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Le bal des girouettes – Vol.1 : Alain Descombels

Autrefois à la Réunion et aujourd’hui en Chine, l’ancien élu calédonien Alain Descombels est devenu l’un des plus farouches opposants au vote de la loi Compétitivité & Productivité. Le patron de FLY et Vice-président du syndicat des importateurs dit pourtant aujourd’hui… l’exact inverse de ce qu’il écrivait dans son livre, sorti en 2007. Fiche de lecture.

Ne dit-on pas que les nouveaux convertis peuvent parfois être excessifs ou sans nuance ? Des qualificatifs qu’on pourrait peut-être accoler aux récentes déclarations d’Alain Descombels. Sur le site créé par des hommes d’affaire issus de l’import et de la grande distribution ou au micro de la radio RRB, le Pdg des sociétés ERN FLY et de ERN SAS (basée dans la région de Shanghai) multiplie depuis des semaines les attaques contre la loi compétitivité et contre la tentative du gouvernement de vouloir accompagner réglementairement la mise en place de la future TGC. Celui qui se décrit comme le patron d’une « petite entreprise familiale » (sic) explique ainsi que « la Calédonie va à la faillite », que « les services fiscaux, ou les douanes, travaillent par délation » et que les réformes sont préparées par des experts « socialo-communistes » :

« C’est un gouvernement qui pousse au crime en montrant les gens, il y a qu’à leur mettre une étoile jaune et puis on est en 1940 ! (Alain Descombels, 17/08/2016 ; sources RRB) »

Pour lui, la loi va à l’encontre des intérêts du territoire car contrecarrer l’augmentation des marges et donc des prix suite à l’adoption de la TGC « ce n’est pas ça l’état d’esprit des Calédoniens, c’est pas régenter les marges ». Le souci, c’est que Descombels-patron dit là le contraire de ce que Descombels-élu expliquait noir sur blanc dans son livre “Quelle économie pour la Nouvelle-Calédonie ?” qu’il avait fait publier il y a presque dix ans, alors qu’il était encore élu au congrès de la Nouvelle-Calédonie.

Les paroles s’envolent, les écrits restent…

Il s’agissait à cette époque pour Alain Descombels de « Suggérer des pistes de développement économique indispensable aux défis sociaux et politiques que la Nouvelle-Calédonie doit relever d’ici 2018 » et de répondre à plusieurs questions dont une, toujours d’actualité, à savoir : « comment réduire la cherté de la vie, l’une des plus élevées au monde, qui mine notre compétitivité internationale et pénalise le pouvoir d’achat des ménages défavorisés ? » Et, à cette époque, Alain Descombels n’y allait pas de main morte pour expliquer la vie chère :

« Pour cause de compétitivité insuffisante, la production locale est fortement protégée de la concurrence étrangère, par un grand nombre de taxes et quotas (…) Il s’ensuit que les prix des produits calédoniens sont particulièrement élevés (…) Selon les échelles retenues, la Nouvelle-Calédonie peut être considérée comme le 5ème pays le plus cher au monde (Alain Descombels en 2007. Chapitre IV, page 109) »

De même, l’ancien candidat aux élections législatives de 2002 condamnait les forts écarts de revenus en Calédonie qui n’ont pas d’équivalent dans les pays ayant une économie dite développée :

« Les 10% des ménages les plus pauvres gagnent en moyenne treize fois moins que les 10% de ménages les plus riches (…) Ces écarts sont d’une ampleur a priori inconnue dans les pays développés ((Alain Descombels en 2007. Chapitre III, page 99) »

Or, parmi les mesures qu’il préconisait, l’économiste calédonien des années 2000 citait « l’option de la TVA [qui] peut apparaître comme une des plus naturelles ». Mais il expliquait alors que le pendant de la mise en place d’une TVA (actuelle TGC) s’accompagnerait d’une plus grande transparence contre laquelle des entreprises se positionneraient, puisqu’elles ne réussiraient plus à « camoufler » leurs marges trop élevées :

« Dans un registre proche, certains estiment que les entreprises de transformation locale sont réticentes à la TVA du fait de sa transparence. Actuellement les taxes en cascade font que le consommateur est incapable de connaitre la composition du prix du produit qu’il achète. Avec une TVA se substituant aux taxes, le système devient largement transparent, il ne serait donc pas simple de camoufler des marges trop élevées (Alain Descombels en 2007. Chapitre IV, p135) »

Pour lui la TVA comportait de très nombreux avantages parmi lesquelles on peut citer (page 146) : « souplesse de trésorerie pour les entreprises, transparence des prix, fin du “droit de douane à l’envers”, meilleure compétitivité, dynamisation de l’économie… ». Mais s’agissant des marges et préemptant une volonté de certaines entreprises de profiter d’un nouveau système pour les augmenter et donc gonfler leurs prix, l’ex-élu devenu patron avait aussi ses préconisations :

« En bref, la puissance publique devra s’assurer qu’une entreprise bénéficiant d’aides ne maintient pas ses marges trop élevées (Chapitre IV, page 150) (…) Pour améliorer l’efficacité de cette politique, il faudrait l’accompagner d’autres mesures : Instituer une politique de concurrence visant à éviter que les baisses de coûts ne servent qu’à augmenter les marges des entreprises, sans être répercutées aux consommateurs (Chapitre V, page 170) »

Page après page, Alain Descombels expliquait donc il y a tout juste dix ans que la puissance publique devait accompagner la mise en œuvre d’une éventuelle TVA afin de veiller à ne pas voir des entreprises augmenter leurs marges… Alors pourquoi dix ans après, le patron qu’il est pense-t-il différemment que l’ancien élu qu’il était, en insistant sur le fait que l’esprit calédonien, c’est surtout « la liberté » ? Peut-être parce que pour se faire élire à cette époque, prôner le libéralisme sans contrôle, ce n’était pas porteur ? Voire.

Monopoles et Duopoles : quand Descombels attaquait ceux qu’il défend aujourd’hui

Dans les années 2000, le désormais porte-parole des importateurs n’hésitait pas à attaquer la grande distribution qu’il qualifiait de « prédateurs ». Ceux-là même qui, aujourd’hui, appellent leurs salariés à manifester contre le vote de la loi compétitivité :

« Si les bénéfices nets après impôts sont trois à quatre fois supérieurs à ceux de structures identiques installées dans l’outre-mer, sommes-nous dans un système économique équitable (comme devrait générée une concurrence non-faussée), ou sommes-nous dans une économie de prédation au service de quelques-uns ? (Page 156) »

Qui étaient donc ces « quelques-uns » dont parlait alors l’auteur du livre ? Était-ce bien déjà les Hayot, Lafleur, Ballande, Leroux ou encore les Lavoix ou était-ce d’autres milliardaires ? Sont-ils encore bien là ? Contrôlent-ils toujours à une petite dizaine la majeure partie des secteurs de l’importation et de la distribution ? Pour un Calédonien, se poser la question, c’est déjà y répondre… Du reste, En 2007, Alain Descombels, qui défend aujourd’hui ceux qu’il a combattu (dans les mots) par le passé, ne se faisait pas d’illusion sur les comportements de la grande distribution :

« Baisser les taxes pour diminuer les prix a peu de sens tant que perdure la structuration actuelle de la grande distribution : son organisation sous forme de duopole (deux entreprises majeures) défavorise les consommateurs et les fournisseurs (marges arrière, etc.) En l’état, la grande distribution n’aurait pas de raison de répercuter sur le prix au consommateur les baisses de taxes qui alimenteraient plutôt des hausses de marges (Page 157)»

Fidèle à sa pensée de jadis, Alain Descombels ne devrait-il pas aujourd’hui soutenir les réformes empêchant ce qu’il avait justement prévu, c’est-à-dire la volonté de certains d’augmenter leurs marges ? Il faut dire bien sûr que ces mots et cette pensée datent un peu. C’était un autre temps. Le nouveau porte-parole des importateurs n’avait peut-être, en ce temps-là, pas de compte à rendre à certains de ses partenaires, ni même d’intérêts financiers à préserver. Après tout, les convictions chez certains, c’est un peu comme les roses : elles ne vivent que l’espace d’un matin.

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Officiant en free-lance pour plusieurs périodiques et médias calédoniens, cette pigiste professionnelle a rejoint l’équipe des contributeurs de Calédosphère depuis 2013 sous son nom de plume « Rita ». Spécialisée dans l’actualité quotidienne, elle se plait à y dénicher des sujets non-traités par les autres médias et à couvrir les évènements sensibles. Synthétique, réactive et parfois provocatrice elle essaie toujours d’écrire de manière claire, précise mais avant tout vivante. Son crédo : « Si ça pique, c’est un bon sujet »



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178 Commentaires sur "Le bal des girouettes – Vol.1 : Alain Descombels"

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Un réunionais qui habite en Chine qui fait sa loi en Calédonie. C’est ça la mondialisation?

Comme disait le truculent JC Brialy, “tellement merveilleux”.

La liste des Ex de l’A.E et CE s’allonge. ça ressemble aux tribunaux staliniens où on ressort les vieux dossiers pour stigmatiser et condamner ceux qui ne partagent plus votre vision politique. Cette méthode doit “obliger” un certain nombre “d’adhérents” et de collaborateurs à rester au garde à vous. ça vous rappelle pas une certaine époque ? Celle du tout puissant RPCR. Hormis ça, je précise que je n’ai aucun compte au Panama ni au Vanuatu ni en Australie. I am a normal caledonian but … je pense que notre territoire a besoin d’apaisement et que certains pompiers de la… Lire la suite »
Don Caledone, on peut en effet se désoler de la tournure des évènements… Quand le net ressort les vieux dossiers tout peu arriver… Mais dans ce cas de figure, il ne s’agit pas d’un politique qui change de camp. Mais d’un chef d’entreprise qui ne semble plus en phase avec ses propres constats… C’est d’autant plus facile à pointer du doigt que le gars en question a écrit un livre… Tu peux tout ramener à la politique, mais dans ce cas ce qui dérange le plus c’est bien la volte face du bonhomme, pas son appartenance passé, présente ou futur,… Lire la suite »

Rassures moi ! Il n’y a jamais eu de volte face en politique, notamment ces 30 dernières années ?
En observant le paysage politique local (pas seulement) je me demandais si j’étais devant mon téléviseur ou ma machine à laver en plein essorage…

ma foi, que des politiques disent tout et son contraire c’est d’un banal…. 😉

Dommage que des petits malins n’aient pas tagué les affiches du Medef, genre…”la loi compétitivité et risquer mon Porsches Cayenne, non merci “… c’aurait été amusant.

Bon, les paris sont ouverts : combien d’amendements pour apaiser les milliardaires et le gouvernement va-t-il accepter de repousser toute action jusqu’en 2017 voire plus comme le demandent les big boss ?

Je note que les idiots utiles(les salariés) ont récité leur leçon sans bafouiller devant les caméras, bravo 😆

TAURUS21

traiter les autres de girouette! mais on est en plein délire, c’est l’hôpital qui se fout de la charité.

Dans les affaires le “Self Made Man” n’existe pas. Nos commerçants ont besoin des consommateurs calédoniens et le contraire est vrai aussi. C’est une symbiose, un fragile équilibre, mais actuellement on voit que cet équilibre est entrain de se briser avec la vie (trop) chère. Certains commerçants ont compris que le Pays cours le risque d’une explosion sociale, d’autres ne veulent rien comprendre comme si tout leur été dû. On ne peut que déplorer leur attitude anti-citoyenne et finalement anti-calédonienne …….la Calédonie, une terre de partage, mais pas pour tous hélas.

MARTIN

ET SI LES SYNDICAT DECIDAIENT DE BLOQUER LES GRANDES SURFACES PENDANT PLUSIEURS JOURS VOIR DES SEMAINES?

C’est le risque…

Si certains patrons se mettent à licencier leurs employées suite au vote de la TGC.

obelix

Floyd, t’as rien compris. Ils ne sont pas contre la TGG, puisque ça passera à l’unanimité. C’est la loi Compétivité qu’ils ne veulent pas. Ils ne veulent pas baisser les prix. Donc, ils n’en n’ont rien à foutre des consommateurs… leur seule angoisse c’est de moins gagner… eux… personnellement… rien à foutre des petits salariés ni des consommateurs !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Clark

Ils le faisaient régulièrement dans la passé: on les augmentait, ils touchaient leurs primes, les prix augmentaient pour compenser…

Et la vie chère dans tout ça? Les employés s’en branlent!: “Fuck la vie chère! moi j’ai ma prime et je vous merde!”

Lionel

Un arriviste profiteur à l’instant des autres petits parvenus méprisant la populace…les Yanno , Blaise, Lafleur, Backes, Bernut, Ligeard dit Prony, Bernut, les petits chiens lapant le patronat et les banquiers. Beurkh, la liste des “à virer” aux prochaines élections.
Des politiques pro- vie chère financés par les milliardaires pour défendre leurs intérêts. Beurkh

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