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Blocage de Gadji : on va finir à la bougie !

L’obstruction du site de Gadji par certains coutumiers de Paita risque d’avoir des « répercussions considérables ». Au-delà de l’arrêt de la collecte des déchets et des ordures ménagères, le blocage des cendres de la centrale de Prony-Energie menace d’entrainer des coupures de courant dans le Grand Nouméa et l’arrêt de l’usine du Sud. Explications.

En l’absence de Vincent Bouvier, Haut-commissaire de la République (en vacances en métropole), l’ordre devait venir de son Directeur de cabinet. Pour autant, vendredi dernier, et malgré une décision du Tribunal de Première Instance de Nouméa datée du début du mois de juillet, « l’expulsion immédiate, au besoin à l’aide de la force publique » des personnes bloquant le site de traitement des déchets de Gadji n’a pas eu lieu. En effet, au dernier moment, l’Etat a préféré reculer et n’a pas donné l’ordre aux gendarmes de faire évacuer les lieux à la douzaine de personnes qui bloquent l’entrée du site depuis plus de deux semaines. Car, pour les coutumiers de la zone, les cendres issues de la centrale électrique de Prony qui sont depuis 2009 emmenées sur Paita ne doivent plus être stockées sur place. Ils bloquent donc les camions qui s’y rendent et ce faisant, l’ensemble du fonctionnement du site. Or, il n’existe aucun autre endroit sur le territoire capable de les accueillir et de les traiter. Depuis lors, les cendres s’accumulent… avec tous les autres déchets.

Pas de cendre, pas d’électricité

Les répercussions ne se sont pas fait attendre dans le sud. Car de leur côté, les deux lignes de production de la centrale électrique de Prony-Energie fournissent chacune 50 MégaWatt de courant. La moitié sert à faire fonctionner l’usine de Vale-NC et l’autre partie est utilisée pour la distribution publique, c’est-à-dire le réseau domestique de l’agglomération du Grand Nouméa. Le problème qui inquiète actuellement les responsables politiques réside dans le fait que l’électricité générée (grâce au charbon) produit des cendres qu’il faut normalement évacuer. Cette opération n’étant plus possible depuis plus d’une semaine – de par le blocage de Gadji – seulement la moitié de la centrale fonctionne et ce grâce au fioul. Un combustible plus polluant mais surtout beaucoup plus onéreux (pour ENERCAL, en un mois, la facture aurait augmenté de 300 millions de francs) De plus, selon nos informations, l’opérateur électrique n’aura bientôt plus d’autre choix que de stopper sa seconde ligne de production. Une situation qu’a dénoncée le président de la Province Sud, hier matin au micro de la radio de Nouvelle-Calédonie 1ère :

Les conséquences sont susceptibles d’être considérables pour le pays (…) une des deux tranches de Prony Énergie est déjà à l’arrêt. Je rappelle que si la deuxième tranche vient à l’arrêt, à ce moment-là, c’est, d’une part, la distribution publique qui est affectée et, d’autre part, l’usine de Goro qui n’a plus d’électricité (Philippe Michel) 

Interrogé par la journaliste de RNC 1ère quant à savoir « qui allait devoir payer la facture » suite à cette augmentation du coût de l’électricité, le président de la province Sud a répondu que « si cette situation perdure, c’est la Nouvelle-Calédonie et le consommateur qui vont payer ».

Cendres, vidanges, déchets : les problèmes s’accumulent

En fait, cette situation commence à avoir un impact dans de nombreux autres domaines. Recyclées, les cendres de Prony sont en effet normalement mélangées aux boues provenant des stations d’épuration et des fosses septiques et ensuite seulement stockées à Gadji. Il s’avère donc que les résidus des sociétés spécialisées dans les vidanges industrielles ou ménagères ne peuvent plus être traités depuis une bonne quinzaine de jours. C’est la raison pour laquelle les sociétés de vidanges (notamment Velayoudon) dénoncent aujourd’hui une situation de « chômage technique » en bloquant cette fois-ci le centre de tri de Ducos pour, disent-elles, “lancer un appel à l’aide”. Ces entreprises ont déclaré aux médias ne plus pouvoir travailler ce qui implique que les fosses septiques du Grand Nouméa ne sont actuellement plus vidées… En conséquence de quoi, les particuliers et les professionnels ne peuvent plus se débarrasser de leurs déchets encombrants à Ducos.

Que veulent les coutumiers ?

A l’origine du conflit, des porte-parole des coutumiers de Paita ont récemment estimé que la zone de Gadji était polluée par les cendres et ont donc réclamé l’arrêt de leur production et de leur transport. Ainsi, c’est entre dix et quarante personnes habitants l’une des quatre tribus de la commune qui bloquent quotidiennement l’entrée du site d’enfouissement. Les membres du collectif n’ont pas, pour l’heure, fait part de leurs revendications de façon publique. Selon plusieurs observateurs, certains d’entre eux réclameraient néanmoins en coulisse « une part du gâteau » relatif au budget de transport et de collecte des cendres de Prony. Une situation qui rappelle le conflit de Nouville où des pseudos-coutumiers réclamaient aux promoteurs immobiliers la cession de terrains ainsi que 10% de l’actionnariat de la future clinique de l’île Nou. Mais à Paita, l’affaire pourrait également avoir des origines politiques car l’un des leaders du mouvement est également membre de l’opposition au conseil municipal de la commune. Déjà connu pour avoir trempé dans la sulfureuse affaire du projet d’éco-Lodge de Karikaté, selon un membre bien informé de l’équipe municipale « sa retraite de l’armée ne lui suffirait pas ». Une situation qui ne semble pas perturber le maire Harold Martin qui, à l’instar du représentant de l’Etat, est encore en métropole pour ses vacances dans le sud de la France. De son côté, le président de la province Sud a pris le dossier en main et a convoqué les principaux acteurs du dossier ainsi que les coutumiers de la zone ce vendredi après-midi pour former « un comité local d’information et de concertation ».

Il s’agirait, selon Philippe Michel, de « livrer toutes les informations sur le suivi et le contrôle de l’installation de Gadji » afin de trouver une solution au conflit. Espérons que parmi ces informations figurent celles expliquant aux habitants du Grand Nouméa comment gérer leurs fosses septiques pleines, leurs déchets non-collectés et surtout comment s’éclairer sans électricité si la centrale de Prony venait bientôt à s’arrêter. A la bougie peut-être ?

Ci-dessous, le communiqué de la société qui gère le centre de Gadji:

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Officiant en free-lance pour plusieurs périodiques et médias calédoniens, cette pigiste professionnelle a rejoint l’équipe des contributeurs de Calédosphère depuis 2013 sous son nom de plume « Rita ». Spécialisée dans l’actualité quotidienne, elle se plait à y dénicher des sujets non-traités par les autres médias et à couvrir les évènements sensibles. Synthétique, réactive et parfois provocatrice elle essaie toujours d’écrire de manière claire, précise mais avant tout vivante. Son crédo : « Si ça pique, c’est un bon sujet »



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27 Commentaires sur "Blocage de Gadji : on va finir à la bougie !"

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Antipodeanman2207S
Le déversement devant les grilles du Haussariat est une excellente idée, mais il eut fallu ne pas l’annoncer avant. Ensuite j’invite tout citoyen, dans le même ordre d’idée, à faire ce que je ferai dans les prochains jours lorsque ma poubelle qui n’est plus ramassée sera pleine, aller la vider à 50 mètres devant les grilles du centre de Gadgi. Ce geste est en fait civique car il permettra lorsque ce conflit sera terminé de faciliter la résorption des déchets accumulés, et d’éviter la prolifération des bactéries un peu partout dans les quartiers des communes qui ne sont plus desservies.… Lire la suite »
Abdul

Terre de parole, terre de partage……et si les vidangeurs allaient partager leurs “précieux nectar” avec les bloqueurs ?……

Cette affaire nous raconte l’histoire d’apprentis-sorciers qui manipulent, jouent avec le feu. Sur l’échiquier calédoniens, les pions sont avancés méthodiquement avec un objectif bien précis. Sauf que la stratégie révèle quelques sérieuses lacunes qui font douter les tireurs de ficelles, du coup la panique les gagne, alors on choisit la politique de la terre brûlée en essayant d’impliquer tout le monde et surtout en tentant de faire porter le chapeau par d’autres. Au final rien de nouveau sous le soleil, on fera s’affronter les uns contre les autres, puis les manitous-pulateurs négocieront, trouveront des accords, se partageront le gâteau, qu’au… Lire la suite »

Toutes les pollutions se réparent, se compensent avec de l’argent.
C’est une donne universelle à laquelle la Calédonie ne fait pas exception.
Y en a qui ont compris où est le filon.
Un gros chèque, des emplois, et hop, affaire classée.
Tout se vend, tout se monnaye aujourd’hui.

Jibene

Même la vertu…

Roger
J’ai quand même l’impression qu’en Calédonie, cohabitent 2 mondes qui ne se fréquentent pas. Comme sur Calédosphère. Je suis quasiment certain que le ratio de mélanésiens lisant et commentant les articles sur Calédosphère doit être infinitésimal. Donc on se fait plaisir entre nous, entre personnes se sentant largement supérieures. On donne notre avis sur une culture et des problématiques qu’ici personne ne maîtrise. Néanmoins chacun d’entre nous a son avis plutôt négatif qu’il croit juste et opportun. Personnellement, je suis prêt à prendre les paris qu’aucun “écrivain” de notre site préféré ne va aller s’opposer, ni même discuter avec les… Lire la suite »
Abdul

….d’autres promesses non tenues…..comme tu as l’air au courant tu pourrais préciser stp ?

Nous nous retrouvons une fois de plus avec des personnes qui plus qu’user abusent de leur statut de coutumier pour essayer d’obtenir des royalties, des revenus, des peaux de vin, des dessous de table… en arguant de n’importe quel prétexte et en prenant les populations et institutions en otage. Pour rappel la question des royalties est également posée dans la charte du peuple kanak… Personne en NC ne peut et ne doit remettre en question la question coutumière, pour autant cette dernière ne doit pas servir de prétexte pour s’enrichir personnellement en faisant du chantage et en faisant porter un… Lire la suite »
X

“des peaux de vin”

Oui, mais heureusement, vous avez découvert le poteau rose à temps!

Bonobo

Peaux de vin c’est sûr mais aussi des boites de bière carcasses de bagnoles machines à laver et autres saloperies qui font peur aux crabes qui se barrent (ou battent ailleurs).

En Calédonie y’a souvent des problèmes de “planteurs” et de “rouleurs”. On a vu dernièrement que les “planteurs” se sont fait rouler avec une pomme de terre “malade” et aujourd’hui avec l’affaire de Gadji se sont les “rouleurs” qui sont entrain de se faire planter.

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