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Habitants de Dumbéa : attention, ça va bientôt puer !

En plus du Médipole qui fait sa renommée, Dumbéa-sur-Mer va bientôt accueillir une autre construction, mais cette fois-ci industrielle. La première grande station d’épuration par séchage solaire va ainsi voir le jour au cœur de la ZAC Panda. Au programme : des réservoirs de caca à ciel ouvert, une rivière de caca et des ventilateurs en prime. A vue de nez, ça va se sentir.

Introduction

Ah Dumbéa-sur-mer ! Entre Nakutakoin et l’Anse d’Apogoti, la Pointe à la Luzerne et la Plaine d’Adam, que de merveilles et quelle joie d’y vivre. Du soleil, de la mer, la vue sur le lagon, les montagnes, du vent frais et bientôt… de la merde. Oui vous avez bien lu. Non pas de la « merde » symbolique, mais de la merde dans son sens tout à fait littéral. Du caca. Des étrons. Des tonnes et des tonnes de merde. 115.000 tonnes par an pour être précis… Car comme beaucoup de Calédoniens le savent, la population de la commune de Dumbéa va quasiment doubler d’ici 2020, passant de 22 500 à environ 40 000 habitants. Et dans ce qui va devenir rien de moins que la plus grande ZAC de France, les autorités compétentes n’ont rien trouvé de mieux cette fois-ci que d’installer en son cœur un complexe de stations d’épuration à ciel ouvert. Mais les stations d’épuration c’est bien nous direz-vous ? Bien évidemment et c’est même indispensable. Mais ce coup-ci, ce n’est pas du tout le genre de station d’épuration que l’on connait ici ou là. Cette fois-ci, la Nouvelle-Calédonie a visé grand. Elle a visé large. Elle veut marquer le coup. Car ce qui va se construire en plein cœur de Dumbéa c’est « une station de traitement des boues d’épuration par séchage solaire ». Oui, par séchage solaire. Car dans ce nouveau complexe que les Dumbéens vont bientôt apprendre à très bien connaitre, ce qu’on appelle les boues (en fait ce sera uniquement du caca) vont être entreposées, étendues, brassées et surtout ventilées afin d’en faire du caca-qui-pue, certes, mais du caca-utile : c’est-à-dire de l’engrais pour nos agriculteurs. Même qu’on pourra le vendre (ce qui permettra à certains de gagner de l’argent). Et dans cet article, vous allez comprendre pourquoi – même si le principe est très beau sur le papier, même s’il est parfaitement écologique – il est, surtout, très clair que ça va dans pas longtemps véritablement puer la m**** dans les cinq kilomètres à la ronde. Alors si vous habitez très loin de Dumbéa, que votre domicile n’est pas exposé aux vents de la Baie de Koutio, prenez place sur votre chaise, préparez-vous un café et savourez la nouvelle idée de nos têtes pensantes à savoir « Et si on construisait des bassins de caca et une rivière de caca en plein cœur de la 3ème ville de Calédonie ? ». Banco Robert !

Tout repose sur l’aération

L’ensemble du projet a en fait été présenté dans le Journal officiel de Nouvelle-Calédonie (11.505) daté du 16 décembre 2014. Le futur site industriel classé ICPE se présente pour une part comme une station d’épuration classique avec des bassins tampon ou d’aération (d’un volume utile de 750m3) et des dispositifs d’aménagement nécessaires au traitement des eaux de vidange. Mais la nouveauté de ce projet proposé par la société Epuration et Séchage Services (ES Services), c’est en partie l’aération des boues (c’est-à-dire des excréments provenant des habitations). Le projet stipule ainsi à de nombreuses reprises que la boue ( = le caca) doit être aéré en continu afin que sa siccité augmente, c’est-à-dire que les liquides s’évaporent en grande partie afin qu’il ne reste plus qu’une matière assez solide pour être entreposée et séchée par le soleil.

« L’exploitant doit veiller notamment à assurer l’aération nécessaire des matières traitées pour éviter leur dégradation anaérobie à tous les stades de leur présence sur le site (…) au moyen de deux extracteurs d’air muraux, avec un débit de 17 500 m3/h sous 450Pa avec un fonctionnement en parallèle (…) Si l’aération des eaux s’avère insuffisante, une deuxième turbine flottante doit être disponible à tout moment et mise en place si nécessaire (Extraits ARRETE N° 2875-2014/ARR/DENV – JONC) »

Bref, comprenez qu’avec 17.500m3 par heure, ça va brasser sévère même avec des biofiltres. Car une fois que le caca sera récupéré dans des bassins, il sera entreposé dans « deux serres de séchage solaire de 926m² chacune » et délicatement posé au sol. Le projet stipule qu’il y en aura sur 15 cm de hauteur. Sur deux hectares ça fait donc 2*100m*100m*0.15m= 3000m3 de caca :

« La hauteur moyenne du lit de boues dans les serres est de 15 cm. Les conditions aérobies doivent être maintenues dans les serres pour éviter la fermentation anaérobie et la production de sulfure d’hydrogène et d’ammoniac. Le temps de séchage des boues est de 5 à 7 jours (Extraits ARRETE N° 2875-2014/ARR/DENV – JONC) »

Mais ne vous inquiétez pas pour les employés puisque le dossier de présentation affirme que « le personnel sera équipé de masque anti-poussière et d’un détecteur de gaz adapté aux risques ». S’agissant des odeurs, le projet est assez flou mais on sent bien au bout de la 23ème page du document que ses promoteurs s’attendent à ce que ça schlingue pas mal vu qu’il est indiqué en toute lettre que « dans le cas où la production d’odeurs est importante et qu’elle ne peut être traitée totalement par les biofiltres, l’utilisation de masquant d’odeurs au niveau des serres peut être envisagée ». Le projet ne stipule pas en revanche si les masques à gaz seront fournis au voisinage. Notons qu’avec 3 millions de litres de caca qui chauffe, ça risque tout de même de couter cher en désodorisants (la rédaction de Calédosphère conseille « Senteur Pin » de Brise ou « Fleur de Lavande » de Spontex ).

Mais comment va être différencié le vrai-caca du faux-caca- ?

Car le plus grave – ou le plus rigolo, ça dépend si on habite Dumbéa ou pas – n’est pas là. Le fait le plus marquant c’est qu’en Nouvelle-Calédonie tout comme en métropole, sont interdits par la loi dans ce genre d’installations « toute matière de vidange présentant des traces d’hydrocarbure ». Et ce projet en tient compte puisqu’il est stipulé dans le point 1 de son article 5 que :

« Tous les déchets présentant des traces d’hydrocarbures sont refusés sur le site de traitement (Extraits ARRETE N° 2875-2014/ARR/DENV – JONC) »

Or, les vidangeurs calédoniens (qui vont amener le caca/les boues sur site) ne se contentent pas toujours de transporter uniquement les contenus des fosses septiques des habitations. En effet, ils vidangent également les restaurants ou les hôtels (donc les graisses) et les entreprises (garages, industries,…). Or, et là c’est fondamental : le procédé de « station d’épuration par séchage solaire » ne fonctionne qu’avec du vrai-caca ! Pas du caca-mélangé à d’autres déchets qui n’est pas bon du tout. Evidemment puisqu’il s’agit de le faire sécher pour en faire de l’engrais pour nos légumes. Alors, comment vont-ils faire pour différencier le vrai-caca du faux-caca ? Eh bien, pas de panique, les experts de « Epuration et Séchage Services » ont eu l’idée du siècle : ils vont demander aux vidangeurs de déverser le caca dans une cuve sur les hauteurs de la ZAC Panda, elle-même reliée à un canal de plus de 100 mètres de long (à l’air libre) relié à une autre cuve afin que les contenus des fosses septiques soient « observés et vérifiés » par des employés qui se tiendront de chaque côté de la « rivière de caca » ainsi créée :

« Lors du dépotage d’un camion, les matières de vidange sont déversées dans un canal métallique ouvert permettant un contrôle visuel par le personnel habilité. Si le déchet présente un aspect suspect, ce dernier est dévié vers une cuve tampon via des vannes manuelles pour un contrôle de la qualité des eaux déviées. En cas de non-conformité, les matières de vidange stockées dans la cuve tampon sont récupérées par son dépositaire et l’exploitant, ou son représentant, l’informe des filières existantes pour sa gestion (Extraits ARRETE N° 2875-2014/ARR/DENV – JONC) »

Vous avez donc bien compris. Lorsque le Journal Officiel de la Nouvelle-Calédonie stipule qu’un « contrôle visuel par le personnel habilité » sera effectué pour vérifier si le déchet « présente un aspect suspect », ça veut tout simplement dire qu’il y aura des gens payés pour observer le caca qui passe… Et si c’est pas du bon caca, alerte générale ! A ce moment-là le faux-caca-pas-beau sera dévié et entreposé ailleurs et le vidangeur viendra récupérer son chargement. On ignore encore pour l’instant les habilitations du personnel en question puisque « vérificateur de caca », ça n’existe pas encore comme diplôme. L’Université du pacifique devrait peut-être se pencher sur la question.

Ne vous inquiétez pas, ils ont prévu les plaintes !

Ainsi, trois millions de litres de caca qui chauffent, deux cuves et un canal rempli d’excréments, le tout en plein air, ça va sacrément puer, d’autant plus que des brasseurs d’air et des ventilateurs sont prévus pour bien aérer tout ça. C’est la raison pour laquelle la société Epuration et Séchage Services (ES Services) a anticipé les futures plaintes du voisinage. L’article 8 précise donc que « la mesure des émissions olfactives est trimestrielle durant la première année de mise en service et en cas de plaintes ». Sachez donc déjà que si vous habitez la zone et que vous vous plaignez bientôt parce que ça sent un peu la m**** après la mise en route de cette nouvelle installation, l’exploitant s’est préparé à passer d’études semestrielles à des études trimestrielles. En préparation, la société ES Services aura même un registre de plaintes pour toutes bien pouvoir les noter dans un cahier :

« L’exploitant tient à jour un registre des éventuelles plaintes qui lui sont communiquées, comportant les informations nécessaires pour caractériser les conditions d’apparition des nuisances ayant motivé la plainte : date, heure, localisation, conditions météorologiques (Extraits Article 6.2 ; ARRETE N° 2875-2014/ARR/DENV – JONC) »

Des projets qui, ailleurs, ont fait polémique…

Le principe d’épandage des boues a, il est vrai, le vent en poupe du côté des associations écologiques. Car sur le papier, il s’agit bien de recycler et d’utiliser à bon escient des déchets organiques. Pour autant, dans la réalité des faits, le nombre d’incidents avec le voisinage dans ce genre d’installation fait souvent les choux-gras de la presse locale. S’agissant de « l’engrais » récupéré, celui-ci est très règlementé. Selon le JONC, il ne peut se faire à moins de 100 m de zones habitables, est interdit « pendant les périodes de forte pluviosité », comme « sur les terrains à forte pente » et n’est pas permis non plus « en dehors des terres régulièrement travaillées et des prairies ou des forêts exploitée ». De plus la durée de leur dépôt doit être inférieure à quarante-huit heures sur les terres agricoles. L’Est Républicain expliquait qu’à Moncenans, une petite commune du Doubs, les habitants ont souffert d’une contamination suite à des épandages de boues de station d’épuration. Le journal la Voix du Jura avait relevé que les serres de séchage de boues étaient en cause :

« Agacés, fatigués voire révoltés, les habitants du village de Doubs montaient au créneau. Au centre de leurs préoccupations d’alors, les odeurs nauséabondes se dégageant de la station d’épuration et plus particulièrement des serres de séchages des boues ne donnant, c’est le moins qu’on puisse écrire, pas totale satisfaction aux élus comme aux riverains (Extrait article ; La Voix du Nord) »

Mais de telles structures existent néanmoins dans d’autres pays du monde sans que cela fasse de vague. Le Maroc en manque d’eau pour ses infrastructures touristiques et d’engrais pour ses cultures en a maintenant fait une spécialité. Mais là-bas, les stations de séchage sont construites en plein désert… Selon le JONC en revanche, le projet de station d’épuration par séchage solaire local sera construit sur les parcelles 338 et 339 de la ZAC Panda. En plein cœur de Dumbéa-Sur-Mer, près de la rivière de la Dumbéa, et à moins de deux kilomètres du médipole. S’agissant de la ZAC elle-même, environ 400 lots à bâtir seront bientôt dédiés aux entreprises, aux commerces et à l’habitat. L’objectif assumé de l’installation est de traiter 115.000 tonnes de boues par an. A vue de nez. Mais au fait, le maire de la ville, Georges Naturel, il est au courant ?

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Officiant en free-lance pour plusieurs périodiques et médias calédoniens, cette pigiste professionnelle a rejoint l’équipe des contributeurs de Calédosphère depuis 2013 sous son nom de plume « Rita ». Spécialisée dans l’actualité quotidienne, elle se plait à y dénicher des sujets non-traités par les autres médias et à couvrir les évènements sensibles. Synthétique, réactive et parfois provocatrice elle essaie toujours d’écrire de manière claire, précise mais avant tout vivante. Son crédo : « Si ça pique, c’est un bon sujet »



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Alikantitra

Une petite dédicace :
https://www.youtube.com/watch?v=wEg_LmZAdBI
au moment où vient de sortir un article tout aussi indispensable sur Burger King.

Alikantitra
Anonyme

Pour rester dans le contexte cet article est une vraie merde, toute les stations d’épurations en Nouvelle-Calédonie sont équipées de “Lits de séchage” (de taille moindre certes) donc rien de nouveau. Et pour infos une station d’épuration qui est bien piloté ne sent pas la merde, si la station pue cela veut dire qu’elle est mal piloté ou qu’il y a un problème. Encore un article pour foutre la “merde” et qui parle sans rien savoir du sujet…

Alikantitra

Anonyme : “Pour rester dans le contexte cet article est une vraie merde” C’est un peu ce que je voulais dire (avec délicatesse) dans mon commentaire du 14/03 14:09 (plus bas sur cette page). Il y a des stations plus importantes en plein Nouméa (face à Gaston Bourret, à l’Hippodrome, au collège de Magenta, au rond point de Rivière Salée) et leur odeur n’incommode pas (en général). Et celle de Panda ne sera pas en plein cœur de la ville bien que peut-être dans le voisinage du centre géographique de la commune. De quoi amuser Georges Naturel si son service… Lire la suite »

zabulle
zabulle

J’adore votre article! Quel humour, merde alors! J’ai habité Nouméa deux ans avant de rentrer en France et la Nouvelle Calédonie reste mon meilleur souvenir de séjour “militaire”. Il est vrai que la Pointe de l’Artillerie, à elle seule, était une récompense!
zabulle

Alikantitra

Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris. L’arrêté n°2875-2014/ARR/DENV du 24/10/201 paru au JONC du 16/12/2014 autorise : ” l’exploitation d’un ouvrage de traitement des eaux de vidange et d’une unité de séchage solaire des boues de station d’épuration, sis à la ZAC Panda, commune de Dumbéa” par ES Service sur les parcelles 338-339 de la ZAC Panda. Sauf erreur de ma part, ce lieu se situe au bout du bout de la zone, à environ 700 m à l’E-S-E du milieu du pont de la VDO, à 800 m à l’O-N-O des premières habitations de la Zone Panda,… Lire la suite »

josyppin

Pas d’alarme ! Il suffit d’une revendication pour bloquer ce projet.

Eliot Nenesse

ouais ben la mairie sera dans la merde!

sagamore

A propos de mouches et de machins qui puent (suite)
.
Vous allez voter pour Fillon, vous ?
Sarko n’vous a-t-il pas suffit ?
Bof…

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