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Calédosphère

LES CHRONIQUES DE CATON

Un problème de vocabulaire

À l’évocation de l’avenir, les Calédoniens sont inquiets. Ils expriment en fait cette crainte, que je juge irraisonnée, que la Nouvelle-Calédonie prochainement se retrouve indépendante. Cela fait trente ans maintenant que le terme effraye sans que rien ne vienne jamais apaiser cette peur, une vraie hantise que la conjoncture politique actuelle amplifie. Cette frayeur est d’autant plus prégnante que certains l’attisent à longueur de propos. Ils rêvent tellement de pouvoir déclarer « la patrie en danger » qu’ils s’oublient dans des verbiages sans colonne vertébrale et font sous eux une diarrhée idéologique nauséabonde aux relents d’Évènements.

Ils cherchent à tromper le peuple et tous les prétextes sont bons, comme ceux d’avoir lu dans la déclaration de politique générale, des mots qui présupposent une Calédonie indépendante. Les voilà qui brandissent, tels des gonfanons d’infamie, des mots comme : émancipation, décolonisation, souveraineté, peuple… et dont ils se servent pour déclarer que la mort est au bout du chemin et que nous ne serons plus jamais France.

Oui en Nouvelle-Calédonie, les mots ont un sens et certains que l’on croit même anecdotiques trouvent chez nous une autre résonnance. Pendant longtemps en effet, parce qu’ils reposaient sur des bases idéologiques fortes et affirmées, les mots de souveraineté ou d’émancipation qui sous-tendaient des actions violentes et des souffrances, étaient bannis de notre vocabulaire. Oui pendant longtemps, la souveraineté et l’émancipation, c’étaient l’indépendance et l’emploi du terme décolonisation masquait mal la volonté de quelques-uns de culpabiliser la majorité des autres. Mais depuis cette lutte de syntaxe, un événement majeur est venu redistribuer les cartes : la signature des accords de paix et de développement. Ces textes fondamentaux reprennent à leur compte cette litanie de mots honnis pour leur donner presque une nouvelle signification. L’acceptation démocratique et par voie électorale des Accords de Matignon puis de l’accord de Nouméa ouvre de nouvelles pages dans le dictionnaire calédonien. L’émancipation, la souveraineté, la décolonisation s’imposent alors à tous comme une réalité qui en aucun cas, ni de près ni de loin, ne peut s’apparenter à l’indépendance. Ces mots, à qui les accords ont donné un nouveau sens, participent, pour autant que l’on les accepte, à la définition du vivre ensemble et du destin commun.

Quant au peuple calédonien que d’aucuns vilipendent parce que selon eux, l’expression connote une opposition avec l’état d’être Français, ils en oublient l’auteur auquel pourtant ils font si souvent référence. Ce peuple-là, Jacques Lafleur en avait défini les contours dans son discours de 1977 au stade Brunelet. Il y avait à nouveau fait appel en 1982 après sa spectaculaire démission de son mandat de député, puisqu’avait-il dit, il fallait « rendre la parole au peuple de Nouvelle-Calédonie » !

Alors ? Ne vaudrait-il pas mieux chercher ailleurs la critique et la dénonciation ? Évidemment, je conçois aussi que lorsque l’on a si peu d’idée, les mots manquent et puis tout le monde ne connaît pas Boileau !

Caton

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Observateur attentif de la société, Caton n'est dans ses analyses ni obtus ni extrémiste. Appartenant à une génération calédonienne qui en a vu d'autres, féru d'histoire, ce contributeur tranche au scalpel d'une plume acerbe et aiguisée nos idées reçues sur la vie politique locale. Adepte du Old School, Caton transmet au blog, depuis la fin de l'année 2012, par courrier postal une contribution portant sur un thème d'actualité qui est mise en ligne chaque semaine. Cité par Elisabeth Nouar, dans une de ses chroniques, Caton est l'un des "Sept salopards du net"



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34 Commentaires sur "Un problème de vocabulaire"

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Ces mots là sont déjà très compliqués, au vu des commentaires exprimés. D’autres termes dont on se regorge sont tout aussi sémantiquement instables: « communauté de destin » : certitude d’être, toutes ethnies confondues, dans le même bateau et de ramer ou écoper ensemble en cas de voie d’eau. (si y a pas toi, y’a pas moi) « destin commun » : projet commun de société sur des objectifs définis, négociés et acceptés par au moins une majorité des acteurs et enfin « vivre ensemble » c’est à dire se retrouver dans des structures transversales pour échanger, argumenter, parfois s’engueuler mais en tous les cas se… Lire la suite »

Même que Lafleur une fois, en arrivant Place des cocotiers, quand Chirac est venu, il a dit comme ça à Lèques à côté de lui : “Ben dis donc l’engin y’en a du peuple sur c’te putain d’place !”
Vous voyez bien que le concept de peuple calédonien est profondément ancré dans la philosophie du RPCR et du RUMP après !!! Caton heureusement Conta, euh qu’on t’as !

Tema

On sent CE bien décomplexé sur la question de l’indépendance. Vous n’aurez pas mon prochain vote mais ma prochaine baffe.

Rigoberto

Caton qui hurlait à l’indépendance contre Frogier il y a deux ans, retourne sa veste et change de ton, il ne faudrait plus avoir peur des mots.
Preuve que l’indépendance est en marche, mais chuuuut Caton, il ne faut plus le dire, botus et mouche cousue.
A mourir de rire.

En effet, c’est aussi simple que çà… Et du coup je recommande à tous la lecture ou la relecture de la charte de Jacques Lafleur de 1977 Voilà comment çà commence : MANIFESTE DU RASSEMBLEMENT POUR LA CALEDONIE CHARTE Nouméa, le 17 avril 1977 Le présent fascicule ne prétend pas présenter une étude exhaustive, ni un recueil de solutions a priori, ni un programme détaillé. Il constitue une réflexion d’ensemble, une synthèse des principaux problèmes de l’heure, et une approche pour la recherche des solutions dans le cadre des options de base et des objectifs essentiels qui auront été déterminés.… Lire la suite »

Oui mais hélas depuis “ils” l’ont jeté et ils osent se servir de ce manifeste ? Je n’ose exprimer là le fond de ma pensée …

Rigoberto

Lafleur a signé les ADN qui comprenaient entre autre comme nouveauté la possibilité de voter des loi de pays, pas la peine d’exhumer un fascicule de 1977….

Exhumer dis-tu ???
Ben non ce sont vos valeurs celles qui sont sur le site et que d’ailleurs vous piétinez plus qu’autre chose…!!!
Quand à la nouveauté, les lois de pays, ben c’est une des choses qui na pas été très bien digéré on dirait…!!!

Rigoberto

“Et pour finir, cerise sur le gâteau, cette charte, ce manifeste est visible sur le site du RUMP, dans l’onglet « nos valeurs »…???
C’est à se demander si les cadres et les militants de ce mouvement connaissent les valeurs qui sont celles qu’ils défendent ???”
Rigo : tu les a traité de traitres et d’indépendantistes pendant trois ans et maintenant tu nous dis qu’il ne sont pas assez indépendantistes!!!
Minable…

Tu as raison et c’était de bonne guerre que de fustiger les positions du RUMP qui étaient en opposition avec les engagements de campagne. Cela dit, pourquoi vous êtes si frileux sur tous ces sujets qu’il nous faut bien discuter…??? En discuter Rigo, çà ne veut pas dire qu’on est d’accord et qu’on les valide, mais au moins l’accord est respecté et du coup la parole aussi…!!! Par contre je ne parle pas de positions indépendantistes, car autonomie, pays, peuple calédonien, nation ne sont pas des positionnement indépendantistes, mais des valeurs que l’on doit partager entre tous, c’est le fameux… Lire la suite »
Rigoberto

Les sbires de Gomès nous sortent et mettent en avant les écrits de Jacques Lafleur après lui avoir craché dessus pendant tant d’années, ils ne manquent pas d’air.
Gomès se prend vraiment pour Lafleur, bientôt pour Napoléon….

Impossible la place est déjà prise par Naporogier …

Heu, Rigo mes propos sont les miens en aucun cas ils n’engagent CE et encore moins ses cadres… Quand au vieux, je ne crois pas que tu faisais parti de ceux qui l’ont suivi jusqu’au bout au RPC…??? Du coup tu fais forcément parti des 75% de militant à l’avoir destitué au profit de PF, non ??? Alors pour la leçon tu repasseras, ok !!! La réalité est bien plus simple, le vieux il avait perdu les pédales, il n’était plus qu l’ombre de lui même. Il fallait donc qu’il quitte la scène politique dans l’intérêt de tous. Mais çà… Lire la suite »

Rigo, si tu veux qu’on marche ensemble main dans la main pour le 24, faudrait que tu sois gentil avec CE, sinon ça ne va pas le faire, tu ne marchera pas avec moi.

http://i1106.photobucket.com/albums/h369/Michelle_Solo/tumblr_lkvigzEUtr1qb1sqr.gif

Si t’as besoin d’un coup d’main n’hésite pas !

Rigoberto

Je suis libre contrairement à toi et je ne retourne pas ma veste toutes les cinq minutes.
Si ta participation à la marche est conditionnée à ma gentillesse, c’est que l’enjeu ne t’intéresse absolument pas.
Parmi les participants à cette marche il y en aura toujours pour penser que tu es un con ou que je suis un con, cela ne m’empêchera pas d’y participer.

Ben oui, à défaut de grands esprits, les grands cons peuvent se rencontrer aussi.

Jibene

Là, je suis d’accord. Et d’ailleurs, ils se rencontrent souvent…

“L’émancipation, la souveraineté, la décolonisation s’imposent alors à tous comme une réalité qui en aucun cas, ni de près ni de loin, ne peut s’apparenter à l’indépendance. ”

Comme si les mots couchés sur le papier déterminaient de manière solide et irréversible les destins des pays, des peuples. Les entorses faites aux ADN depuis quelques années en sont bien la preuve du contraire.

Je trouve cet article creux.

Moi j’aime à comprendre que Caton veut dire que la NC peut, après référendum, être considérée comme décolonisée tout en restant française.

XXX

Est-ce l’article qui est creux ou son contenu qui vous pose problème ? Il arrive de confondre les deux. Ne dit-on pas ” je n’aime pas danser” en place et lieu de ” je ne sais pas danser” ?

“Oui, en Nouvelle Calédonie, les mots ont un sens…” dites vous. Et leur sens ne varie pas puisque ce sont des mots français. Ainsi souveraineté en un aussi, et précis:” Pouvoir suprême reconnu à l’Etat, qui implique l’exclusivité de sa compétence sur le territoire national (souveraineté interne) et son indépendance absolue dans l’ordre international où il n’est limité que par ses propres engagements (souveraineté externe)”. ( Larousse) Et les ADN l’emploient aussi dans ce sens-là!

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