Connect with us

Calédosphère

Actualité

Provinces & Gouvernement : ça se passe où maintenant ?

En quelques années le lieu des affrontements politiques et des joutes verbales a changé. Alors que dans les Provinces, les élus votent les budgets à l’unanimité sans coup férir, ils s’écharpent au congrès. En cause, le poids du gouvernement et les nouveaux enjeux de communication. Explications.

Les temps changent. Il y a quinze ans à peine, Jacques Lafleur envoyait sa désormais célèbre missive aux différents présidents des institutions du territoire évoquant « la prééminence des Provinces » sur le gouvernement invoquant « l’impératif de retrouver une unité de commandement». Car, déjà en 2002, l’esprit de l’accord de Nouméa avait turbulé le système en octroyant au gouvernement et au congrès d’importantes prérogatives, lesquelles n’étaient pas du tout du gout de Jacques Lafleur. Du fait du poids des provinces, des hommes qui les dirigeaient, de leur ressources financières et de leurs compétences, c’était dans les assemblées de ces collectivités que les élus Calédoniens s’écharpaient à qui mieux-mieux lors des examens des textes de loi afin de défendre et de faire valoir leur opinion, leur programme politique mais aussi pour attaquer leurs adversaires. C’était dans les assemblées qu’un opposant cherchait à trouver l’espace politique pour critiquer, voire attaquer franchement les différents exécutifs contre lesquels il n’était pas d’accord. Le vote du budget des provinces était considéré comme l’acte politique majeur, duquel découlé le reste, et il fallait en être et y être vu. Cependant, cette situation a radicalement changé depuis. Cette année, si les élus – indépendantistes contre non-indépendantistes, et loyalistes entre eux – se sont comme souvent écharpés au congrès lors du vote du budget de la Nouvelle-Calédonie, quelques jours auparavant, dans les trois provinces, les mêmes élus ont voté à l’unanimité et à l’unisson les propositions présentées par les trois différents exécutifs provinciaux. Et les principaux opposants n’étaient même pas toujours présents dans les assemblées…

« Dans les provinces tout le monde est d’accord. Au congrès, personne ne l’est »

C’est ainsi que les budgets des provinces Nord et Îles ont été votés à l’unanimité. Dans le Nord, Palika, UC, Calédonie Ensemble et Les Républicains ont voté à l’unisson celui présenté par Paul Néaoutyine. Dans le Sud (seule province à majorité loyaliste), peut-être pour la première fois de son histoire, le budget présenté par Philippe Michel le 16 décembre n’a fait matière à aucun débat. Comme Calédonie Ensemble, l’UCF de Gaël Yanno a voté pour ; tout comme les élus indépendantistes de l’UC, du Palika ou du Parti Travailliste. Les élus des Républicains, pourtant critiques vis-à-vis de la politique de Calédonie Ensemble qui dirige la province, n’ont pas voté contre mais se sont simplement abstenus. Résultat : le budget est juridiquement considéré comme ayant été voté à l’unanimité. De même, les principaux opposants n’avaient pas fait le déplacement. Sonia Backes, présidente du groupe Les Républicains au congrès et Harold Martin, pourtant tous les deux promptes à vitupérer contre le parti de Philippe Gomes, avaient donné procuration et n’étaient pas présents. On peut subodorer que l’intérêt n’était pas d’y être et cela s’explique pour plusieurs raisons.

Le gouvernement fixe le tempo politique

Quelques soient désormais les réformes et les enjeux, ils semblent que les plus importants d’entre eux sont maintenant définis par le gouvernement et non plus par les provinces. Depuis près d’une dizaine d’années, les Calédoniens (et donc aussi les élus) s’aperçoivent que c’est l’exécutif calédonien qui fixe le tempo politique. Et c’est au congrès, souvent après une proposition du gouvernement en place, que les groupes politiques décident de s’affronter lors de l’examen des textes de loi. Bien évidemment, les transferts de compétences définis par l’accord de Nouméa en sont la raison principale. Education, santé, social, économie, fiscalité, dans tous ces domaines de grande importance, les élus du congrès donnent ou non leur blanc-seing au gouvernement pour qu’il mène une politique qui impacte de facto l’ensemble des Calédoniens et non pas « seulement » les habitants de telle ou telle province.

Des débats filmés

La seconde raison est certainement plus politicienne. A l’instar des séances de questions au gouvernement ayant lieu à l’assemblée nationale chaque semaine, les débats au congrès sont filmés et retransmis en direct sur internet, ce qui n’est pas le cas des séances des assemblées provinciales. Ils sont donc visionnables par tout un chacun. Ainsi, tout comme au palais Bourbon, ces séances-là font le plein d’élus, alors que ces derniers ne se bousculent pas pour participer à des débats non-filmés. Beaucoup d’élus loyalistes profitent en effet de ce procédé pour diffuser sur les réseaux sociaux et les sites officiels de leurs mouvements respectifs des extraits de leurs interventions, elles-mêmes filmées par les services de captation vidéo du congrès. En l’occurrence, tout comme à l’assemblée nationale, il s’agit désormais pour ces élus d’utiliser ces séances pour délivrer un message politique et pour le retransmettre ensuite aux citoyens-internautes, même si celui-ci est parfois en décalage avec le thème de la séance ou du texte de loi étudié ce jour-là. Ainsi, une explication de vote ou une intervention – même courte – peut servir de prétexte à une envolée lyrique ou à une attaque en bonne et due forme à l’encontre d’un adversaire.

Ainsi, alors qu’aujourd’hui ces extraits vidéo sont facilement diffusables et partageables sur les réseaux sociaux, à quelques mois des prochaines échéances électorales, il est fort probable que les séances du congrès soient plus que jamais le théâtre de nouvelles joutes oratoires. Reste que l’unanimisme qui règne dans les trois assemblées de province, où tous les élus semblent d’accord sur tout, révèle néanmoins le caractère sur-joué de ces futures interventions, censées mettre en scène des clivages et des différences qui, dans les faits, ont souvent disparu.

Afficher la suite

Nouveau dans l’équipe de rédaction, Hubert B. a rejoint Calédosphère au tout début de l’année 2015. Enfant du pays, il a grandi à Nouméa et a ensuite bourlingué durant près de vingt ans au gré de ses envies et des hasards de la vie. Fils d’une bibliothécaire/documentaliste, il a été tour à tour enseignant, pigiste, formateur mais c’est finalement vers l’écriture qu’il a choisi de revenir. Succinct, précis, parfois laconique, si son style est volontiers direct, ses intérêts sont éclectiques et toujours tournés vers l’actualité. Sa citation favorite : « Le journaliste doit avoir le talent de ne parler que de celui des autres »



Laisser une réponse

14 Commentaires sur "Provinces & Gouvernement : ça se passe où maintenant ?"

avatar
Trier par:   plus récents | plus anciens | plus de votes

Santa va bientôt retourner dans les oubliettes des Républicains il va se faire dégager au prochain renouvellement du bureau du Congrès !

@GADJO —@GADJO —@GADJO —@GADJO —@GADJO —@GADJO

Viens, Gadjo, viens …

http://humourtop.com/insolite-du-net/Souris_piege.jpg

Faudrait qu’ils arrêtent un peu leurs enfantillages là, parce qu’ils commencent sérieusement à nous taper sur les nerfs à nous les Calédoniens là.
D’un côté, Calédonie Entourloupe (CE) et de l’autre Les Râleurs (LR), et au milieu, c’est le secteur privé et les entreprises qui trinquent.
Un jour faudra faire comme ça c’est passé il y a très longtemps à l’époque de l’Assemblée Territoriale, on va débarquer avec la bande dans l’hémicycle et on va distribuer des coups de pieds au cul.
Qu’est-ce qu’on s’est bien amusés ce jour là.

Nenesse ! encore un YAKA , YFAUT !!!!!

Lemec Dici : “faudra faire comme ça c’est passé il y a très longtemps”

Je confirme !
Et en plus c’était passé en direct à la télé.

Je dirais en ’83 ou ’84

josé paldir

t’avais quel âge ?

XXX

Cela me rappelle le tour de France cycliste à l’époque où seul le final (les 30 ou 40 derniers kilomètres) passait en direct à la télévision.
La course commençait à ce moment là.

C’est vrai que certains élus donnent parfois l’impression de “pédaler dans la semoule”… même en direct.

Des séquences filmées au Congrès et instrumentalisées par certain(e)s pour leur promo perso, on connait. Ainsi on peut se farcir des interventions nul à chier dont tout me monde n’a RAB, mais le problème est quand on trafique les chiffres (stats) comme les “likes” ou les “vues” de ces vidéos promo. Le record toute catégorie de tripatouillage des stats vidéo revient à l’équipe de com’ de Sonia Backes. Sur leur blog de propagande politique on a pu voir un nombre hallucinant de visionnages de l’intervention de Sonia au Congrès, soit 35000 “vues” en 24 heures. En pleine période de vacances… Lire la suite »

😉 ))) Floyd arrete de jealouser, laisse SB tripatouiller sur FB , c est u travail a temps plein !

Remarque, au niveau mensonges ils sont au top la bande. Mais c’est surtout une com’ frauduleuse à usage interne au LR. La bataille fait rage en ce moment pour les investitures LR et il faut se déguiser en vedette pour impressioner la commission des investitures à Paris.

Oui en effet, il y a sans doute un combat interne pour dire au LR parisiens que le/la meilleure personne pour conduire la machine en NC ce n’est pas Bernard comme l’a dit PF, mais SB…

Bof, finalement c’est vrai qu’on en a strictement rien à faire…

DE CET PHILIPPE

Si tu écrit ici alors que finalement tu n’en a rien a faire, ça fait un joyeux guignol de plus…

Ouais, malgré les magouilles de com’ de la bande à Backes, Nanard aura l’investiture LR pour la simple raison qu’il n’est pas un menteur et qu’il avait qualifié de “dégueulasse” la démarche politique des charognards comme Yanno, Blaise et Backes dans son fameux discours du Rump en Congrès à Païta le 15/12/2012. (visible sur youtube).

Tellement merveilleux ce discours que je qualifierais d’historique marquant ainsi toute l’hypocrisie qui anime LR (UMP) en Calédonie……… encore aujourd’hui.

wpDiscuz

Voir plus dans Actualité

Tendances

Les derniers comm’s

To Top