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Urvoas, l’anti-Taubira ?

Depuis la nomination de Jean-Jacques Urvoas, la France compte près de 2500 prisonniers supplémentaires et le nombre de personnes incarcérées atteint des records. Une situation non sans rapport avec le départ de Christiane Taubira et la politique mise en œuvre par son remplaçant…

Les chiffres diffusés cette semaine par l’AFP parlent d’eux-mêmes. Depuis la démission de Christiane Taubira en janvier de cette année, le nombre de personnes placées en détention est en constante augmentation. On compte ainsi 69.375 détenus pour 58.311 places dans les prisons de France et la tendance est à la hausse. Autant dire qu’après la vague d’attentats meurtriers et le changement d’équipe place Vendôme, la politique de l’ancienne ministre de la Justice en faveur des peines alternatives à l’enfermement (alors voulue par elle pour désengorger les prisons) semble bel et bien terminée. C’est ainsi qu’au cours d’une visite dans un centre pénitencier, Manuel Valls a déclaré cette semaine – non sans arrière-pensées – que « le gouvernement agit, et tout particulièrement depuis que Jean-Jacques Urvoas est garde des Sceaux ». Autant dire que du temps de Christiane Taubira, ce n’était pas le cas ? Voire. Pour sa part, l’ancien président de la commission des lois de l’assemblée nationale met les pieds dans le plat. Selon le ministre de la justice, l’une des solutions est simple : « Il faut construire des places de prison ». Jean-Jacques Urvoas prépare à cet effet un plan « spécifique, concret, précis » et surtout « financé » qu’il présentera en septembre afin d’augmenter le nombre de places de prison et d’éviter la surpopulation carcérale.

Droit d’inventaire…

Sans jamais l’attaquer nommément, Jean-Jacques Urvoas multiplie les signes démontrant tout le mal qu’il pense de la politique carcérale menée par son médiatique prédécesseur. A son arrivée à la tête du ministère de la Justice, il s’était d’abord attaché à torpiller le très maigre bilan de Christiane Taubira en se plaignant de l’état de « déliquescence » dans lequel il avait trouvé son ministère qu’il qualifiait alors de « sinistré ». Il s’était également débarrassé rapidement de l’ensemble du staff ministériel de l’icône de la gauche (dont son très influent directeur de cabinet, Alain Christnacht). En retour, l’ensemble des conseillers (virés) de la ministre Taubira avait fait disparaître toutes leurs archives… Un geste habituel en cas de passation de pouvoir entre opposants politiques mais peu commun entre « camarades socialistes ». Car opposants idéologiques, ces deux-là semblent bien l’être. Si entre la punition, la mise à l’écart et la réinsertion, Christiane Taubira choisissait invariablement la dernière solution, Jean-Jacques Urvoas a, lui, fait parvenir en juin une note aux parquets estimant que c’était là une grossière erreur. Plus grave selon lui, aucun grand chantier de construction de prison n’aura été mis en œuvre entre 2012 et 2015 et il manque selon les experts près de 20.000 places pour couvrir les besoins.

L’opinion pour lui ?

Il faut dire que les temps ne sont plus propices aux partisans des « peines aménagées ». Si l’un des tueurs du père Hamel avait été placé en liberté conditionnelle (avec bracelet électronique) pour activité terroriste, cela ne l’a pas le moins du monde empêché de commettre son crime et de le préparer. L’opinion publique est ainsi devenue plus que rétive au discours entourant la généralisation des peines alternatives, d’où l’idée d’accroître les capacités carcérales à moyen terme. Toujours est-il que la vague d’attentats terroristes pose aussi la question de la radicalisation en prison, raison pour laquelle un programme « d’encellulement individuel » a été annoncé par le ministre pour l’automne. De plus, Jean-Jacques Urvoas se targue d’avoir obtenu une enveloppe supplémentaire de 300 millions d’euros pour le budget 2017 de la Justice, qui est ainsi passé de 6,6 à 6,9 millions d’euros, soit la plus forte hausse depuis le début du quinquennat. Mais ce sera loin d’être suffisant… Grand connaisseur du dossier calédonien, le ministre sait aussi qu’il est attendu dans le Pacifique sur l’épineux problème du manque de place au Camp Est ainsi que sur la construction et le financement d’un centre pénitentiaire en Province Nord. Reste à savoir si Jean-Jacques Urvoas se rendra sur le caillou pour annoncer la couleur avant les prochaines élections présidentielles.

AFP prisonniers

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Nouveau dans l’équipe de rédaction, Hubert B. a rejoint Calédosphère au tout début de l’année 2015. Enfant du pays, il a grandi à Nouméa et a ensuite bourlingué durant près de vingt ans au gré de ses envies et des hasards de la vie. Fils d’une bibliothécaire/documentaliste, il a été tour à tour enseignant, pigiste, formateur mais c’est finalement vers l’écriture qu’il a choisi de revenir. Succinct, précis, parfois laconique, si son style est volontiers direct, ses intérêts sont éclectiques et toujours tournés vers l’actualité. Sa citation favorite : « Le journaliste doit avoir le talent de ne parler que de celui des autres »



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3 Commentaires sur "Urvoas, l’anti-Taubira ?"

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Pauvre Taubira, elle a tout contre elle dans son propre soi-disant pays. A lire tout ce qu’on lui met sur le dos, on a l’impression qu’elle a occupé ce poste depuis la création de ce vieux pays.
Avant elle, tout aller bien et après elle tout est redevenu merveilleux.

aaah, hypocrisie quand tu nous tient!!!

ditou
ditou

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