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Réflexion sur un serial Killer

Aujourd’hui, point de politique mais une simple réflexion sur un “serial killer” qui nous étouffe peu à peu. Nous le connaissons tous et nous sommes d’une génération qui a vu sa généralisation. A ses débuts, c’était une révolution. On le gardait religieusement et il était rare, voire précieux. Mais peu à peu, son usage et ses usages se sont diversifiés. Sa croissance, exponentielle, semble sans fin.

Dès votre réveil vous le côtoyez et il vous accompagne tout au long de la journée. La technologie aidant, sa production est devenue plus facile et il a pris différentes formes. L’écrivain Barjavel en parlait dès 1942 dans ses romans – visionnaires. Dans les années 90, son utilisation s’est généralisée dans l’alimentaire. Il répondait au besoins de praticité et de fainéantise d’un consommateur toujours plus avide d’individualisation. Et c’est ainsi que l’on a a atteint 280 millions de tonnes par an de ce produit (8 800 tonnes par seconde). Selon certaines sources, on en a produit plus ces 10 dernières années qu’au cours du 20ème siècle tout entier. Evidemment, avec de telles quantités, il fallait bien s’attendre à un retour de bâton. Car ce tueur silencieux peut mettre jusqu’à 4000 ans pour se dégrader (à comparer avec notre compteur actuel – 2015 après JC). Il se retrouve aujourd’hui sur les plages, avec des particules résiduelles aussi petites que des grains de sable. Au début, il tuait surtout certains animaux.

Pour la plupart des gens, c’était un bruit lointain, une préoccupation hors du champ de leurs priorités. Mais progressivement, la communauté scientifique a commencé à se poser des questions sur les molécules dégagées dans l’environnement par la dégradation de ce produit. Le pas vers les problèmes de santé publique est clairement franchi et il ne serait pas étonnant que l’on découvre dans quelques années les réels méfaits de ce produit. En Nouvelle Calédonie, nous n’échappons malheureusement pas à cette évolution et le fameux “nous c’est pas pareil” ne s’applique pas. Il y a bien eu quelques tentatives d’introduction de versions dites ‘biodégradables’ mais il s’agissait en fait d’une dégradation sous forme de confettis, ce qui est encore pire pour l’environnement. Vous l’aurez peut-être compris mais je suis clairement parti en guerre contre le PLASTIQUE. Il finira par nous étouffer et quand nous réagirons il sera trop tard.

C’est un vrai sujet pour une ile comme la nôtre qui est singulière d’un point de vue de son taux d’endémie. L’enjeu est aussi économique car la généralisation des filières de retraitement et de collecte est une source de création de richesses. l’interdiction d’utiliser des plastiques qui ne soient pas réellement biodégradables aurait aussi pour conséquence de créer une vraie industrie localement. Imaginez par exemple que nous serions obligés d’importer les produits bruts pour les conditionner sur place. Vu le prix au kilo des prix emballés, autant créer de la richesse localement. De même, pour limiter la consommation d’eau en bouteille, il serait peut-être judicieux de modifier les procédés de traitement à base d’aluminium (autre produit extrêmement dangereux pour la santé) pour utiliser des sulfates de fer (comme la ville de Paris par exemple). A ce sujet, nous avons clairement les moyens de faire pression sur la CDE pour qu’elle modifie ses pratiques. C’est un chantier immense et un véritable défi qui nous attend. Sur la base de 136 kg/habitant et par an en Europe, transposé à la Nouvelle Calédonie, cela fait près de 37 000 tonnes par an. Un chiffre qui laisse sans voix. Pour être honnête, il convient cependant de citer les arguments avancés par les “pro plastique”.

Selon eux, l’utilisation de ressources pour le produire est bien inférieure à d’autres produit et la production de gaz à effet de serre serait moins importante (cf. http://www.federplast.be/DOWNLOADS/Facts&Figures2007_Brochure_FR_FactsFigures_2007.pdf). Néanmoins et pour conclure, il me semble urgent de viser a minima (et à défaut d’interdiction) un objectif de recyclage de 80% dans les 10 ans qui viennent. En parallèle, nous devons étudier des filières alternatives (exemple : sacs en papier avec encres biologiques. Le sac en papier est très développé aux USA par exemple). Seule une réelle volonté politique peut permettre d’atteindre cet objectif. Nos enfants nous en seront reconnaissants.

Salam Alikoum

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Floyd
Floyd
16 février 2015 16:23

Juste un mot sur le tri des ordures qui coûte une fortune aux Mt Doriens. Pensez vous que c’est normal d’exporter vers l’Australie des containers entier de bouteilles en plastique? Entre le compactage et le transport en cargo ces bouteilles ont une empreinte carbone catastrophique. Pas très écologique tout ça. 

Corentin GUEGAN
Corentin GUEGAN
Répondre à   Floyd
24 février 2015 08:05

Est-ce que Floyd a une idée “éclairée” à nous faire partager? A-t-il mesuré cette empreinte carbone? Que pouvons-nous faire à part limiter les matières plastiques et essayer de trouver des solutions alternatives économiquement viables?Bel article en tout cas, si je puis dire.

Janloupe Pahune
Janloupe Pahune
16 février 2015 15:15

C’est très mignon ces histoires de sa-sacs, mais avant tout, les centrales à charbon décidées sans nous demander notre avis vont faire de nous le pays le plus pollueur au monde… En plus d’une centrale en pleine ville ! Alors, bravo pour les sacs, mais il y a mieux à se plaindre… Et que dire des iles loyautés qui jettent tout à la mer, carcasses de voitures, batteries et huiles de vidange incluses…

Samael
Samael
Répondre à   Janloupe Pahune
16 février 2015 15:36

Tu comprends bien qu’on ne peut rien attendre des industriels pour protéger notre Pays, et la Terre en général. De plus quand on sait que beaucoup de pays sont encore en voie de développement, ce n’est pas encore pour demain. Mais si à notre niveau on peut faire quelque chose c’est déjà pas mal. 

Saladin
Saladin
15 février 2015 21:29

Une petite information complémentaire. Il existe aujourd’hui un produit dérivé de la canne à sucre, la bagasse, qui permet de produire des bioplastiques. C’est aussi un produit peu consommateur en CO2 car celui-ci est déjà concentré dans les composés carbone de la canne. On peut donc en faire du sucre, du rhum (ben oui), de la mélasse (très bon pour la santé), de l’énergie (certaines rhumeries sont carrément autosuffisantes), des bio plastiques et de la fumure. Bon, ben faudrait peut-être se pencher sur une filière intégrée en NC. On a déjà eu de la canne à sucre et il y… Lire la suite »

clitiss woude
clitiss woude
Répondre à   Saladin
16 février 2015 11:30

Exact Saladin, c’est ce que j’évoquais plus bas. La bagasse est pleine d’avantages car beaucoup d’usages en sont possibles : alimentation de complément pour le bétail, bagasse, matériau aggloméré pour la construction (le bagapan), et également matière organique de combustion pour alimenter des centrales thermiques.Dommage que la Calédonie n’ait jamais pu percer dans le créneau de la canne à sucre, et pourtant les tentatives ont été nombreuses au 19è siècle notamment !A la Réunion par exemple, 10% de la production électrique de l’île est fournie par la combustion de la bagasse.

Sagamore
Moby Dick
15 février 2015 13:01

Bon article… sur un problème sociétal aussi fédérateur que le bétonnage du littoral, le cholestérol des McDo, le diabète des sodas… ou le jeanfoutisme de nos z’élus !

Henri Gazeau
Henrigolant
15 février 2015 12:56

Voilà un véritable article écologique qui appelle à changer de détestables attitudes. Merci Saladin !J’ai toujours dans ma voiture 2 sacs, un en nylon qui se roule en boule et un autre en tissu pour me permettre de ranger mes provisions et refuser les sacs plastiques des divers commerçants.C’est peu de chose, c’est mon grain de sable pour contrer la pollution comme de recueillir les canettes ou bouteilles au fond du lagon, de ramasser un bout de papier et le jeter dans la poubelle 50m plus loin. Ce sont des petits gestes qui font des citoyens responsables.C’est l’éducation du vivre… Lire la suite »

clitiss woude
clitiss woude
15 février 2015 12:24

Je fais la guerre aux emballages plastique depuis des années en limitant et sélectionnant au maximum mes achats, mais il faut avouer que sans décision politique ferme et écoconsciente, on continuera à subir cette folie du tout-plastique partout. Et pourtant, les solutions alternatives viables existent : épiceries ou supermarchés en gros et sans emballages, utilisation de matériaux biologiques et biodégradables pour tout ce qui est emballage jetable (comme par exemple la bagasse, excellent produit issu du résidu des productions de canne à sucre). Il ne se passe pas une semaine sans qu’avec mes gosses on remplisse des poches de détritus… Lire la suite »

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