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Congrès : comment Santa et Brial ont renié leur parole pour garder leurs postes

Dans un document signé l’année dernière par les principales forces politiques loyalistes, les partis de Thierry Santa et de Gil Brial s’étaient engagés à assurer la stabilité des institutions. Mais ces derniers jours, afin de conserver leur poste de président du congrès pour l’un et de vice-président de la province Sud pour l’autre, les deux hommes ont renié leur parole et leur signature. Explications.

Si vous souhaitez savoir pourquoi certains hommes politiques disent tout et son contraire, prêtez attention aux intérêts personnels qui les poussent à se dédire. Car depuis quelques jours, Gil Brial du MPC et Thierry Santa du Rassemblement-Les Républicains ont donné aux Calédoniens intéressés par l’actualité politique des exemples concrets plus que parlant en ce domaine. Il s’avère, en effet, que leurs mouvements politiques respectifs s’étaient engagés il y a un an par écrit à « assurer la stabilité politique et institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie » en vue du scrutin référendaire. L’objectif étant de ne pas rajouter de la cacophonie ou des joutes politiques stériles durant la période ô combien sensible du référendum sur l’indépendance du territoire. Or, dans un document confidentiel que la rédaction de Calédosphère s’est procurée (connu jusqu’alors des seuls responsables des partis issus de la fameuse plateforme loyaliste), Calédonie Ensemble, le Rassemblement-Les Républicains, le MPC et Tous Calédoniens avaient posé noir sur blanc leur entente, la répartition des compétences et les responsabilités institutionnelles entre eux puisqu’ils constituaient – ensemble – le groupe le plus nombreux du congrès jamais réuni depuis celui du RPCR de Jacques Lafleur (avant que Pierre Frogier n’en prenne la succession). Comme le démontre ce document (voir ci-dessous), les responsables de la plateforme loyaliste avaient acté l’élection de Philippe Germain au gouvernement, mais aussi les réunions de travail hebdomadaires au cours desquelles devaient se préparer l’ensemble des textes de nature économique et sociale. Changement d’un membre de gouvernement, réformes, démissions possibles, tous les cas avaient été envisagés pour assurer la stabilité des institutions jusqu’au référendum. Et parmi ces cas : le renouvellement du bureau du congrès…

Les mensonges de Thierry Santa

C’est ainsi que dans le dernier paragraphe du document intitulé « Mise en œuvre de la déclaration commune du 15 juin 2017 dans le cadre de l’élection du nouveau gouvernement de la Nouvelle-Calédonie », il est clairement stipulé l’accord entre les quatre mouvements loyalistes s’agissant de l’élection du président du congrès :

« Les mouvements politiques soussignés s’engagent à soutenir la candidature à la présidence du congrès d’un élu du Mouvement Populaire Calédonien lors du prochain renouvellement annuel du bureau (25/08/2017) »

Or, c’est cet « engagement », signé par le sénateur Pierre Frogier, patron du Rassemblement-LR, sur lequel ce parti s’essuie désormais les pieds. Thierry Santa ayant fait savoir qu’il n’entendait pas le respecter puisqu’il a annoncé être candidat à sa propre succession et ne pas vouloir voter pour un candidat du MPC. L’élu du Rassemblement-LR estimant, pour expliquer sa volte-face, qu’il est un très bon président du congrès et qu’il n’a entendu parler d’aucune autre candidature que la sienne…

« Aujourd’hui, je ne connais qu’une seule candidature : c’est la mienne (…) La logique veut qu’il y ait continuité (…) Je ne vois vraiment pas l’intérêt de bouleverser le fonctionnement qui aujourd’hui me parait normal de notre institution (Thierry SANTA, 27/07/18 ; sources : RNC) »

Le problème étant qu’en disant qu’il n’y a aucun autre candidat prévu, Thierry Santa ment. Lorsqu’il déclare qu’il serait « logique » qu’il soit candidat, il apparait qu’il serait davantage logique de respecter sa parole… Et lorsqu’il explique qu’il ne voit pas l’intérêt de laisser sa place (sic), il oublie ses engagements et ceux du mouvement politique auquel il appartient. A noter que ce n’est malheureusement pas la première fois que l’ex-RUMP revient sur sa parole. Sans compter ses circonvolutions autour de l’application de l’accord de Nouméa, le Rassemblement avait au lendemain de la signature des accords économiques et sociaux déclaré qu’ils ne se « sentait pas engagé par sa signature » car ses représentants avaient alors émis des « réserves » sur celle-ci.

NDLR : : C’est dommage que les Calédoniens ne puissent pas faire de même car on pourrait alors tous signer des chèques pour s’acheter des choses et ensuite refuser qu’ils soient encaissés à la banque en disant « c’est parce que finalement j’ai émis des réserves dessus »…. Mais il faut dire que les citoyens ont généralement, eux, la manie idiote de respecter leur signature. Un travers dont ne s’embarrasse visiblement pas le Rassemblement-Les Républicains.

L’amnésie de Gil Brial

Présenté il y a quelques années comme la « relève » du Rassemblement, Gil Brial démontre encore une fois à l’occasion de l’élection du président du congrès une extraordinaire souplesse idéologique. Après avoir quitté Pierre Frogier (avec Gaël Yanno) il y a quelques années, il est finalement revenu au bercail aujourd’hui. En effet, Gil Brial s’est fait élire (sans autre candidat face à lui) à la tête du MPC après avoir rejoint officieusement les 5 élus du Rassemblement-les Républicains au congrès (ce qui leur a permis, à six, de maintenir un groupe et de disposer de davantage de moyens humains et financiers de la part de l’institution). Si la fusion MPC-Rassemblement n’est pas encore actée officiellement, elle constitue en fait la seule chance pour le vice-président de la province Sud de figurer en position éligible sur une liste aux prochaines provinciales. Les militants du MPC ayant quitté le R-UMP en seront pour leurs frais. Parfaitement au courant de l’accord signé l’année dernière, Gil Brial a donc fait cependant semblant de l’ignorer afin de soutenir Thierry Santa. Un « prêté pour un rendu » en quelque sorte puisque ce soutien lui permet de retrouver les bonnes grâces de Pierre Frogier :

« Il faut que ce candidat-là soit capable sur sa candidature de fédérer l’ensemble des groupes loyalistes. Thierry, donc, a été élu trois fois de suite, trois fois de suite il a su montrer sa capacité sur sa candidature à rassembler les voix à la fois de Calédonie Ensemble, à la fois du Rassemblement, à la fois des Républicains Calédoniens et du MPC. Dans cet objectif, parce qu’il a cette capacité, cette expérience, nous considérons aujourd’hui qu’il est le meilleur candidat (Gil BRIAL, 26/07/18 ; sources : FB) »

Des arguments qui ne tiennent pas puisque Gil Brial prétend que pour maintenir l’unité des loyalistes, il faut revenir sur les engagements pris pour justement assurer l’unité de ces mêmes loyalistes ! Des pourtours sémantiques peut-être à la hauteur de ses positions passées puisque Gil Brial avait appelé à voter pour Marine Le Pen lors du second tour de l’élection présidentielle après avoir soutenu Alain Juppé lors de la primaire de la droite… C’est ainsi qu’en l’espace de cinq ans, Gil Brial aura, il est vrai, réussi l’exploit de passer du Rassemblement au MPC en passant par l’UCF, d’appeler ensuite à voter FN, de rejoindre la plateforme pour ensuite la quitter et enfin de retourner au Rassemblement. Un cheminement qui s’explique difficilement à l’aune des convictions politiques mais très bien en revanche si l’on considère de bas intérêts financiers personnels.

C’est juste pour le fric !

Car il est particulièrement risible d’entendre ces deux élus critiquer aujourd’hui vertement Philippe Gomes et Gaël Yanno qui les ont justement placés là où ils sont. Thierry Santa et Gil Brial ont en effet soutenu les candidatures de Philippe Dunoyer et de Philippe Gomes aux législatives puis celle de Philippe Germain à la présidence du gouvernement. Ils ont ensuite soutenu les candidatures de Pierre Frogier et de Gérard Poadja aux sénatoriales. Ils ont avalisé l’ensemble des réformes présentées par le gouvernement et examinées depuis (et les ont d’ailleurs votées, comme la mise en place de la TGC, l’augmentation de la taxe sur l’alcool ou encore le plan territorial de lutte contre la délinquance). Gil Brial, en charge notamment du Néobus et des transports, a pour sa part avalisé l’ensemble des mesures et des textes votés par la province dont il est le vice-président. Il n’a jamais émis – du moins publiquement – aucune critique, ni remarque quant à la gestion de l’institution dirigée par Calédonie Ensemble. Pour la simple et bonne raison que cette « fidélité-là » lui permet, lui qui est également actionnaire et gérant d’une grosse société dans le privé (SARL Sud Glaçon), de percevoir des émoluments confortables supplémentaires (710.000 Fcfp/mois) ainsi que des avantages liés à sa fonction de vice-président (logement et véhicule de fonction). Mais, aujourd’hui, puisque son poste est en jeu, il critique à tout-va. Quant à Thierry Santa, contrairement à son positionnement tout récent, il s’était engagé depuis le 25 aout 2017 à laisser sa place de président du congrès à l’un de ses collègues loyaliste membre du Mouvement Populaire Calédonien et à le soutenir dans cette démarche. Mais (Y-a bon Banania) il semble que les prébendes qui y sont accolées – du fait que la fonction de président du congrès soit la mieux rémunérée du paysage politique local – ont eu raison de sa parole, de sa signature tout comme, semble-t-il, de son intégrité morale.

Finalement, ces deux hommes ont peut-être un autre point commun qui pourra (on n’en doute pas) intéresser à l’avenir les lobbys et les puissances de l’argent toujours promptes à vouloir se payer des élus calédoniens à l’approche des campagnes électorales : ils semblent en effet tous les deux guidés uniquement par leur désir de pognon. Reste encore à savoir si un milliardaire local voudra se les payer… A votre bon cœur ?


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Responsable de projet dans une boite de communication de la place, comme son pseudo « Mark Felt » il est celui qui va permettre de débusquer un sujet et mener l’enquête jusqu’à sortir l’info qu’on ne trouvera nulle part ailleurs. Organisé, méticuleux et jusqu’au-boutiste, il contribue de façon sporadique au média uniquement sur des dossiers sur lesquels il a accumulé suffisamment de documents probants. Son crédo : « J’essaie d’intéresser à ce qui m’intéresse »



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caledovrais
caledovrais

Tout le monde parle de traîtrise , de magouilles ,mais n’était il pas convenu que le prochain Président revenait au MPC c’est là que l’on se rend compte de l’amateurisme de Brial ,il n’a jamais exclus du parti Yanno ! tout est donc conforme à la parole donnée : le nouveau Président est un membre du MPC.
Il faut que Brial fasse ses preuves avant de jouer dans la cour des grands !

LedZep
LedZep

@caledovrais
Avis partagé.
En boutant Gaël Yanno hors du MPC, peut-être que notre ami Gil Brial pensait monter en haut de l’affiche  et accéder au Graal suprême (avec toutes les avantages que cela comporte) !

Matthieu 5 :
« Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ».

Mais bon, Gil redescend sur terre et tente de faire mieux (ou pire) la prochaine fois ! Épates-nous encore.

XXX
XXX

Si la rédaction de cette charte avait si peu d’importance, on peut juste que s’étonner qu’elle fasse autant parler…

Mister Eric

Surtout de la façon dont on en parle…

XXX
XXX

Si la rédaction de cette charte avait si peu d’importance, on peut juste que s’étonner qu’elle fasse autant parler… Sinon, que le vrai problème pour les descendants de cette droite encore toute corsetée par (et prisonnière de) son héritage colonial, ce n’est pas tant le contenu de ce texte, que le symbole qu’elle représente : la volonté affichée de construire ensemble ce pays par le dialogue plutôt que dans des rapports de défiance. Et qu’on le veuille ou non, le psychodrame à la sauce calédonienne que nous venons de vivre ces derniers mois autour du groupe de “dialogue pour l’avenir”… Lire la suite »

melchisedek

@ XXX, Le loupé majeur de cette charte, c’est à mon sens l’absence d’élan citoyen qu’elle a suscité. Elle fait parler ? … dans les cénacles politiques et le microcosme politicien, rien de plus : tout se passe comme si l’avenir du pays post-référendaire était confié à la classe politique actuelle, vieillissante et historiquement marquée par des “éléments indépassables” (les ADN, les évènements, le colonialisme du XIXème siècle, les vieilles lunes de l’indépendance vue du siècle dernier) qui empêchent toute construction pour l’avenir. Le problème de la charte, c’est qu’elle ne parle pas au pays, … c’est dommage que la… Lire la suite »

XXX
XXX

@melchisedek- Et sans oublier que la charte du peuple Kanak a également une partie très politique qui lui enlève une grande partie de sa légitimité.

Descendre dans le marigot politique n’est pas la meilleurs façon de sacraliser les messages.

Comme l’église protestante de Kanaky-Nouvelle Calédonie…

Clark
Clark

J’adore voir Floyd essayer d’argumenter … Il est en train de se noyer dans des explications fumeuses pour essayer de s’auto-persuader du fait qu’élire GAEL YANNO (non mais: Gael Yanno quoi!?!?!) est une choses normale, bonne pour le pays, et légitime, vue par un militant de Calédonie Ensemble…

C’est attendrissant. Pour un peu on lui dirait: “ben oui tu as raison mon chou: maintenant prends ton suppo et vas au lit: demain ça ira mieux!”

Fredy Gosse
Fredy Gosse
melchisedek

@ Fredy Gosse,

Un élément à retenir : 8 femmes sur 13 postes, en tout cas. Un gage de sérénité et de travail ?
Si ça ne fait pas de bruit, c’est peut être un gage d’efficacité. L’avenir nous le dira.

Fredy Gosse
Fredy Gosse

merci pour le point d’interrogation….. autre interprétation emplois manquant de besoins en testostérone ? ou de visibilité ?
13 postes ça parait beaucoup

caledovrais
caledovrais

Rigoloberto qui n’a pas digéré le coup de pied au cul de son poulin Santa. Encore une démonstration de Maître Gomez !

Rigoberto
Rigoberto

GOMES humilié publiquement par WAMYTAN :

Charte des valeurs communes: Wamytan récuse sa signature, roule Gomès et CE dans la farine, on vous avait prévenu.

https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/valeurs-communes-wamytan-affirme-n-avoir-pas-signe

Mister Eric

Un article de Hubert B ou de Rita sur ce grand coup de théâtre politique sera le bienvenu.

Eric

Rigo,

C’est pas tout à fait ça…
En fait RW confirme la première signature et indique qu’il prend note des modifications suite aux ajouts notamment dus au passage des les mains des contributeurs publiques…

Il dit juste qu’il n’y a pas lieu de signer une nouvelle fois ce qui a déjà été signé…

Tu vois la nuance est d’importance, elle donne même à ton intervention un côté ridicule…!!!

Clark
Clark

Mais tais-toi donc sur ce coup, Eric!

Eric

Ah bon et pourquoi donc Clark…!!!???

On est plus en démocratie ?

Et au fait tu n’as pas répondu à ma question ???
C’est quoi le programme de ton parti ?

Fredy Gosse
Fredy Gosse

il ya 2 chartes
les valeurs communes de 2014 signés par tous les chefscoutumiers kanaks et désormais la charte voulue par le Premier ministre.
elles ne sont pas compatibles

caledovrais
caledovrais

Quel panard de voir tous les frustrés qui ne se sont pas remis de leur gueule de bois ça a commencé avec Backes qui se voyait Député ! Bing
ensuite Brial qui se voyait l’intermédiaire indispensable ! Bing
Et le grand dadais de Froggy qui était sûr de lui pour la présidence ! Bing
Attention au re-Bing que vous allez prendre au prochaines élections du Congrés !

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