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Rouleurs : les véritables sources du conflit

Un président d’un syndicat qui déclare que le gouvernement va lui mettre « une balle dans la tête », un chef de l’exécutif qui affirme qu’il n’y a plus d’état de droit, des blocages, des rumeurs, un tir mystérieux dans la fenêtre d’une institution, des insultes contre des élus et des menaces de mort en pleine séance du congrès… le conflit dit des rouleurs est rentré dans une phase de grandes tensions sous le regard inquiet de la population. Mais en vérité, que cela cache-t-il ?

Faut-il croire qu’une simple autorisation d’export de minerai brut à la Chine peut seule entrainer un tel déferlement d’évènements, de colère ou d’incidents ? Alors que les exportations de minerais vers les clients traditionnels de la Nouvelle-Calédonie sont maintenues, l’apparition après une trentaine d’années d’un nouveau débouché pour les mineurs doit-elle obliger les Calédoniens à subir des blocages et des désagréments ou à opposer les populations entre elles ?

La pression de la rue

A l’instar du conflit des Taxis qui en métropole avait vu la corporation s’opposer avec succès à la concurrence venue d’Uber, les rouleurs calédoniens ont eux aussi choisi de pratiquer des « opérations escargot ». D’autres actions de grandes ampleurs seraient, disent-ils, à prévoir. L’objectif est aussi vieux que l’utilisation des bâches bleues : il s’agit d’ennuyer suffisamment la population pour que l’opinion publique exige des responsables politiques qu’ils cèdent aux injonctions des manifestants. Et souvent, il faut bien reconnaître que cela fonctionne. Pour autant, comment expliquer que le conflit prenne de telles proportions ? Ayant certainement pris trop à cœur le dossier, le président du gouvernement et les élus ne sont pas exempt de reproches, notamment s’agissant de leur communication quelque peu obtuse. Cela excuse-t-il que quelques excités menacent de mort des responsables démocratiquement élus ? Comment peut-on crier au respect des règles, à la lutte contre les incivilités ou la délinquance et deux semaines plus tard accepter que certains contreviennent à la loi ?

Alors que les présidents des provinces et du congrès appellent au calme et à la raison, on observe la tension augmenter pratiquement d’heure en heure. Et parce que les Calédoniens ne sont pas dupes, ici ou là, on commence à comprendre qu’il y a peut-être en coulisse des empêcheurs de négocier en rond. Car, en Calédonie, c’est souvent l’intérêt de quelques uns qui prime sur le bien commun. Or, sur notre territoire deux choses, et deux choses uniquement, guident et pilotent le comportement et les actions de nombreux responsables économico-politiques : à savoir l’argent et le pouvoir. Ainsi, pour savoir ce qui se trame derrière le rideau des revendications publiques, il faut donc tenter de répondre à ces deux interrogations basiques : qui veut le pouvoir ? Et où va l’argent ?

Qui veut le pouvoir ?

Ceux qui ne l’ont plus bien sûr ! Nul besoin d’analyses poussées pour comprendre que les élus qui n’occupent plus de hautes fonctions depuis leur défaite aux dernières provinciales sont aujourd’hui à la manœuvre. Voici plusieurs mois que certains soutiennent tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, peuvent contribuer à instaurer un climat délétère en Nouvelle-Calédonie. La liste est longue et non-exhaustive de ces personnalités qui ont de façon publique proclamée que les bloqueurs avaient raison, même lorsqu’ils empêchent la libre circulation des biens ou des personnes ou qu’ils menacent certains de leurs collègues. Il en est ainsi d’Harold Martin, de Roch Wamytan, de Cynthia Ligeard, de Simon Loueckhote. Ayant perdu leur présidence, leur perchoir ou bien carrément leur siège et n’acceptant pas d’avoir été placés dans l’opposition, ces Has-Been de la politique calédonienne essaient tant bien que mal de porter préjudice aux élus placés en situation de responsabilité, qu’ils soient ou non dans leur camp. Nul ne doute que si Harold Martin avait pu, par exemple, par des combines politiciennes conserver une présidence d’institution il n’aurait pas soutenu, aidé et conseillé les bloqueurs. Et peu importe pour lui que ces derniers soient à Gadji, à Prony ou devant les fenêtres du gouvernement… Résolument, l’intérêt général n’entre pas dans le logiciel de fonctionnement de certains.


SL


Où va l’argent ?

C’est le nerf de la guerre. Derrière les rouleurs, il y a le nickel et derrière l’or vert il y a les grands groupes miniers et de juteux bénéfices.

Car ce que les braves rouleurs ignorent, c’est que les 5 groupes que les médias calédoniens nomment (bêtement) les « petits mineurs » réalisent un chiffre d’affaires global de près de 30 milliards chaque année. Pas mal pour des « petits ». Les rouleurs et les professionnels du secteur qui meurent aujourd’hui de la baisse du prix du nickel savent-ils que les groupes Ballande, Montagnat, Gemini et MKM ont engrangé rien que l’année dernière un bénéfice net cumulé de 2,8 milliards de francs ? Cet argent est-il parti dans les poches des Calédoniens, des rouleurs, des professionnels du secteur ou bien uniquement dans celles des actionnaires de ces groupes miniers ? La question mérite d’être posée et le peuple en connaît déjà certainement la réponse…

Les véritables sources du conflit

En vérité, le conflit trouve son origine par la stratégie de développement mise en œuvre par Wilfrid Maï, le très UC patron du groupe du même nom. En signant en mars dernier une lettre d’engagement avec le géant industriel chinois Jin Pei, l’homme d’affaires prévoyait de lui octroyer 49% de sa ressource minière et d’ouvrir une usine Off Shore au Vanuatu (parce que, disait-il au journal télévisé « là-bas ya pas d’impôt »). A l’époque Calédosphère avait déjà été le seul média* à dénoncer ce projet de 90 milliards dans lequel seule la SOFISUD (une société privée et quasi familiale) allait percevoir les futurs bénéfices. Mais pour que cela fonctionne il fallait que le gouvernement calédonien autorise l’exportation de minerais pauvres au groupe Chinois ! Et tout part de là. En effet, la Chine profite actuellement de son statut de principal consommateur de nickel pour stocker d’énorme quantité de métal et, en dévaluant sa monnaie de façon sporadique, le géant asiatique fait automatiquement baisser les prix sur les marchés internationaux… ce qui accélère la crise du nickel.

De l’autre côté, les résultats financiers de la NMC (plus de 11 milliards par an) sont presque totalement réinvestis en Corée. C’est ainsi que la société évite de payer des impôts en Calédonie (exception faite de l’impôt sur les dividendes issues de Corée) et ne réinvestie pratiquement rien sur le territoire. Ce schéma est de loin l’un des pires qui soit pour les intérêts calédoniens. Or, c’est exactement celui que le groupe MKM veut mettre en place via la Chine et son usine du Vanuatu. C’est ainsi que sans redevance nickel, les Calédoniens risquent de voir (davantage) de minerais partir (gratuitement) et être transformés à l’étranger sans plus-value pour le territoire ou ses habitants. En somme : du pillage en règle. Mais dans ce schéma, les profits pour les actionnaires de ces sociétés pourraient être faramineux. D’autant plus que dans le sud un leader politique indépendantiste bien connu aurait des intérêts dans les futures exportations vers la Chine ainsi que dans la construction de l’usine Off-Shore ce qui explique le soutien de certains indépendantistes dans le conflit.

Travailler pour Maï

Qui peut croire une seule seconde qu’un milliardaire tel que Wilfrid Maï s’exprime dans l’intérêt des rouleurs ou des Calédoniens ? L’homme d’affaires souhaite obtenir son usine au Vanuatu, ne pas payer d’impôts en Calédonie (il l’a avoué lui-même) et, comme tous les entrepreneurs, gagner davantage d’argent. Mais, comme ses collègues mineurs, il sait qu’il ne peut pas affronter l’opinion publique directement afin de faire pression sur les institutions pour valider ce projet. En septembre dernier, il avait d’ailleurs à sa grande surprise mesuré l’impopularité dont souffraient les groupes miniers auprès des Calédoniens. Et c’est pour cette raison que les rouleurs ont été envoyés cette fois-ci en première ligne. Travailleurs, broussards, souvent courageux et francs du collier, ils bénéficient d’une bonne image auprès des Calédoniens. Comme ce sont les mineurs (et uniquement eux) qui assurent leur fin de mois, les rouleurs n’ont d’autre choix que de suivre leur directive, même si celles-ci leur sont données hors du champ des caméras.

L’histoire est en fait riche de ces combats menés pour d’autres. Durant le règne de Louis XV, la France avait vaincu l’Autriche au prix de grands sacrifices mais le roi Français avait ensuite, par bonté d’âme, renoncé à toute annexion au profit de son pays. L’expression populaire avait alors fleuri : on disait lorsque l’on menait des batailles pour rien qu’on « travaillait pour le roi de Prusse ». Dans quelques mois, les rouleurs Calédoniens se demanderont-ils s’ils ont en vérité « travaillé pour le patron Maï » ? Rien n’est mois sûr…

* Dans un reportage de Nouvelle-Calédonie 1ère de septembre 2014, la chaine publique avait qualifié ce projet de « très novateur », « extraordinaire », « magnifique » et de « presque trop beau pour être vrai ». Or, c’est totalement vrai pour les futurs actionnaires. En revanche, si cela se fait, les Calédoniens, eux, seront juste invités à regarder passer les camions et les bateaux remplis d’une partie de leur héritage minier.

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Officiant en free-lance pour plusieurs périodiques et médias calédoniens, cette pigiste professionnelle a rejoint l’équipe des contributeurs de Calédosphère depuis 2013 sous son nom de plume « Rita ». Spécialisée dans l’actualité quotidienne, elle se plait à y dénicher des sujets non-traités par les autres médias et à couvrir les évènements sensibles. Synthétique, réactive et parfois provocatrice elle essaie toujours d’écrire de manière claire, précise mais avant tout vivante. Son crédo : « Si ça pique, c’est un bon sujet »



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121 Commentaires sur "Rouleurs : les véritables sources du conflit"

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L’autre cause majeure dans ce conflit c’est quand un des acteurs majeurs, utilise sa concubine comme excuse pour faire passer la pilule dans un camp où il n’a absolument pas sa place, je m’étonne par ailleurs du silence assourdissant d’un des hauts responsables de l’UC

Tu peux être plus claire ???

Ecoutes, tu prends la généalogie de chacun des acteurs (liens familiaux) du conflit, et tu comprendras pourquoi c’est si compliqué pour certains de se prononcer ( politiquement parlant)

champion

Bon ,gros blocage ce matin ,plus personnes travailles sa va partir en couilles cette situation, l’Etat doit intervenir au plus vite ,nous sommes pris en otage !!et la sa va peu êtres fumé !!!!!!

Si je comprends bien, la stratégie SMSP est attaquée par plusieurs camps : – ceux qui la trouvent “année 70” face à l’approche libérale incarnée par la position “vendeuse” des rouleurs et le projet d’usine au Vanuatu – Ceux qui disent qu’elle ne marche pas parce que l’usine est à l’arrêt – Ceux qui disent que c’est pas la stratégie de la NC mais celle de la province Nord En face, les tenants de la stratégie SMSP ont pour eux que – celle-ci incarne la parole tenue des accords de Nouméa de créer un véritable réquilibrage – l’optimisation fiscale que… Lire la suite »
Tiens en passant, Mr X et Nomorsatu, moi je ne suis pas en conflit avec vous 🙂 désolé, mais rien ne vous empêche d’être en conflit avec vous même ou avec moi, c’est votre libre choix Ethique, sachez juste que vos menaces tombent direct dans la case” Duquesne”, juge d’instruction au parquet, donc n’aggravez pas le cas des responsables de ce site qui ont déjà de grosses difficultés avec les vengeurs anonymes qui m’ont proféré les pires insanités, et évitez de vous retrouver aussi à répondre de ces menaces gratos…moi le footing au mont dore sud, c’est toujours d’actualité, l’eau… Lire la suite »

Thierry Santa, notre président au congrès, qui refuse de faire une réunion extraordinaire du congrès!Si ce n’est pas beau tout ça! Certains ne se sentent pas concernés et profiteraient de cette situation !

En plus nous sortir une excuse comme “c’est pas dans le règlement du Congrès”, eh ben voyons, nous on a RAB de ton règlement pôv cloche. l’heure est grave.

http://i288.photobucket.com/albums/ll167/floyd2nc/samuel_L_Jackson.gif

nomorsatu

la sous-main de frogier, cette calotte finira comme notre Cynthia. Belle entrée en matière pour un prez…”sortir du conflit par le haut” comme il dit…sur les épaules à Germain…et un tocard de plus..un…

En urgence, il y aura un débat demain matin au Congrès. Pas de pinaillages, la population gronde contre les manipulateurs des rouleurs.

Il aura trainé des pieds pour accepter de l’organiser! ridicule……

Pour NOEL je veux une panoplie de ” PETIT MINEUR ” toute la panoplie : Compte en banque dans des paradis fiscaux , villas et autres folies en N.Z. , vignes en France , , en Argentine , Australie hélico. et ma carte 100 pour 100 CAFAT … Pas d’ impôts non plus . ….

manlas
Ce que l’on peut constater c’est la présence des responsables des sociétés minières qui viennent soutenir (ou donner leurs directives) aux rouleurs.Ce sont eux qui veulent imposer leur loi….Montagnat par exemple, le grand copain d’Harold,et suppôt de Foucher, dont le responsable xavier Gravelat passe plusieurs fois par jour baie de la moselle, Alors comme ces gens nous pourrissent la vie depuis quelques jours,(barrages filtrants, blocages ect…) nous pourrions nous aussi, avec un peu de détermination et de courage, bloquer ces entreprises qui nous prennent en otage. Les Calédoniens ne doivent pas laisser la politique minière de leur pays se faire… Lire la suite »
Nico

Ou et quand
Je suis!!!

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