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Calédosphère

LES CHRONIQUES DE CATON

La Papouasie et les 51%

Épouvantail politique ou Arlésienne économique, mais débat récurrent, la question de la montée ou non de la Nouvelle-Calédonie au capital de la SLN à hauteur de 51% passionne le microcosme. En clair, il s’agit de savoir et de déterminer si nous avons les moyens capitalistiques d’assumer la responsabilité du fonctionnement et des investissements d’une usine comme la SLN. Au-delà de cela, la Nouvelle-Calédonie peut elle, en ayant à sa charge ses sites miniers et sa propre unité de production, prendre en main son destin nickel ?

Économistes, financiers et industriels se succèdent à longueur de colonne pour déclarer que ce serait folie que de procéder ainsi, la Calédonie n’ayant pas la surface nécessaire pour maintenir à flot une telle unité dans un marché aussi fluctuant et cyclique, et d’une certaine manière risquée voire dangereux, que celui du nickel. Et l’argument porte en effet en cette période où l’on constate les effets désastreux sur la SLN et ses coûts de revient trop élevés, de la crise que connaît actuellement le nickel, et au moment où la Nouvelle-Calédonie se débat pour se remettre financièrement à flot. Le fait d’être majoritaire au capital de la SLN fait aussi très peur à l’opinion parce que le commun des mortels dont je suis, n’a aucune idée ni de ce que cela veut dire ni de ce que cela représente. Ce Rubicon-là est sacrément difficile à franchir !

Il est vrai cependant que le paternalisme qui servit de politique sociale à la SLN pendant plus d’un siècle, a endormit nos consciences, trop contents que nous étions d’avoir été sur plusieurs générations, employés, logés, nourris, scolarisés et vivant SLN. Jusqu’à ne plus voir qu’en définitive, il n’est pas certain qu’il y eut le compte au profit de la Nouvelle-Calédonie. D’où la démarche de certains de réclamer comme une sorte d’écot à la SLN pour les quelques 130 ans d’exploitation des richesses. D’autant que le temps ayant filé sans que l’on s’en aperçoive, bercés par l’antienne que nous disposions de la plus grande réserve nickélifère au monde, il est sans doute déjà même un peu tard. Les perspectives s’amenuisent et l’après-nickel dont on nous parle parfois, c’est pour demain. Que reste-t-il au juste en temps d’exploitation ? 70, 80 ? 100 ans au maximum ? Il ne faudrait donc plus trop tarder si l’on veut vraiment mettre en œuvre ce fonds nickel pour les générations futures.

Sans compter qu’à nos portes les exemples pullulent de ces peuples miséreux, habitants de pays aux sous-sols alibabesques. Pour peu qu’ils aient observé le dehors au travers des vitres de leurs minibus, les athlètes cagous ont touché du doigt la triste réalité d’une population dont les richesses naturelles exploitées par des multinationales australiennes ou chinoises, ne leur rapportent rien. Non bien sûr, nous ne sommes pas la Papouasie toutes choses égales par ailleurs. Néanmoins, ne convient-il pas de s’interroger sur la manière de profiter au mieux sur les quelques décennies qui restent de cette manne qui, malgré les crises et les heurts du marché, demeure quoi qu’il en soit notre principale et pour l’heure unique richesse ?

Caton

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Observateur attentif de la société, Caton n’est dans ses analyses ni obtus ni extrémiste. Appartenant à une génération calédonienne qui en a vu d’autres, féru d’histoire, ce contributeur tranche au scalpel d’une plume acerbe et aiguisée nos idées reçues sur la vie politique locale. Adepte du Old School, Caton transmet au blog, depuis la fin de l’année 2012, par courrier postal une contribution portant sur un thème d’actualité qui est mise en ligne chaque semaine. Cité par Elisabeth Nouar, dans une de ses chroniques, Caton est l’un des “Sept salopards du net”



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4 Commentaires sur "La Papouasie et les 51%"

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“70, 80 ? 100 ans au maximum ? Il ne faudrait donc plus trop tarder si l’on veut vraiment mettre en œuvre ce fonds nickel pour les générations futures.” Ben là Man, tu rêves, toutes ces boîtes sont cotées en bourse et donc il y a des actionnaires. Et ces mêmes actionnaires n’en ont rien à foutre de “l’exploitation raisonnée”, ils veulent des résultats sur objectifs et du retour sur investissements; bref: du fric et vite pour en profiter maintenant et pas dans 50 ans, quand ils seront sous terre. Donc en 2050 au max, c’est finit le nickel !… Lire la suite »
Antipodeanman2207S

Et pourtant, un fond souverain (comme en ont constitués les rois arabes du pétrole) progressivement abondé, bien géré par des personnes dotées de bon sens, intègres, sérieuses, et clair voyantes, n’auraient au bout d’un certain temps même plus besoin d’être abondé, s’auto alimentant et développant de ses investissements judicieux. Certes les gestionnaires de ce fonds auraient à posséder d’autres compétences que celles déployées dans l’affaire Prony-Pernod par nos décideurs et leurs conseils certainement mal choisis.

La comparaison s’arrête au mot “fond”. Passé au-delà, juxtaposant les contextes respectifs, la comparaison ne tient plus.
On ne compare pas l’Arabie Saoudite et son pétrole avec la Calédonie et son nickel. Cela ne tient pas debout, ne serait-ce déjà que par la simple différence des deux ressources.

Trois remarques :

– Et quand le nickel a un cours élevé, combien de milliards CFP Eramet la pompe à fric sort-elle du pays ?

– La Papouasie est-elle maître de ses richesses ? D’où vient sa pauvreté alors ?

– Le fond pour les générations futures est une idée fantaisiste, une chimère que la réalité économique rattrapera et bouffera : déficit structurels des régimes sociaux, taux de redistribution trop élevé, etc. Ce truc-là n’est pas prêt d’exister. Laisser tomber cette idée, n’en parlez plus, c’est une connerie que seuls des surdoués politico-démagos peuvent imaginer.

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