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La France et la religion

Les attentats de Paris, entre autres questions, ont posé un débat majeur que l’on pensait obsolète depuis 1905 : les religions ont-elles une place dans le corps social français ? Pour l’heure, et comme seule réponse, la classe politique en appelle au respect de la laïcité et sa primauté dans le fonctionnement de notre société, mais l’on voit bien les limites de l’exercice n’ayant pas vraiment une idée très précise du concept. Or, chez les intellectuels, des voix s’élèvent pour réclamer une prise de conscience de la part du politique, ainsi le philosophe Pierre Manent

Il faut être exigeant sur l’aspect politique, c’est-à-dire sur l’indépendance organisationnelle, financière, intellectuelle, des musulmans français, ou des Français musulmans. Pour que les musulmans inscrivent leur vie dans l’espace français, les gouvernements doivent prendre certaines décisions (Libération, 25 octobre)

De fait, l’histoire nous instruit que l’État, quels que soient les régimes, a toujours cherché à imposer la priorité du politique sur le spirituel. Traumatisée et amoindrie par les guerres de religion de la seconde moitié du 16ème siècle puis par la révocation de l’Édit de Nantes (1685), la France a répondu d’une part par l’instauration de la monarchie absolue qui a permis de contourner politiquement le clergé, et d’autre part par les philosophes, les lumières, qui sous couvert de poser la question de dieu face à la science, ont remis en cause le rôle de la religion. Ce qui a conduit en droite ligne à la Révolution qui prôna la déchristianisation, instauré une « religion d’État », le culte de l’Être suprême et créé la Constitution civile du clergé (1790). La France a imposé dès lors, et le mouvement se poursuivra jusqu’au début du 20ème siècle, aux catholiques et aux protestants de s’affirmer d’abord comme Français, avant de revendiquer tout statut confessionnel. Napoléon 1er fera de même avec la communauté juive au travers du décret impérial du 17 mars 1808 qui organisera l’intégration au corps social français de la communauté juive.

Cela n’empêchera pas les soubresauts et les tentatives, notamment chez les catholiques, pour contrer une République jugée athée et subversive. Ce qui conduit en 1905 à l’adoption de la loi de séparation des Églises et de l’État dont l’article 1 prévoit que : « la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes » et l’article 2, « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». L’application de cette loi, plus que jamais en vigueur aujourd’hui, se fera dans la violence et les protestations du Vatican, encyclique de Pie X « Vehementer nos ».

Tout cela montre qu’à différentes étapes de l’Histoire, l’État a du organiser, réglementer, soumettre le fait religieux parce qu’il en allait de sa survie. Et voilà qu’aujourd’hui se pose la même problématique avec l’Islam. Comment l’État peut-il obtenir de l’oummat, la communauté des musulmans de France, qu’elle assujettisse son destin à celui de la communauté nationale ? C’est d’autant plus compliqué que le phénomène d’installation de l’Islam en France est assez récent et directement lié au traumatisme de 1962 et de l’indépendance de l’Algérie. Et cela brouille les relations de la France et des Français avec les musulmans. Les tentatives de l’État pour organiser un Islam de France, comme la création en 2003 par Nicolas Sarkozy, ministre des Cultes, du CNCM (Conseil National du Culte Musulman), ne porteront pas leurs fruits. Le CNCM voit son audience très sérieusement contestée par d’autres organisations comme l’UOIF (Union des Organisations islamiques de France) à l’idéologie proche de celle des frères musulmans dont la devise est « le Coran est notre Constitution » et qui revendique 170 000 visiteurs au salon qu’elle organise chaque année au Bourget. Les lois prises jusqu’alors, comme celle sur le voile, demeurent sans effet.

À cela s’ajoute le fait que l’Islam en France est largement « subventionné » par l’étranger, notamment les pays du Golfe, qui finance les associations, les mosquées et les imams, dont le fonctionnement et les discours, échappent à tout contrôle. Cela ne contribue pas à ce que les musulmans de France sachent où et comment se positionner vis-à-vis de la Nation. Ce que souligne Pierre Manent, auteur d’un essai, « Situation de la France », qui alimente actuellement tous les commentaires

Les musulmans ne peuvent pas vivre indéfiniment dans cette incertitude d’appartenance. Dans ce contexte, la question de la langue est décisive. Le français est la langue de la République : le gouvernement serait dans son droit en pressant les associations musulmanes d’être instruites par des figures d’autorité françaises, parlant français, et ne dépendant pas de pays étrangers (Libération, 25 octobre)

L’État doit donc, au risque d’amplifier ce que Pierre Manent appelle « la cristallisation communautaire » déjà bien entamée, assumer son rôle en conduisant avec fermeté, les musulmans eux-mêmes à intégrer le récit national.

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Eric

Quand je dis que la pire chose qui soit arrivé au monde c’est la religion, j’ai bien peur d’avoir raison…!!!

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@Eric – “Le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas” aurait dit Malraux, (C’est tout au moins sous cette forme que cette idée est passée à la postérité.) Apparemment, certains l’ont pris au pied de la lettre comme ils le font avec la Bible ou le Coran, comme s’ils s’étaient préparés depuis longtemps, les uns et les autres, au Moyen Orient comme en Europe, a nous faire le match retour des croisades. Comme s’il ne s’était rien passé depuis 7 siècles, 700 ans. Comme si d’un côté comme de l’autre, ils avaient attendus tout ce temps, à l’affut. Les… Lire la suite »

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