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La seconde mort de Jacques Lafleur

Les partis politiques, les convictions qu’ils portent, les idéaux qu’ils soulèvent, ont bien du mal à survivre à leur créateur. Si le Gaullisme est mort en 1970, ce que l’on pourrait déterminer comme le Lafleurisme a disparu en 2010. Cela tient pour une part à la volonté des « successeurs » de s’affranchir du dogme, et d’autre part à leur incapacité intellectuelle et politique à poursuivre l’œuvre.

Tout Jacques Lafleur est dans le discours du stade Brunelet de 1977, fondateur du RPCR, dans lequel il partage non seulement sa vision, mais les fondements de ce auquel il croyait et dont il ne s’est jamais écarté durant toute sa vie politique. Le dialogue y tient une place tellement prépondérante qu’il l’assène dès l’introduction par une formule dont il ne déviera jamais : « il faut se rassembler sur l’essentiel ». Mais il faut aussi lire la suite, lorsqu’il appelle à oublier les vaines querelles du passé, à « donner le pas aux forces qui nous unissent sur celles qui nous divisent, à préférer à la lutte contre des hommes le combat pour des idées, à affirmer la personnalité de notre société dans l’union et la compréhension entre toutes les ethnies ». Ces impératifs qui, disait-il, doivent nous permettre de « relever ensemble le défi calédonien ». C’est ce credo qui le conduira à la poignée de main avec Jean-Marie Tjibaou dont tout le monde, à l’heure des commémorations d’Ouvéa salue le courage et l’audace, puis à faire avaliser la géniale idée de solution consensuelle, prémices de l’accord de Nouméa, du rééquilibrage, du développement et de la paix.

La question maintenant est de savoir ce qu’il reste du message. Plus tard, les historiens remémoreront les farouches oppositions, survenues au sein même de l’appareil du RPCR, contre la volonté de Jacques Lafleur de mettre en musique la poignée de main, cette politique que d’aucuns considéraient comme un abandon, une reculade, une compromission. Dès lors aux affaires, ayant écarté le père fondateur, les « successeurs » n’ont eu de cesse de chercher de nouveaux positionnements, cheminement erratique qui les ont conduits pêle-mêle à vouloir purger l’indépendance, à offrir le drapeau du FLNKS, à réclamer d’aller jusqu’aux confins de l’autonomie, à proposer un 3ème accord sans jamais en définir ni la forme ni encore moins le fond, jusqu’à finalement décréter le dialogue non gratta avec les provinciales de 2019 en perspective. Ces dernières années, et par pans entiers, les fondements de ce qui avait fait du mouvement créé par Jacques Lafleur, le creuset de la pensée non-indépendantiste, se sont effondrés sous les coups de masse de ceux qui président désormais aux destinées de l’ex-RPCR. Jusqu’à aujourd’hui où, par facilité de pensée et fainéantise idéologique, toute idée de dialogue et de consensus est rejetée et où se manifeste la théorie de l’opposition radicale à tout ce qui pourrait nous faire avancer, ainsi les valeurs dont Jacques Lafleur disait en 1977 : « nous devrons faire en sorte de conserver en permanence une vigilance particulière à la défense et à la promotion des valeurs calédoniennes qu’ensemble, nous aurons exaltées ».

Lorsque l’on ambitionne de parler d’avenir, on ne peut s’exempter du rapport au passé, surtout lorsqu’il fût glorieux et porteur d’espoirs. Mais aujourd’hui à l’évidence la référence à ce qui a été bâti, souvent dans l’adversité, n’a plus droit de citer. Sans doute dès 1977, Jacques Lafleur en avait-il perçu le danger, lui qui déclarait : « nous devons donc avoir la ferme volonté de continuer à vivre ensemble et de nous protéger contre des entreprises qui à la limite ne pourraient que nous desservir ».

Caton

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Observateur attentif de la société, Caton n'est dans ses analyses ni obtus ni extrémiste. Appartenant à une génération calédonienne qui en a vu d'autres, féru d'histoire, ce contributeur tranche au scalpel d'une plume acerbe et aiguisée nos idées reçues sur la vie politique locale. Adepte du Old School, Caton transmet au blog, depuis la fin de l'année 2012, par courrier postal une contribution portant sur un thème d'actualité qui est mise en ligne chaque semaine. Cité par Elisabeth Nouar, dans une de ses chroniques, Caton est l'un des "Sept salopards du net"



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serpentar
serpentar

Jacquot de Ouaco a quand même été avec Dick Ukeiwé le seul capable d’affronter, non pas les insurrectionnels indépendantistes, mais et surtout, l’Etat français contre le largage prémédité de la Nouvelle Calédonie, déjà “encartonné” par le parti socialiste alors au pouvoir. Ce sont eux, d’abord lui le kanak de Lifou, attaché aux valeurs de ses racines kanaks et de celles apprises sur les bancs de l’école de Jules Ferry le “restaurateur” de l’instruction obligatoire par le biais de l’Ecole de la République. Puis de son acolyte et frère blanc caldoche dont la famille s’est implantée sur cette terre kanak depuis… Lire la suite »

Alikantitra

Serpentar “Jacquot de Ouaco a quand même été avec Dick Ukeiwé le seul capable d’affronter …” Je suis heureux de lire, Serpentar, que quand tu veux tu peux t’exprimer d’une façon claire et logique. Je ne vois rien dans ce que tu as écrit qui puisse me choquer, si ce n’est : Je m’adresse aux calédoniens de souche, pas aux fagots flottants au gré des marées.” Ce n’est pas parce que tu n’as pas réussi à trouver ici la place qui te convenait que tu dois interdire à tous tes frères migrants, dont certains ont souhaité poser leur sac (même… Lire la suite »

XYY
XYY

serpentar.”fagots flottants”. Ça n’est quand même pas un jeu de mots douteux avec “faggots”? Otez moi d’un doute.

Alikantitra

XYY : “serpentar.”fagots flottants”. Ça n’est quand même pas un jeu de mots douteux …”

Votre érudition me surprendra toujours.

Par ailleurs les “fagots flottants” marchent rarement à la voile.

XYY
XYY

Alik. “Votre érudition”. Je vous retourne le compliment. Quant à serpentar je n’ai pas de doute a priori sur son érudition quoique…. En revanche je m’interroge sur ce qui a construit l’amertume et l’aigreur d’un gus absent du caillou depuis 1988 (selon ses dires). “à la voile.” Je suis toujours sur le projet d’ouverture d’une boutique d’engins flottant genre planche à voile, stand up paddle et assimilés. Avec un marché que j’estime à au moins 10 000 loyaltiens résidant sur la Grande Terre, je suis forcé d’aller prospecter sur des sites comme Alibaba, la fabrication locale (d’excellente qualité) appartenant à… Lire la suite »

jose Paldir
jose Paldir

Surprenant surtout pour ceux qui ont la mémoire de Yahoué …-:)

Jose Paldir
Jose Paldir

j’ai du mal à croire qu’il s’agit de la même personne dont l’auteur nous parle…celle que j’ai connue n’avait pas de paroles ni politique ni dans les affaires. Piètre orateur et menteur parce que entre les paroles d’un discours et son comportement dans la vie de tous les jours ,il y avait un monde. s’il appelait au rassemblent c’était à la condition que tous les rassemblés lui lèchent les godasses Si vraiment la description de CATON correspond à l opinion de la majorité des caledoniens alors ils méritent ce qui leur arrivent je sais bien que l’histoire n’ a rien… Lire la suite »

Alikantitra

Jose Paldir : “j’ai du mal à croire qu’il s’agit de la même personne” J’ai du mal à me faire une opinion assez complète (n’étant que de passage), mais le peu que j’en sais m’amène à croire que le jugement de José, aussi tranché qu’il puisse paraître, correspond bien à la réalité. A se demander si l’article de Caton n’est pas destiné à enfoncer les opposants du nouveau “lider maximo”, lesquels n’en n’ont pourtant pas besoin pour se couler tous seuls. “s’il appelait au rassemblement c’était à la condition que tous les rassemblés lui lèchent les godasses” any resemblance to… Lire la suite »

Barnabaq
Barnabaq

Triple Bravo à l’auteur de cet article ….

Floyd

Hélas aujourd’hui on ne peut que le déplorer, les soi-disant héritiers “Républicains” de Lafleur n’ont qu’une seule idée dans la tête, …. au 4 novembre prochain, il faut purger l’indépendance et les indépendantistes avec un vote massif du NON…..c’est con comme attitude.

Jibene
Jibene

C’est con et c’est surtout un peu court pour nous proposer une solution pour un avenir serein et prospère… Ils croient qu’au lendemain du référendum, les indépendantistes vont disparaître et qu’ils vont être en position de force pour leur imposer les choses. Quelle naïveté !

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