s’il touche au périmètre du peuple calédonien, c’està‑dire s’il touche au corps électoral, c’en est fini de 30 ans de la paix civile (Mathias CHAUCHAT, 13/12/21 ; sources : NC1ère) »

Cependant, le juriste et historien Luc Steinmetz lui a apporté la contradiction en rappelant les écrits passés de l’actuel conseiller du président de l’Union Calédonienne. En effet, Mathias Chauchat défendait, en 1998, l’illégalité des dispositions prévues par l’Accord de Nouméa, lesquelles ne pouvant être, selon lui, que « provisoires » puisque contraires au droit international :

« En 1998, dans le recueil Dalloz, c’est presqu’une bible pour les juristes, je lis Mathias Chauchat, c’est le même professeur à l’époque, ça s’appelait Université française du Pacifique encore, qui écrivait, je cite “l’Accord de Nouméa sera condamné par le droit international car le corps électoral restreint ou l’emploi local sont contraires à des droits fondamentaux garantis par la France à tous ses nationaux“. Voilà ce que vous écriviez, Mathias, en 1998, dans le recueil Dalloz (Luc STEINMETZ, 13/12/21 ; sources : NC1ère) »

Piqué au vif, le professeur de droit public a alors dénoncé « un coup bas » expliquant qu’il s’agissait-là de « propos de doctrine » et qu’il était « déloyal » d’utiliser ses propres écrits contre lui. Agile (et ayant semble-t-il préparé son effet depuis longtemps) Luc Steinmetz a alors passé la seconde couche en rappelant les propos que Mathias Chauchat avait tenu en 2002 cette fois-ci, alors qu’il travaillait encore pour des élus non-indépendantistes (puisqu’il est passé plus tard dans le camp des indépendantistes) :

« Il y a eu quelques années après, quatre ans, ça fait beaucoup parce que là, on était déjà rentré dans l’application de l’Accord de Nouméa, il s’est tenu un séminaire à Nouméa, à l’Université de la Nouvelle‑Calédonie, sur les espaces insulaires et les Droits de l’Homme, avec le cas particulier de l’hémisphère Sud. Et dans ce colloque de l’observatoire des relations internationales, vous aviez écrit que “L’Accord de Nouméa repose sur une assise politique discriminatoire et forme une construction institutionnelle inadmissible, précaire” (…) Ce sont quand même des propos qui sont plutôt en contradiction avec vos positions d’aujourd’hui (Luc STEINMETZ, 13/12/21 ; sources : NC1ère) »

Reste que, étant donné que ce n’est pas encore (Dieu soit loué) Mathias Chauchat qui décide de ce qu’est la réalité du droit, le Président de la République a de toute façon mis fin au débat puisqu’il a déclaré lors de son allocution au soir du référendum que « l’Accord de Nouméa arrive à son terme juridique ». C’est d’ailleurs peut-être la raison pour laquelle Mathias Chauchat s’en est pris violement au Chef de l’Etat, répétant par la même son mantra selon laquelle l’indépendance ne s’obtiendrait que « par la violence » :

« Ce président n’est pas à la hauteur de l’histoire. Il a d’ailleurs assez peu de lignes claires et de grandeur d’âme, et ce qu’il dit confirme que la France ne décolonise jamais, que lorsqu’elle y est forcée par la violence (Mathias CHAUCHAT, 13/12/21 ; sources : NC1ère) »

Oubliant toute prudence, le fonctionnaire métropolitain s’est ensuite transformé en porte-parole des kanak indépendantistes et a expliqué que ces derniers « n’étaient pas encore hostiles à la France » ce qui sous-entend qu’ils pourraient le devenir :

« Les indépendantistes ne sont pas, ou pas encore, hostiles à la France, ils souhaitent négocier des interdépendances. C’està‑dire qu’ils souhaitent que la Kanaky‑Nouvelle‑Calédonie devienne indépendante, mais signe de façon simultanée un partenariat ou une convention en interdépendance avec la France pour lui restituer l’exercice d’un certain nombre de compétences régaliennes. C’est ça le projet (…) Par le document du OUI et du NON, l’État a radicalisé les positions pour permettre la victoire du NON, pour empêcher les Calédoniens de rejoindre les Kanaks dans la fondation du peuple calédonien. Et ça, c’est un crime politique (Mathias CHAUCHAT, 13/12/21 ; sources : NC1ère) »

Pour lui répondre, Luc Steinmetz a alors rappelé que le fameux document en question n’avait fait que détailler, à la demande du FLNKS, toutes les conséquences juridiques, financières, économiques et institutionnelles de l’indépendance. Or, n’étant pas capables d’y apporter des réponses, les leaders indépendantistes ont été dans l’incapacité de mentir durant la campagne sur les conséquences d’un départ de la France :

« Quand j’entends que le document du OUI et du NON fourni par l’État est à charge contre le oui, là, tout de même, c’est un petit peu fort, parce qu’il dit par écrit les réalités de ce que peut être une indépendance pure et simple. Parce que dans la question binaire qu’on peut regretter, telle qu’elle est posée, c’est vrai que l’accession à la pleine souveraineté, c’est l’indépendance, éventuellement une association, un partenariat, une délégation de souveraineté, il y a tout un tas d’habillages qu’ʹon peut imaginer, ça ne peut se faire que d’État à État, une fois que le pays est devenu indépendant, ça ne peut pas se préparer avant, puisqu’on ne connaît pas quel est l’État, entre guillemets, qu’on va avoir en face (…) Ce qui a gêné les indépendantistes, c’est qu’ils n’auraient pas pu, à partir de ce document, détailler près de 100 pages sur le OUI et le NON, ils n’auraient pas pu, les indépendantistes, faire une campagne mensongère auquel personne ne répondait dans les deux premiers référendums (Luc STEINMETZ, 13/12/21 ; sources : NC1ère) »

Poussé dans ses retranchements, le professeur d’université a alors déclaré que les consignes « pacifiques » ne dureront pas sans qu’on sache très bien s’il espérait le retour des violences et de la guerre civile sur le territoire ou s’il était le porte-parole officieux des leaders du FLNKS :

« Vous voyez bien que la consigne de non‑participation pacifique, qui est tenue aujourd’hui, ne durera pas ! Il faut quand même mettre les gens en garde, ne passez pas en force contre le peuple kanak, ne poussez pas le peuple kanak jusqu’à ses retranchements. L’erreur, c’est de penser que ce référendum a réglé quelque chose, il n’a rien réglé. Il a retiré la boussole de l’Accord de Nouméa en laissant un champ de décombres. Aujourd’hui, on a à nouveau la confrontation peuple français/peuple kanak, comment sortir de là, ça ne peut être qu’en affirmant le principe de décolonisation de la Nouvelle‑Calédonie. Le seul statut définitif, c’est celui de l’indépendance (Mathias CHAUCHAT, 13/12/21 ; sources : NC1ère) »

Chauchat se rêvait-il en “Juge-président de la cour suprême de Kanaky” ?

Même la journaliste de NC1ère s’est émue des propos de Mathias Chauchat puisqu’elle lui a signifié en fin d’émission que « même les leaders indépendantistes n’ont pas des propos aussi forts » que les siens et qu’il ne « voit rien d’autre que la violence ». Il faut dire que celui qui explique que « l’Etat a faussé le jeu avec une question binaire » et « avec un document déloyal » voit vraisemblablement, avec l’échec du référendum et la fin de l’Accord de Nouméa, ses rêves de grandeur s’envoler. En effet, dans le document édité par les indépendantistes en 2018 intitulé « le projet du FLNKS pour une Kanaky-Nouvelle-Calédonie souveraine », il était prévu en cas d’indépendance la création d’une « Cour Suprême qui cumulera les fonctions de Conseil d’Etat, de Cour de Cassation et du Conseil Constitutionnel. Une chambre des comptes lui sera rattachée (page 16, chap. Justice ; Sources : site UC) ». Or, selon une rumeur qui courre depuis des mois dans les couloirs de l’université, Mathias Chauchat se serait bien vu en juge-suprême de cette haute cour de justice de la Kanaky. Un poste qui lui aurait permis, sans jamais passer par le suffrage universel, de contrôler les lois et d’avoir la haute-main sur l’ensemble des autres institutions du pays souverain en cas d’indépendance… Alors, c’est sûr que, dans cette hypothèse, on peut comprendre son énervement !

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Rita

Officiant en free-lance pour plusieurs périodiques et médias calédoniens, cette pigiste professionnelle a rejoint l’équipe des contributeurs de Calédosphère depuis 2013 sous son nom de plume « Rita ». Spécialisée dans l’actualité quotidienne, elle se plait à y dénicher des sujets non-traités par les autres médias et à couvrir les évènements sensibles. Synthétique, réactive et parfois provocatrice elle essaie toujours d’écrire de manière claire, précise mais avant tout vivante. Son crédo : « Si ça pique, c’est un bon sujet »

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Djianou
Douï
4 février 2022 14:53

Doit pas niquer souvent le gazier quand tu vois sa tronche ….

XXX
XXX
27 janvier 2022 07:38

Mathias Chauchat
50 min  · 

POUR LE OUI
1 h  · 
Pour rappel, l’objet des prochaines discussions avec l’Etat colonial portera sur les 5 dernières compétences régaliennes. De fait, il faudra que les forces internes du FLNKS s’entendent sur un seul terme : Est ce une indépendance avec partenariat? interdépendance? association? Le débat est encore ouvert au sein du FLNKS et doit se faire rapidement.
À voir dans les prochaines publications.
 
 
Y’en a qui ont du mal avec la réalité.
 
A moins qu’à un certain niveau « d’expertise », l’erreur ne soit tout simplement plus possible.

XXX
XXX
22 janvier 2022 11:18

Le référendum d’autodétermination de décembre 2021 en Nouvelle-Calédonie : analyse des dynamiques électorales – Fondation Jean-Jaurès (jean-jaures.org)   …/ À partir des résultats au niveau des bureaux de vote, Sylvain Brouard, directeur de recherche de la FNSP au CEVIPOF, et Samuel Gorohouna, maître de conférences en sciences économiques à l’Université de Nouvelle-Calédonie, analysent les caractéristiques des comportements référendaires lors de ce scrutin./…   En conclusion, malgré les contraintes sanitaires et une campagne globalement atone, les différents éléments d’analyse présentés confirment l’existence de deux électorats particulièrement disciplinés lors de ce troisième référendum d’autodétermination.   L’électorat indépendantiste de 2020 est incontestablement à… Lire la suite »

Alika-antitra
Alika-antitra
Répondre à   XXX
22 janvier 2022 11:33

XXX : “Un à un bal au centre.”

Souvenirs, souvenirs …

comment image

XXX
XXX
Répondre à   alika-antitra
22 janvier 2022 21:54

Yes

XXX
XXX
Répondre à   alika-antitra
23 janvier 2022 07:41

A moins d’y voir le signe avant-coureur de l’entrée dans la danse des “exclus” avec le retour prochain du corps électoral… glissant.

Mister Eric
Électron Libre
Répondre à   XXX
22 janvier 2022 12:20

Ça s’ appelle “enfoncer des portes ouvertes”
C’est comme l’autre jeune qui essaie de resplendir partout avec son titre “docteur”, ces gens tirent des conclusions que le citoyen lambda connaît déjà.

XYY .
XYY .
16 janvier 2022 18:38

Alik.
Post du 15 janvier 2022 11:23
“Affaires Sensibles” avec B.Trépied en guest star.

Quelques approximations de F.Drouelle dont j’apprécie l’émission par ailleurs.
Parti pris patent de B.Trépied dont j’apprécie la clarté des propos par ailleurs.
J’avais répondu naguère à un vieux cador qui m’avait infligé un pensum sur le thème (en substance): compatibilité du populisme avec le fascisme.
Du coup je vais m’infliger un pensum du genre: compatibilité de l’anthropologie avec l’anti-indépendantisme.

Alika-antitra
Alika-antitra
Répondre à   XYY .
16 janvier 2022 19:22

XYY : “Quelques approximations de F.Drouelle ” J’ai été quelque peu surpris par sa présentation de la période 1984-85 (pendant une partie de laquelle j’étais en NC). Se limiter, concernant Thio, à citer une déclaration de son maire (que j’avais croisé à l’époque, aux bords de la Thio et de la Ouenghi), me parait un peu léger. “compatibilité de l’anthropologie avec l’anti-indépendantisme“ J’élargirais le champ en proposant “compatibilité de la recherche en sciences humaines avec une certaine distanciation de la pensée progressiste”. Sans prétendre à la moindre rigueur, j’aurais tendance à penser que les pourcentages doivent être du 10 – 90… Lire la suite »

XXX
XXX
13 janvier 2022 19:15

Hier, à 17:00 
 · 
« Il faut donc quelque chose de plus que le boycott actif. » Éloi Machoro
12 janvier 1985 : https://journals.openedition.org/jso/6936

Relayé par Chauchat sur sa page facebook.

Alika-antitra
Alika-antitra
6 janvier 2022 11:24

Le type de délinquance du détenu du Pacifique varie-t-il avec le PIB du pays dans lequel il délinque ?

https://www.dailypost.vu/news/sexual-crimes-top-statistics-over-9-years/article_86ad155a-8c9c-535c-b449-b12eeb047dc4.html

Une enquête analogue en NC permettrait d’utiles comparaisons.

Alika-antitra
Alika-antitra
6 janvier 2022 09:50

Projets fiscaux pour la NC :

https://www.facebook.com/photo/?fbid=1292257811201189&set=pcb.1292258217867815

récupéré sur la page FB de M. Chauchat.

XYY .
XYY .
Répondre à   alika-antitra
6 janvier 2022 15:28

Alik.
“Projets fiscaux pour la NC “.
Mercé. Un peu plus détaillé que sur LNC.
Le lien mis par Dread Lox étant mort, j’ai du récupérer la page 9 directement auprès de la DSF. (*)

Ce train de mesures fiscales n’ayant pas l’air d’émouvoir grand monde sauf le Medef, on se demande pourquoi Gyges ne l’a pas sorti de ses cartons en son temps…
Ce qui serait souhaitable pour la suite, c’est le train de mesures de diminution de la dépense publique.

(*) déso, la photo ne veut pas se charger…

Dernière modification 5 mois plus tôt par XYY .

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