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Comment on crashe une économie

A bord d’un avion de ligne évoluant en croisière, on n’a aucune idée de la vitesse vertigineuse à laquelle on se déplace. Couverture sur les genoux, on se laisse doucement bercer par le petit ronronnement des moteurs et le frottement de l’air sur la carlingue, le dernier film à la mode sur son écran personnel et les cacahuètes que la charmante hôtesse nous a déposées dans un sourire. Pourtant à l’extérieur il fait -50°, et la différence de pression est telle que si un hublot cassait tout le monde passerait un sale quart d’heure.

Eh bien j’ai l’impression en ce moment que nos hublots se fissurent gentiment sans que personne ne s’en émeuve, habitués que nous sommes à nous laisser porter par cette espèce d’indolence qui donne l’impression que les avions volent tout seuls, portés par l’Accord de Nouméa sans doute. Une nonchalance toute océanienne habite le pays, basée sur la conviction absolue que si quoi que ce soit dérapait, il suffirait de se plaindre très fort, en faisant du bruit et tout, d’abord aux Provinces, puis au gouvernement, puis à l’Etat en dernier ressort qui alignerait forcément les moyens nécessaires à nous sortir de l’ornière. Voire même à l’ONU, sainte organisation dont la seule prononciation du nom doit déclencher chez certains l’irrépressible envie de se signer.

Veuillez relever votre tablette et le dossier de votre siège, il va bientôt falloir sortir de son cocon et atterrir. Le climat des affaires est dans le rouge depuis 4 années d’affilée, ce qui veut dire pour ceux qui penseraient que ce n’est pas important que tous ceux qui ont des décisions à prendre craignent d’embaucher ou d’investir par peur de se ramasser violemment. Le nombre de demandeurs d’emploi, à plus de 7300 personnes, est d’ailleurs plus élevé qu’il y-a 4 ans tandis que le nombre de chômeurs indemnisés a progressé de 45% sur cette même période. La consommation des ménages est en baisse ininterrompue depuis 2011, les prix continuent d’augmenter globalement malgré l’arsenal de guerre délirant mis en place sur l’alimentaire, le nombre d’interdits bancaires forme une courbe à faire pâlir le champion olympique de super-G, et les stations-service ne peuvent plus accepter les chèques (ce qui en soi est un facteur de ralentissement du nombre d’interdits bancaires). On importe moins de voitures, ce qui est très significatif pour la Calédonie, la soi-disant loi anti trust n’a produit absolument aucun effet sur les monopoles locaux, la production de nickel ne décolle pas, le cours du soi-disant ‘or vert’ reste bloqué en-dessous du seuil de rentabilité de la SLN qu’il faudrait qu’on contrôle tellement c’est plus important de donner encore plus de pouvoir à nos politiques que de réellement s’occuper des habitants du pays, et le taux de réussite scolaire des populations océaniennes est beaucoup plus bas que ce dont le pays a cruellement besoin.

Et que voit-on autour de nous ? Que nous n’avons toujours pas de gouvernement après que l’ancien soit tombé pour être remplacé… exactement par les 11 mêmes têtes ! Que le parti politique qui est responsable de cette situation ne propose aucune solution pour sortir de cette ornière, parce qu’il a choisi en toute conscience de mettre le pays dans cette ornière pour augmenter encore son influence. Qu’un groupe politique signe un pacte économique et fiscal pour ensuite voter contre les textes qui en sont issus. Que des gens sans titres bloquent le site de construction de la nouvelle clinique parce qu’ils en ont les moyens et que personne ne leur dit rien – c’est vrai après tout une clinique pour soigner les gens ce n’est pas important. Que la blogosphère se fait seule l’écho du comportement violent de franges de la population, surtout chez les jeunes, tandis que les politiques et la presse officielle minimisent, sont totalement absents du sujet ou disent que c’est de la faute des victimes ! Que la seule loi destinée à l’économie sur ces derniers mois est une loi de défiscalisation supplémentaire qui contribue à faire exploser les prix de l’immobilier et baisser la facture fiscale des rares contribuables suffisamment aisés pour n’en avoir pas besoin.

Pendant les années de croissance économique, l’argent coule à flots et même si une partie disparaît dans ces problèmes de gouvernance et des comportements mafieux, l’illusion persiste. Lorsque l’économie marque le pas, les pansements sont en rupture de stock et les plaies restent ouvertes.

Le vrai problème de la Calédonie, c’est que les crasses de meules et les irresponsables non seulement ne sont pas sanctionnés, mais encore tirent largement parti de leur pouvoir de nuisance. Certains d’entre nous rêvent d’une méritocratie, où les efforts payent et où la position sociale et l’entregent passent au second plan. Mais la Calédonie que nous nous sommes construits, et qui se construit un peu plus chaque jour, est une nuisocratie. Cela veut dire que les efforts que nous faisons payent… mais trop souvent pour ceux qui n’en font pas.

Les théoriciens de gauche, qui rejettent la notion de méritocratie, mettent en avant la notion de partage plutôt que la notion de compétitivité. Ils ont raison dans le sens où des rapports humains dignes sont une source importante de bonheur. Mais ils oublient qu’il faut d’abord avoir quelque chose à partager, et que pour cela il faut travailler.

Cette iniquité largement répandue dans notre société transcende la barrière politique traditionnelle, et dans les deux ‘camps’ politiques les gens souffrent de ce même mal. Espérons que ce puisse être un facteur de rapprochement lorsque nous arriverons au pied de la montagne, le soir des résultats du référendum.

Magellan

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Magellan est un navigateur. Soucieux de regarder loin à l’horizon pour savoir dans quelle direction aller autant qu’à la verticale de la coque pour éviter les récifs, il observe avec curiosité. Eveillé récemment à la politique par plusieurs tempêtes, il s’interroge sur l’état du navire et sur la meilleure route à prendre. Ouvert à toutes les idées, pragmatique, avec une sensibilité particulière sur les sujets économiques, confiant dans l’équipage mais un peu moins dans la liste des capitaines possibles, il a pris le parti de se donner les moyens d’avoir ses propres opinions… et de les soumettre à la lecture des visiteurs de Calédosphère.



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8 Commentaires sur "Comment on crashe une économie"

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Ramus

Merci, ça fait tellement du bien de lire du bon sens, ça retire un peu du poids qu’on sent peser de plus en plus sur nos épaules.

Triste réalité que celle décrite ci-dessus avec objectivité. Il s’agit bien de notre : “Nouvelle-Calédonie, petite île du Pacifique où l’on mène belle vie..” ainsi chantait Gabriel Simonin.ça rappelle une autre chanson, celle du “petit Charles” :Emmenez-moi au bout de la terreEmmenez-moi au pays des merveillesIl me semble que la misèreSerait moins pénible au soleil.France ou Calédonie, les politiques sont depuis longtemps coupés de notre quotidien, ils font juste semblant de s’y intéresser lorsqu’une échéance électorale arrive, alors la machine à promesse tourne à fond comme les machines à sous des casinos et l’électeur s’imagine toujours qu’il fera fructifier sa… Lire la suite »
gilbert
Force est de constater que faire les choses “dans les règles” lorsqu’on fait parti du bas peuple et non pas des élus ne sert à rien. Ces élus sont irresponsables et tout ce qui a été dit est malheureusement la triste réalité. Oui les moutruches existent lorsque les moutons ont entrevue la réalité et se la cachent. La majorité étant constituée de moutons bêlants avec le pack de Number One sous le bras ou leur Big Mac dans l’estomac. Je pense malheureusement qu’il faudra peut-être utiliser des moyens non conventionnels pour se débarrasser de ces escrocs en bande organisée qui… Lire la suite »
“se débarrasser de ces escrocs en bande organisée ” Particulièrement difficile en NC vu l’état d’esprit de beaucoup et pas seulement dans les hautes sphères. Une simple anecdote, vécue hier, me rend pessimiste : j’étais au marché central à la recherche de mangues et une brave productrice-vendeuse m’a confié son amertume du fait qu’une de ses collègues voisines venait justement de lui acheter tout son stock de mangues au prix affiché de 600 francs le kilo et de les remettre aussitôt en vente à 895 francs sur son étal, à 5 mètres de l’étal de la première complètement éberluée !… Lire la suite »

Très bon constat, qui permet même d’envisager des solutions de sortie. Malheureusement les gouvernants et les possédants, pour l’écrasante majorité, jouent pour leur camp et non pour le nôtre; les solutions qui permettraient de sortir du tunnel leur sont défavorables; leurs intérêts et les nôtres divergent, et comme la majorité silencieuse est composée de “moutruches” (croisement de moutons et d’autruches), on va inéluctablement vers un crash dont les pilotes actuels, seuls, sortiront presque indemnes… Préparez-vous, il faudra reconstruire sur les débris!!

melkoni
D’une lucidité accablante hélas ! Cependant, imaginer que CE pratique une politique du pire digne des gouvernements de la IVème République en métropole, en laissant s’enfoncer la Calédonie est un peu facile. Quand on voit ce qui se passe au plus haut du gouvernement, on ne peut qu’ avoir envie que la tête soit changée et dans l’imbroglio que crée “la collégialité obligatoire” il n’y a pas 36 solutions.. La situation de l’emploi se détériore c’est une réalité, n’oublions pas que 50% de la population a moins de 30 ans, le chômage augmente (pendant que l’on fait briller les strass… Lire la suite »

bon résumé (bis)

je n’ai envie de dire que ceci , TB article : bravo et merci … c si rare dans ce pays de lire des  choses  sensés et responsables…

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