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A propos du « peuple kanak sinistré » , d’après le Sénat Coutumier

La demande récente par le Sénat Coutumier de la mise en place d’un « Plan Marshall » pour la population kanak, et en particulier sa jeunesse, ne peut qu’engendrer une multitude de réactions: amusement devant ce qui pourrait être interprété comme un aveu d‘impuissance, moquerie devant l’expression « Plan Marshall », tant celle-ci semble bien exagérée au regard de la situation . Mais dans le sillage de ce qui s’apparente peut-être à un acte de communication, ou une démarche de positionnement sur l’échiquier politique, des questions doivent être posées pour s’interroger sur la vraie situation de la population kanak et sa jeunesse aujourd’hui, et peut-être aussi sur les responsabilités, morales, politiques, intellectuelles s’il y en a. Le sujet est bien trop vaste pour l’explorer de manière complète, tant il y a à dire, tant on peut le voir sous différents angles, que les commentateurs de cet article ne manqueront pas d’ajouter. Mais j’aimerais ici l’aborder sur quelques points précis, en espérant ne pas trop me disperser et tenir un “fil conducteur”.

Il est vrai qu’aujourd’hui la population kanak est touchée par des fléaux bien connus : échec scolaire, délinquance, chômage, mais aussi une jeunesse sans doute un peu délaissée par ses propres procréateurs. Et ce dans un contexte politique revendicatif, victimaire, et peut-être aussi accusateur à tort envers les autres membres de la société. Alors, remettons les choses dans leur contexte pour poser les bonnes questions, et pour mieux les appréhender: et si c’était l’idéologie kanakiste née des Evénements de 1984, avec tout ce qu’elle a porté –et continue de porter– en elle de négatif, de rejet, de non-constructif, voire d’obscur qui a amené le « peuple kanak sinistré» là où il en est aujourd’hui ? Et si c’était l’impasse idéologique — pour ne pas dire l’impasse humaine — dans laquelle un certain kanakisme « révolutionnaire » –mais surtout stérile– a aussi et pendant trop longtemps enfermé sa jeunesse, qui en était responsable ?

De quoi parlons-nous ? Du rejet du système éducatif, de la soi-disant « école coloniale ». Rejet de l’égalité des chances (mais aussi de la mixité ethnique dans l’égalité et le respect mutuel) et de l’égalité tout court par l’enseignement. Mais aussi du rejet de la justice « la justice coloniale », justice dont le rôle est de poser des repères et définir les limites. Rejet qui a été en soi une justification morale pour la délinquance des jeunes Kanak, délinquance qui depuis longtemps est un acte politique, c‘est dire l‘ampleur du désastre. Au final, rejet de l’insertion de l’individu, de sa respectabilité, de son civisme, par le rejet de l’enseignement et de la justice. De quoi parlons-nous ? De l’enfermement dans une « culture » de la revendication foncière, de la victimisation stérile mais éternelle devant l’Histoire, mais qui n’a rien apporté de concret, qui n’a rien construit, et qui ne porte pas en elle de projet réel et aboutissant pour la jeunesse kanak. Pour en être arrivé où ? À un abandon de ces mêmes terres revendiquées, à des verrouillages culturels toujours présents, à un exode rural massif et un développement de squats autour de Nouméa, avec toute l’aliénation sociale et l’acculturation que ce phénomène porte en lui. Il s’ensuit une nouvelle victimisation; si ces gens sont dans des squats, c’est parce qu’ils sont pauvres, c’est parce qu’on leur a pris quelque chose, c’est parce qu’ils sont victimes –encore !– du « système ».

Et pour faire ici un aparté dans ce que nous appelons le kanakisme obscur et non-constructif, n’oublions pas de souligner que cette délinquance a été instrumentalisée par des politiciens et des syndicalistes. On se souvient d’un conflit social autour d’une société de transport en autobus, où des adolescents kanak ont été encouragés à se joindre à des actes de rébellion violente… puis oubliés par ceux-là même qui les ont « exploités » à ces fins. On se souvient d’un certain chef-de-rien-du-tout, dont la moustache me rappelle un certain Adolphe, qui prodiguait de bons conseils à des jeunes Kanak pour exercer leur violence sur les automobilistes et riverains. Et si le Sénat Coutumier faisait involontairement peut-être… acte de lucidité… mais pour les autres, et les mettait devant la faute, devant les dégâts, le bilan peu glorieux de cette impasse idéologique aggravée par ces instrumentalisations honteuses ? Impasse idéologique qui est peut-être aujourd’hui une impasse historique, mais que certains salopards aimeraient encore exploiter pour leur dessein politique, ou plutôt leur dessein personnel… les coupables se reconnaitront, inutile de les nommer. Beaux salopards, c’est peut-être un peu à eux que le Sénat Coutumier devrait aussi aller réclamer des comptes…

Pour en revenir au sujet, peut-on pour autant faire de cela une généralité et considérer les Kanak comme un « peuple sinistré » ? Non. Non eu égard à tous les avantages et aides sociales dont-ils bénéficient, et à l‘égalité des chances et à l‘égalité tout cours. Non, ce serait-ce que par décence si on se compare au sort peu enviable que connaissent leurs cousins les Aborigènes d’Australie. Alors qui sont les « sinistrés » aujourd’hui ? Tous les Kanak ? Non, bien sûr. Il y en a qui réussissent à l’école et dans la vie (et c’est tant mieux, pour eux, pour le pays en général) il y en a qui réussissent parce que leurs parents sont des mères et des pères dignes de ce nom. Parce qu’ils ont su élever leurs enfants de manière responsable et avec intelligence; ne les oublions pas, ces parents-là, et le mérite qu’ils ont; j’en connais personnellement. Ils font honneur à leur ethnie, à leur culture. Et aussi parce que les enseignants (à 90% d’ethnie européenne) de l’école coloniale ont en tout professionnalisme, en tout humanisme, en toute sincérité, pleinement joué leur rôle. Aujourd’hui adultes, ces Kanak réussissent parce que ce sont des adultes qui se prennent en charge, et ils sont nombreux, Dieu merci.

Alors nous en arrivons à une vision moins ethnique et plus sociale, voire plus universelle de la question. Ce ne sont pas les Kanak en tant que groupe ethnique entier qui sont sinistrés, c’est sans doute une certaine frange, une classe défavorisée, une « sous-classe » comme on dit. Et pour remettre les choses dans un contexte plus large, plus universel, dans tous les pays, toutes les ethnies (il suffit de lire la presse internationale pour s’en rendre compte) il y a une part de population défavorisée victime des mêmes fléaux; l’alcool, les violences conjugales, les enfants dont les parents ne s’occupent pas, les « pères » qui ne sont rien de plus que des géniteurs, avec pour résultat des jeunes –garçons le plus souvent– qui finissent dans l’échec scolaire, la délinquance, le chômage. Les enfants kanak qui grandissent en l’absence de leur père, ce n’est pas cela qui manque dans ce pays; j’en ai même croisés et discuté avec, ces géniteurs fiers de leurs exploits sexuels qui font d’eux « des hommes ». Ils ont même l’audace de considérer leurs enfants, leur peuple, comme « victime de l’Histoire » ou du système, n’ayant ni l’intelligence ni l’honnêteté d’admettre que ces enfants sont d’abord victimes de l’indécence de leur distant géniteur qu‘ils sont.

J’ai parlé plus haut de « kanakisme révolutionnaire stérile », justement le mot « stérile » me rappelle autre chose: ce que l’on a appelé, après les Evénements, « la guerre des berceaux » pour gagner démographiquement l’indépendance. Aujourd’hui, avec tous ces gosses en familles trop nombreuses, élevés dans la précarité ou pas élevés du tout, livrés à eux-mêmes, tombant dans la délinquance, rejetés en marge de la société, on peut se demander si la fécondité « révolutionnaire » encouragée n’a pas été en soi destructrice de son propre peuple. On ajoutera cela au triste bilan ce que j’ai appelé plus haut « l’idéologie kanakiste ». Mais la malhonnêteté intellectuelle et la victimisation ayant toujours cours dans ce pays, sur qui rejettera-t-on la faute, cette fois ? Et quand on fait l’addition de tout ce qui tombe sous le coup de l’idéologie kanakiste stérile expliquée plus haut et ci-dessus, il y a de quoi se demander si nous n’avons pas un peuple qui s’est trompé (ou a été trompé, par qui ?) sur toute la ligne, et ce depuis trente ans. Ce qui expliquerait pourquoi il est « sinistré ».

Nous en arrivons donc au cœur du problème, à ce à quoi « le sinistre » réfère. Vu que l’on peut resituer la problématique dans un contexte plus large et plus universel, on peut toujours arguer que les Kanak sont victimes des fléaux d’une certaine occidentalisation et son évolution contemporaine, et que donc c’est de là d’où vient le mal que doit venir le remède. Mais en Nouvelle-Calédonie (ou peut-être devrais-je dire ici « en Kanaky » , pour être clair dans la portée et le sens de mon propos ?) où un nombre trop élevé d’enfants ne sont pas élevés comme ils devraient l’être, où trop de pères ne sont pas des pères mais de simples géniteurs, il y a peut-être une autre façon de voir les choses et s‘attaquer au problème. Où est la place à la prise de conscience individuelle, à la responsabilité individuelle (ou collective, parmi les concernés, bien sûr) , au ressaisissement, par l’intelligence, par la culture, par les tenants de l’autorité morale ou coutumière, dans la réparation de ce sinistre ? Et si la solution venait de l’individu, de ses propres repères culturels, et mêmes de repères universels structurants, au lieu d’attendre que des programmes sociaux s’en chargent ? L’ethnie victime (et peut-être aussi coupable) du sinistre n’en sortira que plus grandie, plus fière, plus forte, plus respectable si les acteurs intérieurs concernés (le Sénat Coutumier en premier, peut-être ?) prenaient le taureau par les cornes au lieu d’attendre un « Plan Marshall ». Il n’y a pas besoin de Plan Marshall (qui ne sera qu’une pompe à fric, et les pompes à fric ne peuvent pas résoudre tous les problèmes sociaux, n‘en déplaise aux esprits socialistes) pour combattre le problème. Par contre il y a une autre voie : et si le kanakisme révolutionnaire stérile se muait en autre chose ? (chez les personnes directement concernées, bien sûr, et les autres qui pourraient les aider)

Pour conclure, trois points. En premier, n’oublions pas de souligner que le Sénat Coutumier soulève un vrai problème lorsqu‘il parle des politiciens kanak et de leur silence. Plus grave encore, n’oublions pas le silence assourdissant qui n’a que trop duré de ces mêmes politiciens kanak sur des actes de violence criminelle (agressions, meurtres… racistes ?), violence sociale (blocages routiers aux relents racistes, caillassages d‘automobilistes), violence économique ou environnementale (feux de brousse, saccages d’outils économiques miniers) . Mais soyons juste, le silence par peur de se mouiller est une posture caractéristique des politiciens de tous bords dans ce pays dès qu’il y a de l’orage dans l’air. Deuxième, le Sénat Coutumier a-t-il soulevé un vrai problème de fond et mis la classe politique kanak dans une position délicate ? Celle du silence de la couardise, ou du silence complaisant-coupable ou je-m’en-foutiste ? Ou a-t-il simplement mis ce pays devant une triste réalité : l’impuissance (ou l’indifférence) de sa classe politique ? Pire encore, cette démarche ne serait-elle pas un aveu (involontaire) d’impuissance de la part de ceux-là même qui la portent ? Ou même une cassure entre le pouvoir politique kanak et le pouvoir coutumier, les uns semblant vouloir dépasser les autres (la Charte du peuple kanak ayant été le point de départ de cette manœuvre, … mais ce n‘est que mon avis). En troisième, cette démarche du Sénat Coutumier, qu’elle soit utile ou non, qu’elle soit noble ou ridicule (chacun son jugement là-dessus) ne devrait pas rester sans conséquence politique pour peu que le feu soit soigneusement entretenu. Mais au minimum, à un niveau moindre, elle devrait (et c’est mon souhait) aboutir à un choc dans les esprits de ce pays, choc saint et salutaire qui pourrait, qui devrait changer les choses. La balle est peut-être maintenant dans le camp de certains « citoyens ». Car la citoyenneté, c’est aussi cela; des actes concrets et sensés, et pas que de l’idéologie politique et une carte d’électeur.

Mister Eric

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Kagou
Kagou

Depuis quand Moindou se trouve dans l’aire Xaracuu ?

XXX
XXX

Ce soir au JT, LKU conteste les conclusions du dernier comité des signataires. Pas de quoi être étonné venant de quelqu’un qui a toujours été un opposant résolu de l’accord de Nouméa. Rien de nouveau de ce point de vue sous le soleil depuis 18 ans. Sauf pour l’UC qui a force d’avoir “le cul entre deux chaises” et de jouer entre le FLNKS et le groupe UC et Nationalistes au Congrès est de moins en moins audible et de moins en moins crédible comme parti en capacité d’assumer des responsabilités institutionnelles. Elle pourrait bien finir écartelée. Comme si cette… Lire la suite »

tyty

Belle analyse du paysage actuel. On peut aimer ou pas, mais il faut admettre que la plupart des point sont une triste réalité. “On” leur à fait croire qu’un jardin d’eden leur était promis et qu’il s’appelait Kanaky, mais plus le temps passe et plus le mirage se dissipe. On se croirait en Palestine avec la terre promise, un confit sans fin… La vérité finit toujours par percer, et aujourd’hui, on se rend compte que TOUS les habitants du caillou sont les victimes d’une manipulation d’hommes assoiffés de pouvoir. “On peut tromper une partie du peuple tout le temps et… Lire la suite »

Yvan La Méche
Yvan La Méche

Tyty,Pour Abraham Lincoln :

Depuis plus de 40 ans l’UMPS trompe la populasse à tours de bras…(Mittérand nous a roulé dans la farine avec l’indépandence en ce qui nous concerne).
Et c’est de pire en pire en France avec l’afflux de musulmerdes alors que la France compte 11.000.000 (11 millions de pauvres…..11 millions de ses ressortissants….).

Heureusement qu’ici, pays Nationaliste et anti-musulmerde, il y a la communauté premiére qui s’occuppe activement de ne pas tomber dans cette chienlie….et ses piéges mondialistes .

Martin
Martin

Vous connaissez beaucoup de peuple qui se permettent de zapper d’un boulot a un autre, qui se défonce au cannabis, au cava, à l’alcool, possède une voiture récente, des équipements ludiques derniers cris, (PC, console etc.) et je ne parlerai pas des coutumes, où les billets de 10 000 sont distribués comme des images, et je ne parlerai pas non plus de leur présence quotidiene au “bingo” et aux “Casino”.
Plan Marshall ! faite moi rire!

NoComment
NoComment

Exact, l’échec social est devenu pour certains une arme politique. Comment ensuite penser qu’ils sont de bonne foi?

gilles palix
gilles palix

je ne suis pas du tout d’accord avec cette analyse et le “posé” des problèmes sans parler des solutions. Il faudrait se positionner, afin de bien analyser, se mettre à la place de… et peut être que vos certitudes tomberaient d’elles mêmes. mais vous avez le droit de penser ce que vous voulez tout comme moi. je ne pense pas qu’il y ait le moindre soupçon de chemin vers autrui dans votre position. une conversation privée me ravirai, néanmoins. amitié

NoComment
NoComment

Des solutions, il y en a en théorie mais faut il vouloir les appliquer or ce serait une perte de pouvoir pour certains et ensuite il faut du courage et de l’honneur ce dont sont dénué les politiciens en général

tyty

Gilles palix, j’aimerai beaucoup avoir votre position et votre analyse du problème. Toutes les perspectives sont bonnes à prendre en considération, et je suis sur que votre point de vue intéressera d’autre participant du forum. Pour ma part, j’aurais tendance à penser que c’est de la peine perdue de tenter d’aider quelqu’un qui n’en a pas envie. Certaines personnes se complaisent dans une situation de victime et ne font pas la démarche personnelle d’en sortir. Il est impossible de sortir quelqu’un de sa misère si ce dernier ne fait aucun effort pour vous soutenir dans votre démarche. Vous voyez, lorsqu’une… Lire la suite »

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