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Ma plaidoirie pour les juges de Lecren

Ô Monsieur le juge du tribunal de la Justice-équitable de Nouméa, s’il vous plait, lisez mes paroles !

Alors je sais que vous êtes très occupé en ce moment avec tous ces délinquants qu’il faut protéger des conditions de détention terribles du Camp Est, mais je voulais vous rappelez entre deux parties de scrabble que dans quelques jours vous devrez juger le pauvre Anthony Lecren. Vous voyez qui ? Mais si rappelez-vous, Antho, “Tino-la-bouteille”, “Ipad-man”, mon poto qui a une fonction au gouvernement (je n’irai pas jusqu’à dire qu’il y travaille puisque je parle à un juge et que je suis donc sous le sceau du serment de la bible qui m’oblige à dire la vérité). Eh bien, Tony, il a eu des petits problèmes comme vous savez… Il est accusé de violences volontaires sur une dame et d’avoir menacé des policiers et pis d’avoir fait tout ça un petit peu pompette. Vous me direz que sur le papier, vu que vous l’avez déjà condamné l’année dernière pour conduite en état d’ivresse, l’ensemble ne plaide pas trop en sa faveur. Mais attendez un peu d’avoir lu ma plaidoirie avant de la ramener sinon on va pas y arriver. Ainsi, je commence :

Tout d’abord votre honneur, je tiens à vous signaler qu’il n’existe aucun rapport entre les deux affaires. Dans l’une, il était bourré, soit. Il s’est fait choppé au volant, soit. Mais c’était en avril. L’autre affaire, ce n’était pas du tout le même jour ! Alors, je vous le demande Monsieur le président : doit-on être jugé ad vitam aeternam pour un fait ayant eu lieu dans notre lointain passé et voir celui-ci, tel un torrent de boue dégueulasse, nous suivre jusqu’à la fin des temps ? Hein ? Franchement, je vous le demande ? [Là, bien sûr il faut imaginer que j’utilise une grosse voix grave à la Jean-Pierre Marielle, histoire de bien vous impressionner (Oui, je suis obligé de faire aussi les sous-titres parce que comme c’est une plaidoirie à l’écrit, ben c’est pas facile, alors mettez-y du votre bon Dieu)]

Donc on est d’accord : ya pas de rapport entre les deux affaires et on en parle plus. On pose deux et je retiens un.

Quant à l’affaire qui nous occupe, je tiens, votre éminence, à ce qu’on s’en tienne aux faits et uniquement aux faits ! [à ce moment-là il faut imaginer que je fais un mouvement ample avec ma robe d’avocat. Mouvement rapide mais néanmoins gracieux ce qui créé chez vous le plus profond effet] Et donc, disais-je, regardons les faits. On accuse mon Tony d’avoir frappé sa compagne et d’avoir tenté de l’étrangler complètement beurré parce qu’elle se refusait à lui et ensuite d’avoir copieusement engueuler les flics et de les avoir menacé de mort lorsqu’ils sont arrivés pour l’embarquer au poste ? Hé bien, Taratata ! Ce que vous ne savez pas, c’est qu’en fait, mon Tony, il est très maladroit. En fait, la vérité quelle est-elle ? Hein ? Quelle est-elle ? Et bien je vais vous la dire.

La vérité, c’est que mon Tony, il avait un peu bu. Oui, il faut le reconnaître. Il a un petit penchant pour la bouteille. Des fois au gouvernement, il est tellement saoul qu’il n’entend même pas le président lui demander de démissionner. Alors que s’est-il vraiment passé ? C’est tout simple Charles. Mon Tony, il a eu peur de conduire encore saoul et de se refaire chopper par les flics. Ni une ni deux, après une séance de travail dans un petit bar sympa de la baie de l’Orphelinat qu’il affectionne, il est allé chez la première personne qu’il connaissait et qui habitait justement le quartier. Et c’est ainsi que tôt dans la soirée, vers les 2 heures du matin, il s’est rendu en bagnole chez cette dame qui était de ses amis. Mais là, ayant peur de déranger, il a d’abord crié son nom devant chez elle. Comme elle ne répondait pas – et s’inquiétant de ce fait – il a immédiatement défoncé sa porte. Il faut dire que les rues ne sont plus très sûres avec tous ces soudards qui déambulent de partout. Heureusement, la brave femme de quinze ans sa cadette allait bien. Mon Tony, fou heureux, eu alors envie de la prendre dans ses bras. Et c’est là que le drame advint.

Maladroit comme pas deux, il tituba sur le tapis du salon et essaya de se rattraper en s’agrippant à elle les deux mains autour du cou (d’où les très légères marques identifiées ensuite par le médecin du Samu), ce qui la fit tomber un peu durement sur le sol. Je vous rappelle (même si, grand Chambellan des lois, vous n’ignorez rien) que la jurisprudence « Ehsan Abdulaziz » démontre qu’un homme peut tout à fait trébucher sur une jeune fille en la pénétrant par accident, comme ce fut le cas de ce millionnaire saoudien qui fut odieusement accusé de viol par une jeune gourgandine de 18 ans en Angleterre il y a de ça quelques mois. Pour la petite histoire, si cet homme-là a été acquitté par la justice anglaise, je n’en demande pas moins pour mon poto. Après tout, la justice française comme la vierge doit de temps en temps faire quelques apparitions, sinon à la fin on n’y croit plus trop.

Quant aux insultes et aux menaces de mort sur les policiers, allons ! Allons ! Allons ! Certes, sur ce point je n’ai pas trop d’arguments, mais vous conviendrez que se faire arrêter parce qu’on a défoncé une toute petite porte de rien du tout quand on est bourré ça fait chier quand même. Et puis, comme disent les avocats lorsqu’ils n’ont rien d’autre à dire : « en 35 ans de barreau, moi je n’ai jamais vu ça ». Alors, ok, il a un peu pété un câble. Mais il est jeune aussi mon Tony. C’est pas comme s’il était ministre ! (lol) De plus, est-ce vraiment le moment de s’en prendre à un élu ? Vous avez franchement d’autres soucis en tête. N’oubliez pas que le Conseil National des Barreaux n’accepte pas l’article 15 du budget 2016 prévoyant de prélever encore plus les CARPA. Alors, naturellement, je n’ai aucune idée de ce que cela veut dire, mais je me suis dit que ça pourrait vous impressionner de voir que j’ai des connaissances juridiques, et comme j’ai lu sur les forums des avocats qu’ils en étaient pas content du tout, je me dis que ça vous touche au cœur à vous également puisque ça doit être vos copains.

Moi je dis qu’une petite mise à l’épreuve, un bon mois de sursis, on en parle plus et tout le monde rentre chez soi regarder Joséphine Ange Gardien. Car vous savez, mon Tony n’est pas une flèche, mais il peut encore s’avérer utile au gouvernement pour distribuer le courrier ou porter des objets lourds, et ce, malgré son allure candide. S’il va en prison, qui servira l’apéro ? Passé l’effroi des premières heures en sa compagnie, peut-être verrez-vous bientôt poindre en lui une certaine forme d’intelligence. En tout cas, sachez que Tony mettra du cœur à l’ouvrage quel que soit le niveau de pénibilité et d’ennui des tâches que vous lui confierez. Et à défaut de sanction, si vous voulez lui faire plaisir, n’hésitez pas à lui offrir de belles photos de paysages, qui viendront agrémenter sa page Facebook car c’est son petit péché mignon. Sur ce, j’en finis là et je m’en vais passer le difficile concours du barreau lequel a pour thème cette année « Vaut-il mieux être un loup, un renard, ou une belette ? ». Je propose donc de lever l’audience ainsi que nos verres et de trinquer ensemble à votre santé et à la prison du même nom. Bisous.

PS : N’hésitez pas Monsieur le juge à me faire des compliments ou à me proposer un job de greffier en utilisant l’adresse ci-à-droite : [email protected]

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6 Commentaires sur "Ma plaidoirie pour les juges de Lecren"

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Janloupe Pahune

Peut-être sera-t-il ac-cuité ….

Maître, pourrait ‘on avoir déjà un avant goût de votre plaidoirie pour jonny la baston ?

obelix

Quelle ironie… la Justice en attente d’être jugée par le Peuple!

gil

Lol, c’est de l’acharnement 🙂

A quitté son poste voila ce qu’on voudrait entendre et Rien d’autre…

A-quitter (d’urgence!)

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