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Le Soyo qui coûte la peau des fesses

Dans les rues, dans la presse, sur Facebook et Internet, le MEDEF explique tout le mal qu’il pense de la loi TGC/Compétitivité et les risques qu’elle fait encourir à l’emploi. À en croire les patrons, l’adoption de cette loi en période de crise va provoquer des milliers de licenciements.

Ce que le MEDEF dénonce en particulier, c’est l’article de la loi sur la compétitivité qui encadre le taux de marge :

« À compter de l’entrée en vigueur de la « Taxe générale à la consommation » à taux pleins, et pendant une durée de 18 mois, les entreprises retirent de leur prix de revient le montant des taxes supprimées, sans faire évoluer à la hausse leur coefficient ou taux de marge » (article 19 de la loi compétitivité)

Par cet article, le gouvernement entend bien que les entreprises concernées par la TGC répercutent bien sûr leur prix, la disparition de 7 taxes à l’importation. Son raisonnement est de dire : puisque l’on supprime des taxes, il faut que cet avantage fiscal conséquent se répercute pour le consommateur par une baisse des prix. L’instauration de la TGC, grâce à cette loi compétitivité, n’aura pas d’effet inflationniste et augmentera le pouvoir d’achat des consommateurs. À l’évidence, les patrons ne l’entendent pas de cette oreille !

Menace sur l’emploi

Le discours du patronat est simple lui aussi. Il consiste à dire que puisque les marges de nos entreprises vont baisser, mais que nos charges ne diminueront pas, la compétitivité que l’on nous réclame ne sera possible que si l’on baisse la masse salariale, donc que l’on réduise les emplois :

« À partir du moment où vous avez une baisse de marge, si vous voulez arriver à ce que votre entreprise perdure, automatiquement, vous devez réduire vos charges, donc la masse salariale en fait partie » (Henri Calone – RNC-27 juillet)

Cette menace sur l’emploi est au cœur de la campagne de communication que mène actuellement le MEDEF dans les médias par des campagnes de pub, sur Internet et des affiches 4 x 3. Campagne que dénoncent les syndicats :

« Cette campagne elle leur coute combien ? 50 millions ? Ils les trouvent où ? C’est bien leurs entreprises qui payent non ? (Didier Guenant-Jeanson – NCI 26 juillet)

Puisque le litige porte sur les marges, voyons de quoi l’on parle.

Des marges disproportionnées

La marge commerciale, c’est la différence entre le prix d’un produit qu’a payé un commerçant et le prix de vente de ce même produit par le commerçant au consommateur. On comprend donc l’importance de la marge dans la définition du prix d’un produit et ses conséquences sur le fait qu’un produit soit cher ou pas. Il s’avère qu’en Nouvelle-Calédonie, on semble avoir pris l’habitude de « marger » beaucoup, dans des conditions que la DAE (Direction des Affaires Économiques) juge même « disproportionnées » ! Rien de mieux que quelques exemples de prix de produits pour le montrer et se faire une idée :

La bouteille de sauce soja de 600 ml est achetée 246 francs, revendue sur le marché 461 francs, la marge est donc de 87%. Le tube de dentifrice acheté 44 francs est revendu 248 francs avec une marche de 464%, la bouteille de shampoing de 400 ml est achetée 97 francs pour être revendue 418 francs avec une marge de 331%, les couches bébé achetées 834 francs et revendues 2412 francs connaissent donc une marge de 189%. Le record est sans doute détenu par la brosse à dents achetée 44 francs et revendue 213 francs, soit avec une marge de 634% ! Ce que montrent ces exemples c’est que d’une part les prix pratiqués en Nouvelle-Calédonie ne sont pas forcément liés à l’insularité ou à l’éloignement et d’autre part que l’on peut réduire ces marges sans mettre l’entreprise, et donc l’emploi, en péril.

L’exemple du poulet

La vie est chère en Nouvelle-Calédonie, mais dans des proportions qui frisent aujourd’hui l’indécence, notamment lorsqu’ils touchent les produits de première nécessité et en particulier l’alimentation. En octobre 2012 déjà, l’institut CEROM (Comptes Économiques Rapides de l’Outre-mer) montrait un écart de prix entre la Nouvelle-Calédonie et la métropole atteignant globalement 34%.

« Les produits alimentaires concentrent de loin les plus forts écarts de prix avec la métropole. Un métropolitain avec ses habitudes alimentaires paierait 89% de plus s’il consommait à l’identique en Nouvelle-Calédonie » (rapport CEROM – octobre 2012)

Tout le monde sait que s’il n’y a pas quelque part dans la réforme, une dose plus ou moins forte de réglementation voire de contrainte, les prix ne baisseront pas. À cet effet, l’exemple du poulet importé congelé est édifiant. En 2009, dans le cadre de la lutte contre la vie chère, le gouvernement de l’époque avait décidé de modifier la fiscalité sur les poulets importés congelés, notamment de la TSPA (Taxe de Soutien à la Production Agricole). Cette mesure a eu pour effet de faire bénéficier les importateurs d’une baisse des prix CAF (coût, assurance, fret) dédouanés de 19%. Mais au bout du compte, les enquêtes de l’ISEE ont montré que le prix aux consommateurs du poulet importé congelé avait augmenté de 2% ! Si les pertes fiscales de cette mesure pour la Nouvelle-Calédonie ont été de 428 millions de francs et si le prix au consommateur n’a pas diminué, mais augmenté, la mesure a été tout bénef pour les importateurs/distributeurs qui ont profité de la mesure pour rétablir leur marge. C’est exactement ce que le gouvernement veut éviter de subir et de connaître avec la TGC !

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Nouveau dans l’équipe de rédaction, Hubert B. a rejoint Calédosphère au tout début de l’année 2015. Enfant du pays, il a grandi à Nouméa et a ensuite bourlingué durant près de vingt ans au gré de ses envies et des hasards de la vie. Fils d’une bibliothécaire/documentaliste, il a été tour à tour enseignant, pigiste, formateur mais c’est finalement vers l’écriture qu’il a choisi de revenir. Succinct, précis, parfois laconique, si son style est volontiers direct, ses intérêts sont éclectiques et toujours tournés vers l’actualité. Sa citation favorite : « Le journaliste doit avoir le talent de ne parler que de celui des autres »



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201 Commentaires sur "Le Soyo qui coûte la peau des fesses"

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pigeon bleu

explication qui paraît convaincante ….si les prix donnés sont justes

J.P.F.
Cela va bien plus loin que cela. petite démo: -Sortie du port vers importateur grossiste: prix du produit + transp + diverses taxes -Grossiste vers distributeur : prix du produit +diverses taxes+ trans+ MARGE -Distributeur vers client : prix du produit + diverses taxes+ trans+ MARGE + MARGE Donc en tant que client je paie deux fois les taxes margées par les divers intervenants A la fin ces taxes reviennent tres cher au con sommateur. et les revendeurs arrivent a prendre du pognon sur ces taxes margées. Le truc hilarant présenté par un journaleux des Nouvelles c’est le remboursement de… Lire la suite »
J.P.F.

si le soyo coute la peau des fesses achetez maggi Ce débat n’est pas nouveau , arrtez d’enfoncer les portes ouvertes, il y a longtemps que la démocratie a fait place a la ploutocratie. une fois élu il faut renvoyer…
SVP quand vous parlez de 2018 dites consultation et non référendum.
constitutionnellement ce n’est pas la même chose.
Je pense que les anglais auraient péféré une consultation a un reférendum pour le brexit.
Dont on a pas fini de tirer toutes les fâcheuses conséquences.

Ouais, mais le fucking Maggi coûte cher aussi.

Et le prix du gel lubrifiant anal, hein ? Quelqu’un s’en préoccupe ? Pourtant c’est indispensable, pour supporter le systême !

Mouais… on finit par ne plus savoir quoi penser de toute cette histoire… Une élite politique milliardaire qui n’arrive pas à trouver de solution pour redonner du pouvoir d’achat aux petites gens, mais qui par-contre déborde d’ingéniosité pour multiplier les dollars de leur compte perso. Un classe ouvrière syndiqué qui la semaine, défile dans la rue en réclamant salaire et prime pour nourrir leur famille, et dilapide leur revenu en bingo et alcool le weekend. Des parents qui réclament une lutte active contre la délinquance, mais qui sont pas foutu d’élever leur gosses. Des salariés qui réclament du travail et… Lire la suite »

No problem: çà vient, on vous dit !

…vérifiez quand même qu’il n’est pas fluo dans le noir, le soyo de Fukushima…;+))

Au fait, le blèm au fond c’est quoi? Pour faire simple. Aujourd’hui, on marge sur les taxes et demain avec la TGC on va faire le contraire. Soit sortir d’un système foireux et inflationniste pour aller vers un système vertueux, simple et surtout transparent. Lors de ce passage d’un système opaque et inflationniste actuel à un système transparent et maîtrisé, le MEDEF cri au loup et dit qu’il va avoir de la casse dans leur maison, mais comment le savoir …………. si tout est opaque dans leur maison?. En tout cas, si le MEDEF persiste à bloquer cette réforme, on… Lire la suite »

Sympa la référence :

Lafleur disait : « En Calédonie, ceux qui en ont beaucoup, doivent apprendre à partager avec ceux qui n’ont rien ».
Et,
Lafleur faisait : « En Calédonie, ceux qui en ont beaucoup, doivent apprendre à fermer leur gueule pour pas que ça se voit ».

Arthur

Lafleur comme référence ?!!! o.O !! Non mais big lolilollll !!!! Tu dois être vraiment vieux et avoir partagé un peu de sa gamelle ou les miettes qu’il a bien voulu t’offrir pour en faire une référence 🙁

Wouais bon ce n’est pas politiquement incorrecte de faire référence à JL……… pour le moment.

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