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SMSP et SOFINOR : chronique d’un fiasco annoncé

Il ne fait pas bon être militant indépendantiste en ce moment. Rien ne fonctionne. Qu’il s’agisse du dossier du rachat de l’usine du Sud comme de l’affaire du gouvernement, tout vient plomber le grand rêve kanak d’indépendance. Et voilà que les magistrats de la Chambre Territoriale des Comptes viennent ajouter au malaise en rendant publics leurs rapports sur la SMSP et la SOFINOR…

La Chambre territoriale des comptes de la Nouvelle-Calédonie vient de publier 6 tomes, somme de leurs observations concernant la gestion tant de la Société minière du Sud Pacifique (SMSP) que de la SOFINOR pour les exercices 2013 à 2018. Il faut du temps pour prendre connaissance de ces études détaillées – ce que bien peu feront – néanmoins, elles confirment ce que tout le monde savait déjà, à savoir qu’industriellement l’Usine du Nord ne fonctionne pas et que, financièrement et économiquement, le modèle soutenu par les indépendantistes est une catastrophe. Cela étant, on ne peut guère se montrer surpris, car tout le monde sait que ça ne fonctionne pas, à commencer par les Sud-Coréens de Posco et l’actionnaire principal, le Suisse Glencore.

Des problèmes à tous les étages

Pour les indépendantistes, l’Usine du Nord devait être, non seulement un fleuron et un symbole, mais surtout, elle devait prouver que le nickel pouvait financer l’indépendance. Ce que souligne la CTC en précisant que « la doctrine nickel s’appuie sur un socle stratégique de nature essentiellement politique. »

« Un groupe industriel de la taille de celui de la SMSP qui se revendique figurer parmi les premiers producteurs de nickel mondiaux s’adosse à un socle stratégique de nature essentiellement politique, non défini dans ses attendus exacts ni dans ses modalités pratiques (22/04/21, Ext. Rapport de la CTC) »

Évidemment, si rien ne fonctionne, ce qui est le cas, c’est bien la stratégie nickel qui est en échec, ce qui, en termes d’affichage, n’est assurément pas une bonne chose pour les tenants de Kanaky. Mais les problèmes se posent à tous les étages de la fusée, ne serait-ce, par exemple, que dans la gouvernance où le conseil d’administration est considéré comme quantité négligeable, tout se décidant au niveau de la direction générale de l’entreprise. Ce qui pourrait poser des soucis légaux, « la sollicitation tardive ou superficielle des administrateurs, explique le rapport, contrevient au rôle du conseil d’administration chargé par la loi et les statuts de fixer les orientations stratégiques de la société. » Des problèmes de légalité également en ce qui concerne le conseil d’administration de la SMSP composé de neuf administrateurs dont trois sont élus à la province Nord. « Cela contrevient aux dispositions de l’article 196 de la loi organique n°99-209 du 19 mars 1999, explique la CTC, qui organisent l’incompatibilité entre le mandat d’élu provincial et les fonctions de membre du conseil d’administration d’une société privée gérant un service public ou d’intérêt général. » Mais c’est sur le volet financier que tout dérape.

Il n’y aura jamais aucune retombée financière

En 2018, l’Usine du Nord employait 947 salariés et générait 512 emplois indirects, mais c’est bien le seul point positif. En effet, comme le souligne le rapport des magistrats de la CTC, « le financeur est le décideur », et ce ne sont ni les élus de la province Nord ni les responsables calédoniens de l’Usine qui décident. Paul Néaoutyine et André Dang ont toujours claironné que les intérêts calédoniens demeuraient majoritaires à 51% dans les projets, et tout le monde indépendantiste applaudissait au modèle. La Chambre Territoriale des comptes vient remettre l’église au milieu du village :

« La participation majoritaire au capital des co-entreprises KNS, NMC et SNNC ne donne pas lieu à l’attribution d’un droit de vote proportionnel dans les instances directionnelles du groupe. Les droits de vote dans les co-entreprises sont organisés de façon égalitaire. Etre majoritaire au capital de ces entreprises n’implique pas un pouvoir de décision prépondérant. De plus, le choix du président de l’usine du Nord et de l’usine de Corée reste sous le contrôle de l’actionnaire minoritaire en vertu des engagements souscrits dans le cadre des pactes d’actionnaires (22/04/21, Ext. Rapport de la CTC) »

Ceux qui décident – et qui décident de tout – ce sont bien les financeurs en l’occurrence Glencore et Posco. Et non seulement, ils décident, mais en plus, ils empochent. D’abord ce sont eux qui ont financé la construction de l’Usine du Nord, mais qui la soutiennent financièrement sans discontinuer, en dépit de tous les problèmes techniques qu’elle rencontre. En effet, construite pour être en capacité de produire 60 000 tonnes annuelles, la production totale de l’usine en 2018 était de 28 269 tonnes, et elle a continué à baisser ! La SMSP comme la SOFINOR croulent sous les dettes, ça déborde de partout, et les possibilités de les rembourser sont nulles. On ne retient qu’un chiffre connu de tous : 1 252 milliards (mille deux cent cinquante deux milliards de francs cfp, soit un niveau supérieur de 20 % au PIB de la Nouvelle-Calédonie, c’est-à-dire en d’autres termes l’équivalent de toute la richesse produite par tous les Calédoniens durant 1 an et trois mois)). Mais au-delà de ce montant abracadabrantesque, on retient surtout que c’est à l’actionnaire minoritaire, donc Glencore, que l’usine va devoir consacrer l’essentiel du remboursement de la dette. Les habitats de la province Nord ne sont pas près de bénéficier des retombées de leur usine !

Un risque financier pour la province Nord

Autre souci, c’est l’implication financière de la province Nord dans le dossier. Outre que les créanciers surveillent de très près la situation, s’en inquiètent et désormais s’en agacent, la CTC souligne qu’il y a un réel risque financier pour la province Nord qui intervient en garantie des prêts et en soutien financier à la SMSP via la Sofinor. Tout cela parce que la province Nord, à plusieurs reprises via des conventions ou des avances, a dû mettre la main au portefeuille. A ce sujet, la CTC dénonce l’octroi irrégulier d’une enveloppe de 5,2 milliards à la SMSP, présenté comme un « prêt » par la province Nord. Or, il s’agissait d’une seconde avance et la loi interdit le versement d’une nouvelle avance lorsque la première n’a pas été remboursée. « C’est de façon irrégulière que l’article 11 du code de développement de la province Nord prévoit le soutien financier aux entreprises en difficulté, explique la Chambre, dans la mesure où la loi organique du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie limite les aides des provinces au périmètre de la création, développement et reconversion des entreprises. » Mais il y a plus grave, en l’occurrence le fait que la SMSP fonctionne en totale autonomie, loin du regard des élus :

« Ce système prive les élus de l’assemblée de la province Nord de tout contrôle sur la stratégie de prise de participation notamment à l’étranger dans le cadre de la stratégie offshore. Non autorisées par l’assemblée de la province Nord, ces stratégies industrielles donnent cependant lieu à des risques financiers qui peuvent conduire la province Nord à devoir mobiliser des enveloppes financières conséquentes à la demande des créanciers de la SMSP. Opaques pour l’actionnaire public de référence, ces décisions prises à l’étage en dessous de la société mère, le sont également pour le contrôle de légalité(22/04/21, Ext. Rapport de la CTC) »

Les 6 tomes des rapports sont riches d’information et d’enseignement. Ils mettent en évidence, non seulement l’échec d’une politique économique et minière, mais surtout les dangers que ferait courir cette même politique si elle devait être mise en œuvre à l’échelle du pays.

Les gagnants et les perdants

Les perdants, nous l’avons déjà signalé, ce sont les populations de la province Nord qui ne verront jamais un franc des dividendes promises il y a vingt ans. Mais dans ce dossier catastrophique, il y a aussi des gagnants ! A commencer par André Dang, le maitre à penser de la stratégie minière des indépendantistes qui, comme le souligne la CTC, concentre tous les pouvoirs, mais aussi tous les avantages pécuniaires !

« Monsieur Dang n’est pas rémunéré pour ses fonctions de directeur général de la SOFINOR. En revanche, il a perçu jusqu’à la fin de l’année 2018 une rémunération pour ses fonctions de président directeur général de la SMSP et il s’est vu attribuer, en 1995, 8 % des actions de la SMSP qu’il a cédées à ses enfants en 2011(22/04/21, Ext. Rapport de la CTC) »

Mais André Dang, qui a planifié toute la stratégie d’opposition du FLNKS contre le rachat de l’usine du Sud, ne sera pas tenu pour responsable d’un fiasco industriel et financier planétaire. Pas plus que Louis Mapou qui pendant près de 10 ans aura cumulé les fonctions d’administrateur d’Eramet, de président du conseil de direction de Koniambo Nickel et de directeur de la Sofinor. On comprend pourquoi à l’UC, qui lorgne sur la province Nord, on s’oppose à sa désignation comme président du prochain gouvernement. Quant à Paul Néaoutyine, comme tous les idéologues, il aura fini par rencontrer son pire adversaire : le réel. Et en l’occurrence le fait que, dans la réalité des choses, une fois les beaux mots et les grands discours envolés, il ne reste que de sombres chiffres et des grosses dettes et que celles-ci devront bien être remboursées… Mais par qui ? En Nouvelle-Calédonie, dans cette affaire comme dans toutes les autres, poser la question, c’est déjà y répondre.

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Hubert B

Hubert B. a rejoint Calédosphère au tout début de l’année 2015. Enfant du pays, il a grandi à Nouméa et a ensuite bourlingué durant près de vingt ans au gré de ses envies et des hasards de la vie. Fils d’une bibliothécaire/documentaliste, il a été tour à tour enseignant, pigiste, formateur mais c’est finalement vers l’écriture qu’il a choisi de revenir. Succinct, précis, parfois laconique, si son style est volontiers direct, ses intérêts sont éclectiques et toujours tournés vers l’actualité. Sa citation favorite : « Le journaliste doit avoir le talent de ne parler que de celui des autres »

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Mister Eric
Mister Eric
5 mai 2021 19:01
LedZep
LedZep
3 mai 2021 19:53

Et le fiasco s’installe de plus belle. La CTC continue de porter l’estocade, on en apprend un peu plus de cette singulière “doctrine Nickel” de la Province Nord. https://www.ccomptes.fr/fr/publications/province-nord-secteur-du-nickel “Province Nord (secteur du nickel)“. Quelques extraits. “SYNTHÈSE LA STRATEGIE NICKEL DE LA PROVINCE NORD : LA QUESTION DE LA MAITRISE DE LA GOUVERNANCE DE LA RESSOURCE Une stratégie sur le nickel vague et non formalisée “Les interventions de la province Nord dans le secteur du nickel s’appuient sur la doctrine nickel revendiquée par son président comme le socle stratégique de la collectivité. Dans ses réponses, la province a précisé que… Lire la suite »

Dernière modification 3 jours plus tôt par LedZep
Alika-antitra
Alika-antitra
1 mai 2021 20:58

Pierre Bretegnier sur NC News :
https://youtu.be/OSSNnS_JrGw
(30/04)

Alika-antitra
Alika-antitra
29 avril 2021 17:23

Petit effort de communication du consensuel (et sympathique) Samuel, hier soir, sur Caledonia (To’vee) :
https://youtu.be/dt_HuWn1GGs

LedZep
LedZep
Répondre à   alika-antitra
29 avril 2021 19:08

Alik “Petit effort de communication du consensuel (et sympathique) Samuel, hier soir, sur Caledonia [ https://youtu.be/dt_HuWn1GGs ]”. L’homme est habile, il a sans doute les capacités pour diriger un gouvernement mais, son mode de pensée, sa vision de l’économie sont à des années lumières de celui, de celle de nos caciques chenus de l’UC (et bien au delà, en ce qui concerne ceux de l’UNI-PALIKA) qui, si d’aventure il est élu président du gouvernement local, n’hésiteront pas à le remettre “dans le droit chemin” de la pensée unique indépendantiste celle, du collectivisme s’appuyant sur des concepts économiques et sociaux datés… Lire la suite »

Dernière modification 7 jours plus tôt par LedZep
Andréas
Andréas
28 avril 2021 20:34

aAdire et redire et se souvenir Calédonickel Il aura fallu attendre avril 2021 pour qu’au travers d’un rapport circonstancié produit par la Chambre territoriale de la Cour des comptes soit enfin reconnus de manière officielle les faits que le blog Calédonickel expose depuis fin 2014, à savoir: une doctrine nickel essentiellement politique, un mode de gestion totalement opaque avec un conseil d’administration sollicité uniquement pour entériner les décisions prises par André Dang et Paul Néaoutyine, des participations majoritaires limitées au capital social et donc sans réelle incidence sur la gouvernance des co-entreprises relevant des pactes d’actionnaires, des pouvoirs décisionnaires appartenant… Lire la suite »

Andréas
Andréas
28 avril 2021 18:36

Grève dans le Nord à KNS ? Ils ouvriraient donc les yeux , enfin !!!! L’Usoenc enclanchait une grève sur les autres usines , celles du sud, pour du papier toilette manquant ou une nouvelle prime sur les primes, et sur KNS: rizn, les yeux, les oreilles, clos . Commeles ONG. Il serait grand temps qu’ils se bougent les syndiqués, et qu’ils demandent des comptent mais pas au lampiste, pas au manager de l’usine foireuse qui doit de faire des cheveux blancs pour tenter de la faire tourner, , ni aux superviseurs , non, mais des comptes aux caciques tout… Lire la suite »

Rico
Rico
28 avril 2021 15:03

Leaders indépendantistes se GOBERGENT sur le dos de la NC et de la métropole depuis tellement de temps.

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