Connect with us

Calédosphère

Chroniqueurs

Les inégalités : Y-a-t-il un faux problème calédonien ?

Pendant la campagne des élections provinciales, les indépendantistes nous ont resservi le thème des inégalités. S’il est vrai qu’en Nouvelle-Calédonie ce problème est criant (et les inégalités qui se creusent sont un problème mondial), que ses raisons déjà connues et abondamment expliquées, que certains se livrent à des excès de cupidité scandaleux, il coïncide aussi –avec cependant quelques exceptions remarquables– avec les lignes de fractures ethniques que cette île a toujours connues. Même si depuis les Accords, la politique essaie — ou prétend ? — aller dans le sens d’un sentiment commun, d’une société moins divisée et plus pacifiée, ces lignes de fractures ethniques sont pourtant bien celles que les chiffres du référendum de novembre 2018 ont remis d’actualité; il faut battre le fer quand il est chaud.

Sur cette question des inégalités, les indépendantistes ont une vision socialiste du problème: ils voient la richesse à redistribuer comme quelque chose dont le volume est connu et limité et ainsi les inégalités doivent être réduites en prenant aux uns pour donner aux autres. Là s‘arrête la réflexion, « le projet* » ; histoire d’entretenir en filigrane un vieux conflit entre Européens et Kanak, entre les coupables et les victimes ad vitam eternam, en résumé leur fond de commerce politique et idéologique pour se maintenir dans le contexte actuel. Ceci est non seulement une analyse fallacieuse du problème et de ce fait une impasse pour tout le pays, mais sans s’en rendre compte ils mettent en exergue ce qui apparaît comme une autre ligne de fracture, cette fois intellectuelle à la défaveur de la population kanak.

Pourquoi ? Parce que quand on a la terre, on a la base pour créer de la richesse. Et la population kanak rurale, en tribu, dispose aux quatre coins de cette île de vastes espaces naturels. Le problème est aussi bien là. Si on a de la terre en abondance mais qu’on ne sait pas l’exploiter pour créer soi-même de la richesse, il y a un problème. Culturel peut-être ? Il est donc grand temps que l’homme kanak, que la population kanak se repense, repense son rapport à la terre, et par là-même son rapport à la richesse, au final à l’égalité/inégalité avec l’autre et sa place dans ce pays. Il y a dans le monde des exemples de contrées, de pays où le travail de la terre est source de richesse pour les populations. Il y a aujourd’hui des Kanak qui au niveau familial ou tribal mettent en valeur leur lopin de terre pour s’assurer des revenus modestes et on ne peut que les en féliciter. Mais ce ne sont que quelques exemples. Il y a quelques embryons d’économie rurale, de richesse locale, comme la vanille de Lifou. Mais on est très en dessous du potentiel que ces vastes terres offrent. Le problème est là.

Quand on voit toutes les terres fertiles à l’abandon sur la côte Est, les plantations de café, les stations d‘élevage arrachées aux Européens par le feu et la violence en 1984, cette richesse qui n’en est plus une en laissant place aux herbes buffalos, la revendication foncière « ici c’est la terre Kanaky à nous » n’est plus qu’une pratique victimo-masturbatoire passéiste et stérile mais dont l’idéologie indépendantiste a tant besoin. Les terres restent inexploitées, les inégalités persistent; le rééquilibrage –encore un cheval de bataille des indépendantistes pour ces élections– c’est peut-être aussi un rééquilibrage intellectuel, un chemin que eux seuls peuvent parcourir. Contraste édifiant, pendant ce temps-là, ce sont des non-Kanak qui exploitent la terre en sa vocation de créer de la richesse, initiatives privées ou publiques voulues par la politique des loyalistes; il n’y a qu’à voir en Province Sud les efforts pour le développement des filières riz, blé et d’autres productions. Ironiquement, ce sont ceux qui ne veulent pas de l’indépendance qui œuvrent pour l’indépendance alimentaire de la Nouvelle-Calédonie.

Lutter contre les inégalités ne se réduit pas à ressasser des lieux communs idéologiques, à jeter l’opprobre sur les autres, sur ceux qui ont plus mais n’ont rien pris aux autres –sauf si on a une vision socialiste (voire manichéenne) des choses– mais plutôt avoir comme ambition de créer de la richesse là où il n’y en a pas; et là où il n’y en a pas, c’est surtout en milieu kanak, sur la côte Est, en Province Nord. Pourquoi ne s’en crée-t-il pas ? Il faudrait poser la questions aux politiciens kanak et surtout aux chefs coutumiers: quel bilan ont-ils à défendre sur cette question depuis la provincialisation ? Il ne suffit pas de scander « indépendance » et « souveraineté » pour changer les choses dans ce pays, améliorer le sort des Kanak et apaiser les antagonismes de toujours. Il faudrait peut-être en lieu et place une grande remise en question. Et de toute évidence les leaders indépendantistes kanak n’aident pas leur population dans ce sens du progrès.

Il y a en Nouvelle-Calédonie un problème d’inégalités sur lequel tout le monde peut voir juste et être d’accord. Mais à l’intérieur de celui-ci il y a aussi un faux problème et c’est persister dans l’erreur de ne pas le voir et se limiter à prétendre le combattre avec les arguments et les lieux communs d’une pensée exogène standardisée prête à consommer pour être copié-collée au cas calédonien pour le seul bénéfice de ses objectifs politiques et de grandeur personnelle. Le destin commun est un chemin qui passe aussi peut-être par le « penser commun »: il est peut-être grand temps pour l’une des deux parties de repenser son discours et sa vision d’elle-même. Qu’elle prenne une distance avec la pratique des coups de butoir idéologiques pour aller vers une nouvelle voie, plus pragmatique, plus constructive, plus honnête aussi. Qu’elle ouvre cette voie et accompagne son électorat dans ce sens. Pour mieux se comprendre elle-même d’abord et le monde qui l’entoure ensuite. Et ce sera mieux pour tout le monde aujourd’hui et les générations futures.

Mister Eric

(*) Récemment encore une liste électorale indépendantiste pour les provinciales pour « l’indépendance kanak socialiste » nous répétait le plan: le nickel. Cela révèle — encore une fois– en 2019 l’absence d’un vrai projet, d’une vraie vision/réflexion pour ce pays et ses habitants, le discours indépendantiste se réduit encore au tout nickel. Les leçons des aléas des cours du métal vert, les leçons de l’histoire du socialisme vénézuélien n’ont pas été tirées. La réflexion n’a pas été profonde et longue…

Afficher la suite


69
Laisser une réponse

avatar
14 Comment threads
55 Thread replies
0 Followers
 
Most reacted comment
Hottest comment thread
plus récents plus anciens plus de votes
Mlt
Mlt

Ok

ditou
ditou

Pour remédier aux inégalités, ils ont créé des jours flottants pour les fêtes religieuses.
Donc pour demain c’est un jour flottant.
Hum c’est quoi ce truc?. Ils travaillent ou pas les entreprises sous appellation jour flottant?.

Marco
Marco

Et ben, c’est bo la NC, n’importe qui peut se pretendre grand specialiste sur les inegalites juste en collectant une serie de cliches et en les accrochant autour de son nombril. Je me demande sur quelles bases un peu serieuses vous basez votre argumentation que par rapport au reste du monde il y a un faux probleme kanak. Avez-vous etudie quelque chose sur la question? Avez-vous mene des recherches sur le terrain? Bref encore un expert en toutologie.

Marco
Marco

Votre vision du socialisme est d’une igorance ou d’une malhonnete deconcertante. De toute evidente vous en etes reste a gober une propagande de droite. Je ne vais pas dire que la gauche ne fait pas de propagande non plus mais lorsque l’on se permet d’ecrire un article sur la question, il faudrait avoir une certaine curiosite intellectuelle, une autocritique de ses propres connaissances que l’on ne retrouve a aucun moment. Juste un rabachage des memes vieux ragots que l’on entend depuis des decennies. D’une part vous confondez communisme et socialisme, ensuite le socialisme ce n’est pas faire le robin des… Lire la suite »

Marco
Marco

Mes quelques exemples? Vous parlez d’un projet comme si cela etait reproductible partout. Je vous parle de la tendance generale, vous me parlez de cas particuliers et vous croyez que ca justifie que les kanak ont un faux probleme. Si quelqu’un fait du baratin ici, c’est bien vous.

Ben si vous ne vous croyez ni parfait ni super intelligent alors adoptez-en l’attitude, lisez, etudiez et cogitez au lieu de ressasser les memes choses que j’entends depuis au moins 30 ans et de pensez que vous avez une pensee innovante et moderne.

Marco
Marco

Ben simple, commence par la fermer, observer et etudier le sujet avant de penser avoir une idee geniale. Le monde est plein de personnes bien plus brillantes que toi ou moi qui ont eu des idees bien geniales mais qui n’ont jamais fonctionnees. La realite est bien plus compliquee que ce que tu sembles croire. Le modele economique actuel favorise les villes au detriment des campagnes. L’agriculture n’est rentable que lorsqu’elle est de masse, il faut donc produire d’enormes quantite et pour cela il faut bcp de capital et deja de l’experience. Le cout de la vie en NC est… Lire la suite »

Marco
Marco

La fermer et observer, c’est sur que c’est bien trop dur pour un donneur de lecon dans ton genre. Ca s’appelle eviter de prendre les gens pour des cons, en croyant savoir mieux qu’eux sur leurs vie et problemes en moins de 5mins. Le cafe? Tu connais l’histoire du cafe en NC? Mon grand-pere en cultivait sur la cote est et il a du abandonne. Les parasites, la concurrence mondiale font que les cours ne sont pas rentables. Tu sais combien ca coute de construire des bassins a crevettes? La vanille, combien de tonnes sont absorbables par la NC? L’export?… Lire la suite »

Marco
Marco

Eric, j’ai une maitrise en economie, tu ne vas certainement pas m’impressionner en parlant de niche et debouche, j’ai vu ca au bac. Ensuite, si tu ne maitrises pas l’economie en generale, inutile d’approfondir, il n’y aura pas de miracle, tu ne diras rien de bien intelligent. Ton article en est la preuve, tu n’expliques rien, il met a l’ecrit ce qui se ressasse encore et encore. Le probleme culturel, on arrive la au fond de ta pensee, pourquoi les kanak ne font pas comme les caldoches et les zoreils? En gros tu veux qu’ils prennent la place que vous… Lire la suite »

Marco
Marco

Si tu etais un minimum familier avec la question du developement, tu saurais que ton soi-disant probleme culturel vient de l’autre sens. Comment les occidentaux sont convaincus d’etre le modele universel et donc que les autres devraient l’imiter. Et puis bien sur si ca ne marche c’est parque ce sont des nulles. Tes exemples avec les zoreils est encore autre chose. Je ne crois pas que tu comprendras le principe mais bon j’essaie. Les zoreils qui debarquent ici, sont ceux que l’on pourrait classer dans la classe des entreprenants, ils quittent leur terre, famille, environnement pour aller a l’aventure ailleurs,… Lire la suite »

Marco
Marco

Autre chose sur l’exode rural, il faut vraiment avoir un sacre probleme de raisonnement pour ne pas voir ce qu’il se passe en NC. Sur 270k habitants au total, 180k vivent dans le Grand Noumea! 2/3 de la population concentre dans une petite aire… Ca ne te mettrait meme pas la puce a l’oreille qu’il y a un probleme bien plus general en NC? Non bien sur, ce sont les kanak le probleme. Pour le reste tout va bien. Sans oublier que tu ne commentes pas ma remarque sur ta maniere de caricaturer le socialisme. Je me demande si tu… Lire la suite »

ditou
ditou

Marco “ce sont les kanak le problème. Pour le reste tout va bien.” OUI, c’est bien ça la réalité. Les kanaks fuient les provinces car ils n’ont pas tout ce que nous avons dans la province Sud. Donc l’emploi, les commerces, les activités etc… Ils ont choisi d’accepter le partage de la Calédonie en 3 provinces, qu’ils restent donc dans la leur. Nos enfants aussi n’ont pas d’emploi et voir les gens venir de la province des îles pour leur souffler l’emploi sous leur nez. Je ne suis pas d’accord, car chaque provinces à un budget ils n’ont qu’à créer… Lire la suite »

ditou
ditou

Mister Eric
“En tribu, on a pas à acheter la terre comme doivent le faire les autres,”
En tribu, la terre n’appartient pas aux particuliers, elle appartient à la tribu.
Donc aucune personne n’est propriétaire.

Mlt
Mlt

Mister Eric,
si tu pouvais quitter définitivement la NC et retrouver la terre de tes ancêtres

ditou
ditou

Marco L’inégalité, laissez moi rire. C’est bien les kanaks qui nous causent une inégalité en Calédonie. Les logements sociaux, à votre avis à qui sont ils proposés?, qu’aux kanaks en grande majorité, ils sont privilégiés. Les autres ethnies peuvent aller se rhabiller. Ne me dites pas le contraire. Je passe régulièrement devant les logements sociaux et j’ai pu constater. Parlons des études à l’étranger comme le Canada. Avez vous pu constater que c’est encore les kanaks qui sont choisi en grand nombre. Les inégalités sont bien là et c’est les kanaks qui la creusent au dépend des autres ethnies. Regardez… Lire la suite »

NoComment
NoComment

donc si on constate qu’il y a un problème majeur entre le sens de la vie
qui est l’évolution (des traditions, des cultures, la mixité ethnique et culturelle) et la volonté (flagrante mais non exprimée par ses représentants traditionnels c’est à dire les politiciens indépendantistes de l’UC, du PT et du palika) d’IKS pour le pays, car c’est bien là qu’ils se rejoignent, et les sénateurs coutumiers qui cherchent coûte que coûte à retrouver un fonctionnement pré colonial, quelle est la place des nouvelles petites listes indépendantistes qui semblent plus ouvertes au progrès?

NOEL DUBOIS
NOEL DUBOIS

Les pauvres victimes d’inégalités… Genre que c’est Babylone qui oblige à se ravager le cerveau avec l’alcool et le chanvre. Ou parce que c’est le désespoir provoqué par la présence de Babylone qui conduit à se niquer le cerveau.

Malelu
Malelu

Interessant

Voir plus dans Chroniqueurs

Tendances

Les derniers comm’s

To Top