Connect with us

Calédosphère

Actualité

Vie chère : la présidente de l’autorité de la concurrence met les pieds dans le plat

Invitée aux « journées de la concurrence » par son alter-égo polynésien, la présidente de l’autorité de la concurrence de NC a fait sensation en décrivant par le menu les raisons de la vie chère sur le caillou : parmi elles, 10 grands groupes familiaux contrôleraient 80% de l’économie calédonienne. Pavé dans la mare ?

Selon la rédaction de Tahiti-Info, c’était « l’intervention la plus intéressante » de cette journée de la concurrence organisée cette semaine à Papeete par l’autorité locale de la concurrence de Polynésie Française. Aurélie Zoude-Le Berre, la présidente de l’Autorité de la concurrence de Nouvelle-Calédonie (ACNC), a en effet « passionné les acteurs économiques polynésiens » en expliquant par le menu l’importance pour nos petits territoires du pacifique de disposer d’une autorité indépendante capable de punir les ententes illicites entre entreprises et les abus de positions dominantes afin de faire baisser le coût de la vie. Reste que les polynésiens ont été surpris d’apprendre que même s’ils sont plus éloignés de la métropole, la vie reste en moyenne 30% moins chère au Fenua qu’en Nouvelle-Calédonie ! L’archipel calédonien ayant la palme des « territoires les plus chers de la République ». Des manifestations contre la vie chère au vote de la loi anti-trust en passant par la mise en place effective de l’ACNC, Aurélie Zoude-Le Berre a donc retracé le chemin d’une décennie au cours de laquelle les décideurs et l’opinion publique locale ont compris cahin-caha « l’intérêt de faire jouer la concurrence ».

L’autorité qui donne le ton

Désormais bien intégrée dans le paysage institutionnel et économique local, l’organisme précise avoir « le soutien du gouvernement calédonien » et a fait part de certains de ses désaccords avec les décideurs politiques que sa présidente semble parfois bousculer dans leurs habitudes. Décrivant les politiques interventionnistes sur lesquelles repose le fonctionnement de l’économie calédonienne, la présidente de l’ACNC a ainsi évoqué les raisons qui, selon l’organisme, provoque les causes de la vie chère. Parmi elles, le fait que 80% de l’économie du Caillou serait contrôlée par seulement 10 grands groupes familiaux (alors qu’en Polynésie, Tahiti-Info précise que 50 entreprises se partagent la moitié du marché local). Une situation qui engendre d’évidentes concentrations d’intérêts, des accords illicites et des abus de positions dominantes défavorables à la libre-concurrence. La présidente de l’ACNC a également, à mots couverts, critiqué le fait que 20 à 30% des produits industriels sont ici protégés par des quotas d’importation ou des taxes spécifiques. Enfin, les monopoles ont été abordés à l’instar de celui de l’OPT, seul opérateur contrôlant en Nouvelle-Calédonie les télécommunications ou encore celui de la compagnie aérienne Aircalin… De plus, des exemples parlant ont permis de faire comprendre aux participants les « effets pervers » de certaines politiques calédoniennes. Aurélie Zoude-Le Berre a ainsi égrené (et dénoncé) une liste d’habitudes et d’usages courants particulièrement contre-productifs pour le portefeuille des ménages calédoniens :

  • Le fait que les entreprises calédoniennes augmentent leurs marges sur les produits non réglementés du fait des restrictions imposées sur d’autres produits ;
  • La qualité moindre des produits dont le prix est réglementé (les importateurs se fournissant alors au plus bas coût) ;
  • Le fait que lorsqu’un prix maximal est autorisé en Nouvelle-Calédonie, toutes les entreprises fixent le prix normal à la valeur du prix maximal ! (exemple des stations-services pour le prix de l’essence) ;
  • Lorsque les marges sont contrôlées, les commerces achètent leurs produits chers sans négocier les prix « afin que leurs marges soient plus élevées » ;
  • La politique de quotas protégeant la production locale qui créé des « rentes de situation quand il n’y a qu’un seul producteur local » lequel peut alors « imposer les prix qu’il veut »…

Au final, la philosophie des acteurs économiques calédoniens semble se résumer à une seule chose : le consommateur est toujours le dindon de la farce puisqu’aucune volonté de baisse des prix ne semble traverser les esprits de certains. Raison pour laquelle la présidente de l’ACNC se félicite que l’organisme indépendant détienne (à contrario de celui de Polynésie) « la compétence en matière de pratiques commerciales restrictives », c’est-à-dire les moyens prévus par la loi pour condamner et sanctionner financièrement ou par des injonctions structurelles les pratiques illicites. Précisant que “comme en Polynésie la concurrence est récente en Nouvelle-Calédonie“, la présidente de l’ACNC encourage donc « les entreprises victimes de pratiques anti-concurrentielles » à saisir officiellement l’autorité de la concurrence « pour que nous allions enquêter et éventuellement sanctionner les entreprises qui ont mis en place une entente ou abusent de leur position dominante ». Un réflexe que les chefs d’entreprises et les consommateurs calédoniens vont – on l’espère – prendre dans les mois et les années qui viennent.

Une partie de la droite locale a toujours été contre une autorité de la concurrence…

Face à l’ampleur du travail qui attend l’autorité de la concurrence de Nouvelle-Calédonie, il faut bien compendre que de nombreuses forces se ligueront contre elle. Ainsi, sa mise en œuvre et le vote de la fameuse loi anti-trust qui a conduite à sa création ont toujours été combattus par une partie de la droite locale, totalement sous la coupe il est vrai des « 10 grands groupes familiaux contrôlant 80% de l’économie ». Financés et soutenus par ces derniers, des élus non-indépendantistes (et parfois même indépendantistes) ont longtemps bataillé pour que l’autorité et la loi anti-trust ne voient jamais le jour. Lors de l’examen du texte au congrès, le 4 avril 2014, Pierre Bretegnier (Rassemblement-LR) avait ainsi expliqué que « ce texte et la loi antitrust risquent de scléroser l’économie ». Votant contre, l’homme d’affaires Didier Leroux (LRC) avait lui affirmé que « certaines de nos entreprises manquent de compétitivité à cause de leur petite taille, et vous voulez les empêcher de grandir, ce qui ira à l’encontre de la lutte contre la vie chère ». Il faut dire que Didier Leroux a fait fortune grâce – entre autre – au monopole qu’il détient sur l’importation de farine (via sa société la SOFRANA). Ce qui permet d’ailleurs à la baguette de pain calédonienne d’être près de trois fois plus chère que celle vendue en Polynésie Française (125 francs en NC et 52 francs en PF…). De son côté Harold Martin (LRC) avait lui mis en cause les origines de certains membres de l’autorité de la concurrence pour expliquer son refus de sa mise en place lorsqu’il était président du gouvernement :

« La Nouvelle-Calédonie ne cesse de gagner en autonomie et en compétence, et là, on va confier un pouvoir énorme sur l’économie du pays à des gens venus de Métropole. Et les indépendantistes sont d’accord avec ça ! C’est lamentable ! (Harold MARTIN, 08.03.2014, sources : LNC) 

En décembre 2012, le Medef s’était également érigé contre l’instauration de l’autorité, Daniel Ochida évoquant dans une interview donnée aux Nouvelles-Calédoniennes l’instauration d’un « quasi-tribunal » selon lui obnubilé par « la grande distribution ». Le président du Medef avait d’ailleurs à l’occasion du vote de la loi anti-trust voulu « tirer la sonnette d’alarme » en déclarant : « on va vers une crise grave. Des entreprises pensent à des licenciements ». C’était il y a une demi-douzaine d’années…

En définitive, tous ceux qui de près ou de loin ont des intérêts économiques, financiers et politiques proches des 10 grands groupes calédoniens cités (dont les groupes Leroux, Ballande, Lafleur, Lavoix, Hayot, Jeandot, Pentecost, etc…) ont tous moulinés à un moment ou à un autre contre l’autorité de la concurrence ou le vote des textes lui permettant d’agir. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que le Medef a récemment envoyé dans les médias son représentant Divy Bartra pour critiquer la réglementation des prix liée à la TGC. Ce dernier est en effet le Directeur Général de l’Agence Générale qu’il dirige avec Brieux Frogier. Or, la société est détenue par le père de ce dernier, le sénateur Pierre Frogier, lui-même président du Rassemblement-les Républicains. Et les représentants de ce parti ont, comme par hasard, voté dernièrement contre la réglementation des prix et des marges abusives au gouvernement… Mais pendant ce temps-là, la caravane de l’autorité de la concurrence s’est tout de même mise en marche. Bon courage à elle.

Afficher la suite

Nouveau dans l’équipe de rédaction, Hubert B. a rejoint Calédosphère au tout début de l’année 2015. Enfant du pays, il a grandi à Nouméa et a ensuite bourlingué durant près de vingt ans au gré de ses envies et des hasards de la vie. Fils d’une bibliothécaire/documentaliste, il a été tour à tour enseignant, pigiste, formateur mais c’est finalement vers l’écriture qu’il a choisi de revenir. Succinct, précis, parfois laconique, si son style est volontiers direct, ses intérêts sont éclectiques et toujours tournés vers l’actualité. Sa citation favorite : « Le journaliste doit avoir le talent de ne parler que de celui des autres »



129
Laisser une réponse

avatar
19 Comment threads
110 Thread replies
0 Followers
 
Most reacted comment
Hottest comment thread
plus récents plus anciens plus de votes
Clark
Clark

Y peuvent aller se torcher!!! Communication de P. Blaise: “Le contrôle des marges, oui mais pas pour les copains. Un chef d’entreprise me faisait remarquer ce matin que la production locale qui dégage parfois des marges considérables ne fait l’objet d’aucun contrôle de la part de M Germain. Je confirme que c’est tellement pas un hasard que Philippe Germain a fait ENLEVER de la liste des secteurs, à contrôler par le Gouvernement, celui du papier hygiénique. Or l’une des entreprises ayant brûlé l’an dernier, et n’ayant pas repris son activité, la fourniture de papier hygiénique est un monopole devenu très… Lire la suite »

Floyd

Au moins là c’est clair, on sait pour qui elle roule.

ob_66ddb3_libre2.jpg
backes-et-la-vie-chc3a8re (1).jpg
Palix
Palix

Concernant les stations services je certifie avoir proposé de reprendre il y a quelques années la Mobil mairie avec une baisse de prix importante sur la seule marge du gérant soit 10 fr de moins sur les 12 de marge brute. Ma proposition était motivée par la perte de vitesse de cette station entre autres raisons Exxon Mobil à refusé donc les coupables sont les trois pétroliers qui font des milliards de bénéfices bonne journee

Clark
Clark

Bon aller je pose ça là: spezzial deadykass pour Floyd…

caledolol.png
Floyd

Clark est toujours le même gros con qui est toujours hors sujet comme d’hab.

Clark
Clark

Oui ma poule.. et toi, ça va? t’encaisses? il te suffit d’un peu de vaseline? elle doit faire partie des produits à “marge contrôlée” qui vont devoir forcément baisser, parce qu’avec C.E. , c’est devenu un produit de première nécessité!

SCFX
SCFX

N’oublions pas la “sainte” Marie-Noelle Thémereau dans le capital de l’Agence Générale.

JOE
JOE

De toute façon depuis les accord de Nouméa, il n y a plus de contrôle de l état Fr et au lieu que l économie s’améliore on est retourné en arrière au temps du début des colonies avec des grandes familles qui fixent leurs tarifs et leurs droit a eux seul de faire de faire venir leurs container et instaurer des marges de fou a nous autres

Pandora
Pandora

T as raison vivement le gouverneur c est pas la SLN qui s en plaindrait parce que l interdiction de la centrale à charbon + le convoyeur a l arrêt avec des negos a un rythme coutumier c est pas terrible pour améliorer la rentabilité de la vieille dame et après y en a qui vont dire mais pourquoi ils investissent ailleurs 😀 mon idée a moi c est qu ils en ont plein le cul des meandres. politiques .Je dis pas qu ils sont blanc\bleu dans l histoire locale mais là on atteint des sommets dans la connerie.Pour une… Lire la suite »

Jose paldir
Jose paldir

Autre chose pour changer de sujet rabat joie et éculé CE dépose un projet pour supprimer les sacs plastiques en ..2019 donc demain questions que doivent faire les entreprises locales fabricant des sacs? poser le bilan au 31 décembre, favoriser les importateurs de sacs en papier dont chacun sait qu’ils sont” goods” pour l’écologie même si la réalité est bien différente Finalement le problème est il le sac ou l’individu qui jette le sac? d’autant qu’il peut aussi servir de combustible Pendant combien de temps des politiques nuls pourront ils détruire un pays ? remarquez si vous les réélisez c’est… Lire la suite »

Alikantitra

José Paldir : “CE dépose un projet pour supprimer les sacs plastiques en ..2019 donc demain” Auparavant, tout le monde aura dû changer ses plaques d’immatriculation. Il y a quelques entreprises qui vont se faire un peu de gras. Pour en revenir aux sacs plastiques, certains magasins les ont déjà remplacés par des sacs papier. Il serait intéressant de savoir combien de fabricants sont concernés (par ce qui n’est encore qu’un projet) et quel pourcentage de leur chiffre d’affaire cela représente. Par ailleurs, José, tu parles d’importer les sacs en papier. Il n’y aurait donc aucune entreprise locale capable soit… Lire la suite »

Fermela
Fermela

“que doivent faire les entreprises locales fabricant des sacs?”

“qu’AURAIENT DÛ faire les entreprises locales fabricant des sacs?” car loi prévisible depuis quelques années maintenant (nos élus sont un peu lent à la détente comme pour le photovoltaïque par exemple…)

“Finalement le problème est il le sac ou l’individu qui jette le sac? d’autant qu’il peut aussi servir de combustible”

Le problème est : le plastique

Eric

Fermela,

Il me semble que nous avons eu des sacs en amidon à une époque, mais çà n’a pas pris…!!!
Pourtant c’était bien une innovation…

Clark
Clark

Une vraie merde: ils ont tous fini en lambeaux dans nos placards, quand ils ne craquaient pas avant même de sortir du magasin..

L’acide Poly Lactique est très sensible à l’humidité, alors sous nos climats.. il commençait à se “biodégrader” dans les tiroirs des caisses de magasins…

Eric

Clark,

En effet, çà n’a pas été un franc succès…
Cela dit il y a encore eu des évolution et on aura peut-être bientôt du “plastique” acceptable…!!!

Pandora
Pandora

Oui mais si on l’emploie partout et pas que pour des sacs c est qu il est à ce jour incontournable que vous le vouliez ou non Ensuite si le caledonicus déconum jette dans le lagon les sacs est ce la faute du fabricant ? On peut le stocker le remettre d ou il vient c est à dire dans la terre pour servir de carburants à nos successeurs. On peut oui le vendre à des habitants qui s en serviront pour se chauffer …sauf si le dogme vert vous l interdit Au fait n insultez pas l intelligence humaine… Lire la suite »

Alikantitra

Pandora : “pour faire du papier faut de la pâte …on en produit en caledonie?a base de niaoulis?”

Il y a une espèce envahissante qui est largement répandue : le pin des Caraïbes.
Mais à défaut de bois local, il est toujours possible d’importer de la pâte à papier, ou du papier, et de finir la fabrication sur place, comme pour le riz, ou la farine, ou le chocolat …
Faudra quand même prévoir des protections de marché de très longue durée (comme pour le riz, ou la farine, ou le chocolat …)

LedZep
LedZep

@Alik
Et pour finir, nous paierons nos pochons de papier au prix du « papier Vélin » !

Eric

LedZep,

On en fait déjà depuis quelques années des sacs en papier…!!!

Cela dit on ne fait de pâtes à papier…
Pour le coup faire du papier on consomme un max d’eau et d’arbre !!! Alors bonne ou mauvaise idée…
Plastique ou papier ou les deux…???

Alikantitra

Eric : “On en fait déjà depuis quelques années des sacs en papier…”

Juste une question pour revenir sur les prochaines interdictions du plastique : a-t-on une idée du nombre d’entreprises calédoniennes capables au pied levé de fabriquer la part la plus importante possible des sacs en papier nécessaires à la “consommation” locale ?
La faible population de la NC rendant quasi inévitables les conflits d’intérêts, en existe-t-il entre ces sociétés et les décideurs politiques ?

Clark
Clark

c’est pas un peu un faux débat? avec les cabas et sacs isothermes déjà en place, et le retour éventuel au “papier sulfurisé” pour le contact alimentaire: en quoi est-il besoin de sac papier ou plastique?

Moi les seuls endroits où on m’en donne, des sacs plastiques, c’est dans les quincailleries…
J’avoue que je serai bien embêté si je ne peux plus acheter mes vis en vrac, et les mettre dans des sachets pour les différencier…

Eric

Alik,

Le débat sur le plastique n’est pas focalisé sur la NC, c’est quelque chose de mondial…
Il y a donc nécessité à revoir notre copie sur le plastique et sa consommation…
Par contre je ne pense pas qu’il faille l’interdire, ni même que cela soit possible et nécessaire…
Nous avons d’autres options…

Pour le sac en papier je ne sais pas par contre je reste convaincu qu’il ne peut pas être le seul contenant…

Concernant le lien “politique” je ne pense pas que ce soit le sujet…

Jose paldir
Jose paldir

Bravo….enfin une conclusion adaptée au débat sur la concurrence

JFG
JFG

À vous lire, on se croirait en présence des lobbyistes des grands groupes agro alimentaires dont la stratégie consiste à faire culpabiliser les consommateurs au sujet de la pollution. Si vous ne l avez déjà fait, visionnez l excellent dernier numéro de Cash Investigation (en replay sur France tv) consacré au scandale du plastique, cela vous fera sûrement changer d opinion.

Pandora
Pandora

Cash investigation ? Lol
Si c’est cela votre définition de l objectivité
Même la Pravda n allait pas aussi loin

Voir plus dans Actualité

Tendances

Les derniers comm’s

To Top